Saïd Chabane : "A nous de prendre notre destin en main"


Rédigé par Yves BOITEAU et Sébastien ROCHARD - Angers le Vendredi 7 Août 2015 à 08:07


A la veille de son entrée dans l'arène de la Ligue 1 via un déplacement (samedi) à Montpellier, le président du club de football angevin affiche son envie et sa détermination. Saïd Chabane le sait bien, cette première expérience au sein de l'élite sera rude, compliquée mais aussi exaltante. A sa place, dit-il, il défendra "coûte que coûte" les intérêts du club pour l'aider à y faire bonne figure.



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A  nos lecteurs : cet entretien est une reprise de celui publié dans le numéro 29 (juillet-août) d'Angers Mag, réactualisée après un nouvel échange avec Saïd Chabane.

Dans quel état d'esprit êtes-vous à la veille votre premier match en Ligue 1 ?

 
« Comme un enfant à la veille d'une rentrée scolaire : il vérifie si son cartable est prêt et si ses habits neufs sont là. Dans tout cela, il ressent un petit peu d'appréhension et une joie immense de retrouver l'élite. Il y a l'envie d'apprendre parce qu'on va beaucoup apprendre sur une division qu'on connaissait bien de l'extérieur mais que l'on va découvrir de l'intérieur."

Comment sentez-vous votre groupe ?

"Très bien. On attend cela avec impatience, il y a un mois qu'on est ensemble et on a hâte que la compétition commence. On sait que ça va être une année difficile et importante. C’est une année où il faudra marquer son territoire, réussir à se maintenir. Pour autant, on ne changera pas fondamentalement notre façon de travailler : on gardera les mêmes principes, le même engouement et la même sérénité. »

Se préparer à la Ligue 1, c’est forcément travailler sur le recrutement. De quelle manière s’est-il mis en place ?
 
« Généralement, on fait ça au mois de mars-avril. Cette année, pour des raisons que vous comprenez, on avait ciblé un certain nombre de choses, mais inconsciemment, ou par superstition, on ne voulait pas trop y penser… Sportivement, c’est le coach qui choisit les hommes. Et Olivier Pickeu, le manager général, fait le nécessaire pour y aller, dans le cadre d’une enveloppe financière que je fixe. Mon intervention, elle est principalement sur l’homme. Nous avons au sein du club un état d’esprit sur lequel on ne veut pas déroger : on part toujours du principe que la star, c’est l’équipe et non l’individu. Et puis c’est important pour la vie du groupe de cerner les hommes avant de les accueillir."

Qu’est-ce qui a présidé les choix ?
 
"On est parti du principe qu’on a besoin d’une équipe solide pour se maintenir. Physiquement, dans l’état d’esprit, psychologiquement, parce qu’on aura des matches difficiles, des moments qui vont être durs où tout le monde devra rester solidaire. Ils doivent être des guerriers. Après, on a notre jeu angevin, notre style, mais pour le garder, il faut qu’on ait un bloc solide. Les dernières recrues le prouvent : Bilel (Moshni) fait 1,91 m et Goran (Karanovic), 1,85 m. Ils sont en bonne santé et très, très motivés pour se joindre à l'aventure."

Le recrutement est-il terminé ?

"Oui, on peut dire qu'il est complètement terminé. Sauf opportunité sur laquelle on n'hésiterait pas ou de recours en cas de blessure."
 
"Moi, j’aurais aimé garder tout le monde, mais aurait-ce été une bonne chose ou une mauvaise ? On ne le saura qu’à la fin, mais je préfère qu’on ait le maximum d’atouts au départ, avec notre part d’erreur, la part de déception…"

Quel discours tenez-vous justement à ceux que vous recrutez ?
 
"Je fixe les règles du jeu dès le départ. J’essaie de leur faire passer le message de qui on est à Angers, de la manière dont on avance et dont on construit en même temps."

Saïd Chabane, lors de la reprise de l'entraînement, il y a un mois.
Saïd Chabane, lors de la reprise de l'entraînement, il y a un mois.
Il y a ceux qui arrivent… et ceux qui partent : comment gère-t-on humainement le cas des joueurs dont on se sépare, alors qu’ils ont été des artisans de la montée ?
 
