Rythmes scolaires : "L'ambition de départ a été oubliée"

Dossier : le casse-tête des rythmes scolaires (6/6)


Rédigé par - Angers, le 18/06/2014 - 07:51 / modifié le 18/08/2014 - 21:51


Un casse-tête, les rythmes scolaires ? Après la révélation des nouvelles organisations horaires choisies pour ses écoles publiques par la ville d'Angers, Angers-Mag fait le point sur ce dossier. En le remettant en perspective et en donnant la parole à certains de ses acteurs. Professeur émérite de psychologie de l'éducation à l'Université de Lille 3, Claire Leconte a participé à la réflexion sur la loi de refondation scolaire. Elle ne décolère pas sur le détricotage de l'ambition initiale du projet.



Claire Leconte est venue à plusieurs reprises à Angers partager son expertise notamment avant et après le lancement de l'expérimentation au groupe scolaire de l'Isoret (photo Thierry Bonnet - Ville d'Angers).
Claire Leconte est venue à plusieurs reprises à Angers partager son expertise notamment avant et après le lancement de l'expérimentation au groupe scolaire de l'Isoret (photo Thierry Bonnet - Ville d'Angers).
la rédaction vous conseille
En mars 2013, dans nos colonnes vous appeliez Vincent Peillon, le ministre de l'éducation, à assouplir son texte. Son successeur, Benoît Hamon, vous-a-t-il entendu ?

"Benoit Hamon a « assoupli » ce texte, mais avec l’unique espoir de mettre fin à la fronde des maires qui refusent d’appliquer le décret Peillon. Je n’ai pas du tout été entendue car j’attendais qu’on en revienne enfin aux textes d’avant 2008 qui avaient une réelle ambition pour l’éducation des enfants, en organisant la semaine sur 5 jours, allant du lundi au samedi. C’est en effet le seul moyen de prendre en considération tous les temps que vit un enfant au cours d’une journée à l’école, et d’obliger les différents acteurs à travailler ensemble pour donner le plus de cohérence possible à ces différents temps. Là, on incite les communes peu vertueuses à ne rien mettre en place ("c’est facultatif", ne cesse de dire le ministre) et à demander aux parents de reprendre les enfants une fois la classe terminée ou de payer. De plus, on laisse entendre aux enseignants qu’on leur fait cadeau d’une après-midi contre un matin supplémentaire !"

A quelles principales difficultés vous heurtez-vous là où vous êtes sollicitée ?

"Les communes ont beaucoup de mal à recruter le nombre nécessaire d’animateurs pour encadrer tous les groupes d’enfants et à fidéliser ceux qu’elles embauchent pour seulement quelques heures dans la semaine. Elles reconnaissent aussi très souvent ne pouvoir que difficilement travailler réellement en partenariat avec l’éducation nationale. Et beaucoup se plaignent des détricotages dans les centres de loisirs et les associations et clubs « du mercredi ». Les parents sont parfois totalement exclus de la concertation. Un manque cruel de connaissances concernant les besoins des enfants est ressenti partout où on fait appel à moi. Mais il existe évidemment sur tout le territoire."

Et du côté des enseignants ?

"Ils ont beaucoup de mal à se projeter dans une autre façon d’enseigner, de travailler en classe, de s’ouvrir aux partenaires (dont leurs collègues) dans la mesure où leur hiérarchie les enjoint de rendre le plus vite possible uniquement un emploi du temps, dans un cadre toujours aussi rigide, avec des cases vides qu’on remplira plus tard. Et leur rappelle que ce qui se passe après la classe ne les concerne pas."

Comment répondre à ces difficultés ?

"J’avoue voir de plus en plus mal comment, car il n’y a pas eu l’ambition de départ pour ce faire. Si non M. Peillon n’aurait pas refusé les amendements déposés pour la loi de refondation pour rendre obligatoire le PEdT, seul capable de développer l’éducation partagée, et aurait accepté que ce décret soit interministériel au lieu de n’être porté que par l’éducation nationale. Une autre loi peut-être ? Prenant davantage en compte l’enfant dans sa globalité."

"Je me demande quand nous serons capable en France de considérer que le seul rythme dont la régularité doit être respecté chez l’enfant, c’est son rythme veille-sommeil."

Voyez-vous malgré tout des mérites au travail engagé ?

