Revenge : Œil pour œil…


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Dimanche 27 Mars 2011 à 22:08


…dent pour dent. A cause des siennes, on appelle Elias, 11 ans, « face de rat ». Risée de ses camarades à l’école, il est régulièrement frappé et insulté. Sans ami, son seul réconfort est sa famille. Mais même celle-ci est éclatée. Ses parents vont divorcer et son père, médecin au Darfour, est absent la plupart du temps. Son destin prend une nouvelle tournure lorsque Christian, nouvel élève dans son école, va prendre sa défense face à ses oppresseurs. Christian devient une sorte de modèle pour Elias, et quand celui-ci l’entraîne dans un projet dangereux de vengeance, les deux enfants vont perdre le contrôle…



Elias (Markus Rygaard), les yeux dans les yeux de sa mère Mariane (Trine Dyrholm)
Elias (Markus Rygaard), les yeux dans les yeux de sa mère Mariane (Trine Dyrholm)
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Après "Brothers", Susanne Bier revient pour achever sa réputation de cinéaste du vrai. Elle remporte avec « Revenge » l'Oscar mérité du meilleur film étranger. Toujours en collaboration pour le scénario avec Anders-Thomas Jensen, la réalisatrice danoise nous livre ici une fascinante dissertation en images sur le thème complexe de la violence.
Tout au long du film, des questions se bousculent : faut-il répondre à la violence ? Jusqu’où peut-elle aller, et pour quelles raisons ? Où prend-elle sa source ? Comment ne pas y succomber ?
A la fin, pas de réponses, seulement des esquisses. Suffisantes pour faire réfléchir encore et encore sur un sujet intarissable.

Le film ouvre et ferme de la même façon, comme pour boucler la boucle, fermer le cercle vicieux dans lequel sont tombés les personnages et, par extension, le genre humain. Pourtant, cette ouverture/fermeture est sous le signe de la paix ; les sourires des enfants noirs et leurs mains tendues vers ce médecin blanc nous rappellent que celle-ci existe encore...
Ce décalage géographique entre le Danemark et le Darfour intrigue au premier abord. Quel est le lien ? Pourquoi y attacher autant d'importance ? Et c'est quand Anton, le père médecin, se trouve dans un dilemme : « faut-il soigner un meurtrier ? », que ces séquences en Afrique prennent tout leur sens. Lui, la figure de stabilité, de justice et de force d'esprit, finit par flancher à son tour...
Chaque personnage à son rôle, pour maintenir l'équilibre et poser les bonnes questions. Chacun d'eux est fouillé, (peut-être un peu moins pour le personnage de Tine Dyrholm). Le plus beau est celui de Christian. Sa maturité nous fait presque oublier qu'il n'est encore qu'un enfant. Il comprend trop de choses pour son âge... Mais c'est sa fragilité qui nous touche. Son regard si dur et magnifiquement filmé, nous emmène dans son combat intérieur, ses souffrances personnelles.
Les regards sont d'ailleurs toujours appuyés, on se passe parfois de dialogue pour comprendre; un regard suffit, chez Susanne Bier. A la fois proches des personnages, on ne les cerne jamais entièrement, la part de mystère en eux se fragilise tout au long du film sans s'effacer totalement.

.Le plus dur restait sûrement de retranscrire l'intensité de la relation qui se tisse entre les deux collégiens. Contrat rempli pour la réalisatrice danoise, qui malgré une narration alternée entre deux pays, deux situations, trouve le moyen d'entrer au cœur de ce qui se noue entre ces deux personnages, et d'évoquer certains troubles du début de leur adolescence : la recherche de l'identité, l'acceptation du passé, de la mort, le questionnement sur le futur et la perte de repères pour Christian, qui fait face à un tournant de sa vie après le décès de sa mère et son déménagement.
En chacun d'eux habite la même soif de reconnaissance, l'envie de faire ses preuves, et pourtant une éducation différente, des réticences pour l'un, une volonté de fer pour l'autre...
La réalisatrice réussit à faire grandir une tension, palpable. Les lumières sombres et contrastées qui entourent les enfants lorsqu'ils sont seuls deviennent inquiétantes.
L'obscurité, la musique, les silences, tout est pesé et devient lourd à porter.
Le poids qui accable les épaules des personnages réussit à se porter sur le spectateur, s'immisçant petit à petit de manière troublante et presque vicieuse, nous touchant au cœur de notre réalité, celle de la société, de l'être humain et de ses failles.

L'image, toujours soignée, ne laisse rien au hasard. Ainsi quand Susanne Bier choisit de filmer Christian de trois-quarts dos, les yeux portés hors du cadre, au début du film, c'est pour redonner à cette image un écho, plus tard, lorsque ce plan se répète dans un autre lieu, à un autre moment.

On peut regretter parfois le recours à certains clichés, notamment sur les scènes en Afrique, n'offrant qu'une vision de surface du continent.
Malgré cela, les lumières chaudes et la magnificence des paysages font de ce film une œuvre bien pensée et bien vue. Tout est mobilisé, on en prend plein les yeux, plein les oreilles, plein la tête.

« Revenge » est un film qui se mange froid, mais gare aux coups de chaud !

Ariane.


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