« Ça n’est pas évident, parce que la montée appartient à tout le groupe. Mais c’est un choix sportif, validé par le coach, le manager général et moi-même : on prend nos responsabilités là-dessus. Sur l’aspect sportif, on n’a pas le droit à l’erreur la première année. Les Angevins l’ont vécu il y a 22 ans et on ne veut pas refaire les mêmes erreurs. En renouvelant 100 % de l’effectif ou en récompensant ceux qui ont participé à la montée, sans prendre en compte l’exigence inhérente à la Ligue 1. Ca ne veut pas dire qu’ils n’ont pas la compétence ou le potentiel pour y aller, mais la question, c’est de savoir ceux dont on a besoin pour se maintenir la 1re année. Moi, j’aurais aimé garder tout le monde, mais aurait-ce été une bonne chose ou une mauvaise ? On ne le saura qu’à la fin, mais je préfère qu’on ait le maximum d’atouts au départ, avec notre part d’erreur, la part de déception… Mais aujourd’hui, on n’a pas le droit de prendre le risque de mettre tout le monde dans la panade."

De votre point de vue, où se situent les changements majeurs entre la Ligue 1 et la Ligue 2 ?
 
« C’est une autre dimension. En terme de visibilité, c’est incomparable. Pour bien situer cela, il faut imaginer simplement que sur un match de Ligue 1, c’est 27 caméras, avec 10 camions télé dans la cour, contre 2 ou 5 maximum en Ligue 2. Sur l’impact médiatique, quand on ouvrait L’Equipe, on avait une demi-page pour 20 clubs de Ligue 2, alors qu’il y a une page par équipe de Ligue 1. Je caricature, mais c’est à peu près ça. Donc la notion médiatique va être très importante, et il va falloir être vigilant par rapport à cela, parce qu’on va dans l’inconnu. Face à cela, on ira en colonne serrée, parce que la moindre petite faille se paiera cash. On aura l’embarras des micros, l’embarras d’occasions, donc je ne me sentirai pas arrivé le premier jour…

Après, en terme d’engouement, vous touchez d’abord tout le public angevin, tout ce qu’il y a autour d’Angers, du département, voire les départements limitrophes."
 
La Ligue 1, c’est aussi un business. Comment concilier ce facteur en ne « vendant » pas son âme ?
 
"On est passé en Ligue 1, certes, mais nous souhaitons défendre nos valeurs. Par contre, il faut évidemment parler business. Certains vont crier au scandale, mais vous ne pouvez pas avoir des acteurs de qualité sur le terrain, en leur disant qu’ils arrivent ou qu’ils sont dans un club amateur. Pour pouvoir les garder et les payer, vous avez besoin de développer cette partie économique. Il ne faut pas prendre ça comme une frustration ! Sans argent, on ne peut plus rien faire. Si on veut avoir de l’ambition, si on veut exister, il faut impérativement qu’on développe nos ressources. Que ça secoue un petit peu un certain nombre d’habitudes, je peux le comprendre, mais qu’on ne reproche pas à un club de vouloir passer un cap pour satisfaire l’exigence de la division dans laquelle il est. Parce que demain on va vous le reprocher ! On va vous dire que vous n’avez rien fait pour maintenir le club à ce niveau-là. Nous avons une vision, avec une conscience très claire des budgets qu’il faut trouver à ce niveau-là. Et c’est principalement grâce à la télé qu’on peut trouver des ressources. Alors, si vous n’êtes pas d’accord, éteignez la télé et passez-la par la fenêtre !"

Combien représentent justement ces droits télé dans l’augmentation de votre budget ?
 
« Il y a le partenariat économique, la billetterie, le merchandising, mais les droits télé représentent autour de 50 % : 13 M€ sur les 23 à 25 M€ de budget."

Comment voyez-vous le rôle des collectivités publiques auprès du club ?
 
"Nous avons été très clairs : on n’en demande pas plus à la Ville. Le Département réduit sa subvention de 50 %, mais je le comprends, compte tenu de sa situation économique. Même si ça ne fait pas plaisir, on ne peut pas traire une vache qui ne peut plus donner de lait. Et puis ce ne sont pas des sommes énormes par rapport au budget.