"Le seul est d'avoir permis de faire constater que l’école n’est pas seule propriétaire de l’éducation des enfants. Mais il y a du chemin avant que cette école accepte de devenir pour les enfants et leurs parents un lieu de vie, et non uniquement un espace de transmission de connaissances, scolaro-centrée au sein de la Cité."

Après l'expérimentation de l'école de l'Isoret, Angers a généralisé en septembre 2013 la semaine de 4,5 jours en adoptant une organisation des TAP en quinconce. Quel regard portez-vous sur l'expérience angevine ? Répond-elle à l'objectif originel, à savoir la régularité du rythme pour les enfants ?

"C’est une semaine sur 9 demi-journées et non sur 4,5 jours. Et je me demande quand nous serons capable en France de considérer que le seul rythme dont la régularité doit être respecté chez l’enfant, c’est son rythme veille-sommeil. Soit celui de 24h/jour. Les heures scolaires ne sont pas les seules importantes dans sa vie, une semaine de vie de l’enfant ne dure pas que 24h. J’ai constamment dénoncé ce fait à savoir qu’on ne s’intéresse qu’à l’emploi du temps scolaire. De fait, comme il n’y a pas de PEdT vrai, on juxtapose les temps différents au lieu de les mettre en cohérence pour faire percevoir à l’enfant une continuité éducative, il a donc 24h en classe et jusqu’à 18h en collectivité, toujours à l’école, mais dans un autre contexte. Sans compter les heures en centres de loisirs. C’est cela qui est déstabilisant pour lui, pas le fait d’avoir tous les jours exactement le même nombre d’heures d’enseignement, sinon il aurait alors fallu une semaine de 10 demi-journées !"

Une après-midi entière de TAP, comme c'est le cas à Saint-Barthélémy-d'Anjou près d'Angers, est-elle efficace ?

"Efficace pour qui et pour quoi ? Je milite pour le regroupement des activités pour permettre des recrutements de professionnels qualifiés, pour ne pas précariser ces emplois, pour permettre aussi d’y placer non pas des activités occupationnelles mais des parcours éducatifs, mais libérer des après-midi pour ce faire impose de revoir l’organisation et la durée des matinées de classe. 3h regroupées pour les activités risquent de ne pas profiter au mieux à tous les enfants avec des journées de classe restant à 3h + 3h. Et comment se fait la mise en synergie de ces différents temps ?"

D'une manière plus générale, la question des TAP - organisation et financement - n'a-t-elle pas totalement occulté le volet "organisation du temps scolaire ?

"Avoir voulu ne réformer que les « rythmes scolaires » a été une erreur de départ, c’était une réforme de l’ensemble des temps de vie de l’enfant qu’il fallait faire, en démontrant la nécessité d’une éducation partagée prise en charge, de façon partenariale, par l’ensemble des acteurs de la communauté éducative. Le temps scolaire n’est pas réformé, il subit un changement cosmétique qui le renvoie à ce qui se faisait avant 2008, sans la nécessaire réflexion pédagogique que cela devait induire."

Quels conseils donneriez vous aux communes qui continuent de s'interroger ?

"Accepter de repartir sur une autre vision de la réforme, avec une autre loi. Dans l’urgence, installer des comités de suivis associant tous les acteurs dans chaque groupe scolaire, faire une pré-évaluation donnant un niveau de base pour comparer les données un an plus tard, mettre en place le plus possible de formations pour tous ceux qui vont accompagner les enfants au cours de sa journée. Penser rapidement à réorganiser les espaces pour mieux organiser les temps."




Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur








Angers Mag















Angers Mag : #JPEL "Contre le complotisme, on ne peut pas enrayer tout (...) Mais on peut entraîner les cerveaux." 👏👏JB Schmidt… https://t.co/6pn23fJUHD
Vendredi 9 Décembre - 15:01
Angers Mag : L'indépendance, un état d'esprit ? #Angers Mag bien chez soi à la journée de la presse en ligne à Paris. #JPEL https://t.co/EpAgR2dt6N
Vendredi 9 Décembre - 12:17
Angers Mag : #Angers Le dessin du mois de décembre signé Fañch Juteau #prevention #VIH https://t.co/J3CxFCf8FC https://t.co/oAZR7nNURX
Vendredi 9 Décembre - 12:01
Angers Mag : #Angers Le dessin du mois de septembre signé Fañch Juteau #accrochecoeurs https://t.co/J3CxFCf8FC https://t.co/Jkrkty2UMe
Vendredi 9 Décembre - 10:51


cookieassistant.com