Le club doit prendre ses responsabilités : on ne peut plus s’appuyer sur les pouvoirs publics pour continuer à les financer. A nous de prendre notre destin en main et de créer des ressources durables. Aujourd’hui, c’est le Département qui a du mal, demain, ça peut être la ville, donc il faut se préparer et non pas préparer son micro et son stylo pour dire : « La ville nous a lâchés ! » C’est dans l’air du temps, il faut l’accepter. A nous de retrouver de nouveaux produits, qui vont intéresser nos partenaires actuels ou d’autres que notre modèle n’arrive pas à toucher aujourd’hui."
"Le club doit prendre ses responsabilités : on ne peut plus s’appuyer sur les pouvoirs publics pour continuer à les financer. A nous de prendre notre destin en main et de créer des ressources durables. C’est dans l’air du temps, il faut l’accepter, retrouver de nouveaux produits, qui vont intéresser nos partenaires actuels ou d’autres que notre modèle n’arrive pas à toucher aujourd’hui"

Les partenaires qui vous accompagnaient déjà ont-ils répondu présents face à cette nouvelle réalité économique de la Ligue 1 ? Et d’autres sont-ils venus frapper à votre porte ?
 
"La grande majorité a suivi. Et il y a de nouveaux partenaires nationaux qu’on intéresse, et qui sont là…" (NDLR : l'entretien a été réalisé avant la signature du partenariat avec la société Bodet...)
 
… Et qui sont amenés à prendre une place importante ?
 
"C’est tout l’enjeu aujourd’hui, et là où je devrais prendre mes responsabilités. Il y a des nationaux qui arrivent d’une manière importante et il faut voir en matière de visibilité comment les situer par rapport à d’autres, qui étaient là avant."

Vous citez volontiers l’Olympique Lyonnais ou le FC Lorient en exemple. Est-ce toujours le cas, et pour quelles raisons ?
 
"Qui ne peut pas être admiratif du travail qu’a réalisé Jean-Michel Aulas à Lyon ? Et qui ne voudrait pas suivre le chemin qu’il a suivi depuis 29 ans ? Par contre, moi je ne ferai pas 29 ans au club…

Pour Lorient, c’est plus sur le modèle économique : comment il trouve l’équilibre entre le financier et le sportif. On ne va pas essayer de se calquer sur Lyon, qui a un potentiel économique 10 fois plus important que nous !"
 
Jusqu’au 1er juillet, vous étiez président du collège Ligue 2 et vice-président à l’UCPF*. Quel discours portez-vous dans ces instances ?
 
"Avec la montée en Ligue 1, j’ai perdu ces deux mandats mais je reste au comité exécutif. Et je suis membre du bureau de la Ligue. J’étais le porte-parole des clubs de Ligue 2. Depuis le 1er juillet, je bosse pour mon club, en apportant la parole de mon club. Avant, j’apportais la parole du groupe que je représentais : je n’avais pas le droit de raisonner en mon nom ! La notion de petit club restera toujours parce que les seuls gros clubs sont les 4 ou 5 qui sont là-haut. A partir de la 6e ou 7e place de Ligue 1 et jusqu’à la 20e, on est dans le même panier que la Ligue 2. Aujourd’hui, quand on protège la Ligue 2, on protège aussi le bas de tableau de la Ligue 1. Après je suis d’accord pour dire qu’il faut laisser la place au football amateur ou grand public, mais il y a aussi le business. Ce qu’il faut apporter, c’est l’équilibre entre ces deux groupes-là."

Cela nous renvoie aussi aux commentaires que votre soutien à la diminution de trois à deux descentes en Ligue 2, a suscité cet été...

"Je le répète, j'ai défendu les intérêts de la Ligue 2 jusqu'à quasiment mi-juin au moment où j'ai passé la main. A partir de là, j'ai dit : "Je défends les intérêts de mon club au même titre que l'ensemble des présidents qui siégeaient au bureau". C'est comme ça. Aujourd'hui il me faut préserver les intérêts du club coûte que coûte sur tous les niveaux, dans tous les domaines et sans merci. Personne ne nous a fait de cadeau, personne ne nous en fera : à nous maintenant de penser beaucoup à nous pour aussi bien passer cette année."
"Ce que j’ai dit et que je répète, c’est que le football a besoin de locomotive, mais que je n’ai jamais vu de locomotive fonctionner sans wagon. L’importance des locomotives, c’est le chargement qu’il a derrière, ça n’est pas le temps qu’il mettra pour aller d’une gare à une autre"

Votre voix est-elle audible ?
 
"Pour l’instant, j’éponge ! Vous avez face à vous et à côté de vous des gens comme Jean-Michel Aulas, Vincent Labrune, Michel Seydoux, Bernard Caïazzo ou Nasser El-Khelaïfi…
Donc vous parlez à votre juste valeur et à votre juste dimension, sans essayer d’être le donneur de leçons.
Ce que j’ai dit et que je répète, c’est que le football a besoin de locomotive, mais que je n’ai jamais vu de locomotive fonctionner sans wagon. L’importance des locomotives, c’est le chargement qu’il a derrière, ça n’est pas le temps qu’il mettra pour aller d’une gare à une autre."

Saïd Chabane : "A nous de prendre notre destin en main"
Un mot sur votre investissement personnel. Lors de notre dernier entretien (1), vous disiez vous être pris au jeu, c’est toujours le cas aujourd’hui ? Le cas échéant, comment concilier cette vie de président de club de football avec votre vie professionnelle ?
 
"C’est de pire en pire ! Et c’est compliqué par rapport à ma vie professionnelle. Même si je me suis structuré dans le groupe, certaines décisions ou paroles passent beaucoup plus quand c’est vous qui les dites. Des salariés que j’ai vu arriver ou qui m’ont vu grandir, n’ont pas le même indice d’écoute quand c’est le directeur général ou le directeur administratif et financier qui leur parlent…
Après, c’est simplement une question d’engagement : quand je m’engage dans quelque chose, je veux aller jusqu’au bout, et au SCO, on est parti de loin : le chantier était énorme quand j’ai signé, en octobre 2011. Je n’avais pas le droit de laisser la moindre faille, ni dans le fonctionnement, ni dans l’entourage. Si on voulait atteindre des objectifs, il fallait être rigoureux sur un certain nombre de choses. Et il va falloir continuer à l’être."
 
Toujours dans l’entretien que vous nous aviez consacré en décembre 2012, vous défendiez la nécessité pour le club d’aller à la rencontre du public, et notamment des jeunes. Comment cette volonté se traduit-elle ?
 
« Par des actions avec le département avec des entraînements décentralisés, des pros qui participent à des séances dans des villes autour d’Angers. Et on renforcera encore un peu plus ce maillage cette année. Ça n’est pas parce qu’on est en Ligue 1 qu’on va dire : « Les gars on n’a pas besoin de vous, si vous voulez quelque chose, vous venez au stade ». Donc on maintiendra cette relation de proximité avec le public. On ne fermera pas le portail du centre d’entraînement au public, sauf demande particulière du coach : mais ça n’est pas dans la mentalité de Stéphane Moulin. Si on a envie de faire un entraînement à huis-clos, je pense qu’on ira ailleurs. »

Le public, c'est aussi celui du stade Jean Bouin les jours de matchs. Comment appréhendez-vous son rôle ?

"On part avec des handicaps que sont l'inexpérience et nos moindres capacités budgétaires, son rôle sera donc très important. Mais je suis confiant. On avait choisi de limiter à 6000 le nombre d'abonnés, tout a été vendu en un jour et demi. Et on sait qu'on devrait jouer une dizaine de matchs à guichets fermés dont le premier face à Nantes le 15 août."
 
On a bien compris l’objectif de maintien, mais vous projetez-vous déjà plus loin, à l’horizon 2019, celui du centenaire du club. Quelles ambitions portez-vous ?
 
"D’ici là, on sera champion de France, vainqueur de la Coupe de France, de la Coupe de la Ligue… parce qu’aujourd’hui, je n’ai pas de trophées à présenter au centenaire ! (rires) Non, non, ce qui serait bien, simplement, c’est de dire : « Après 100  ans, on existe toujours ». Mais il ne faut pas dire : « on va être en Ligue 1 pour être dans le 5 premiers ou faire l’Europe… » Nous allons déjà essayer de bien connaître la Ligue 1, de se maintenir et de bâtir les choses pour le long terme. Si nous n’avons pas de trophée en 2019, ça n’est pas grave, on sera déjà là. Et c’est l’essentiel. »

(1) Pour relire l'entretien de décembre 2012, c'est ici





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