Saïd Chabane : « L’affaire Willy Bernard est derrière nous »


Rédigé par Cédric SOULIÉ - Photos : Sébastien AUBINAUD - Angers, le 09/12/2012 - 22:00 / modifié le 30/12/2012 - 11:22


Il nous avait accordé cet entretien avant la défaite à Arras, en Coupe de France, samedi. Saïd Chabane, le président d'Angers SCO, est à l'honneur du numéro 3 d'Angers Mag. Ce chef d’entreprises sarthois est à la tête du club angevin depuis un an. L’occasion de tirer un premier bilan et de parler d’avenir.



Saïd Chabane, président d'Angers SCO
Saïd Chabane, président d'Angers SCO
L’homme est plutôt discret. Peu bavard dans les médias. Pourtant, depuis fin 2011, Saïd Chabane, patron d’un groupe agro-alimentaire en Sarthe depuis 8 ans, est à la tête du SCO Angers. L’œil vif, le sourire facile, il a accepté de répondre aux questions d’Angers Mag, « sans problème ». Et sans langue de bois, cet Algérois d’origine évoque ici la reprise du club après les frasques de l’affaire Willy Bernard, ses objectifs sportifs, ses relations avec la ville d’Angers… Et le chemin qu’il compte tracer pour ouvrir le club au plus grand nombre. Entretien à Jean-Bouin…

Comment devient-on président du SCO ?
« Un peu par hasard, mais surtout par passion. J’aime le football depuis toujours. Et cette passion m’a poussé à vouloir créer et construire quelque chose. Concrètement, une opportunité s’est présentée à moi fin 2011. Après discussions avec Bertrand Baudaire (actuel vice-président du SCO et Pdg de la chaîne de restaurants La Boucherie, NDLR), nous nous sommes rapprochés. Fin 2011, il fallait agir vite. Nous nous sommes donc positionnés et devenus actionnaires dans le seul but de sauver le SCO. »

C’est une première expérience pour vous dans le monde du football professionnel ?
« En tant que président, oui. Mais j’ai accompagné durant 8 ans le FC Le Mans dont j’étais l’un des sponsors. Le siège de mes entreprises étant basé au Mans, il me paraissait logique de soutenir le club local. La présidence du SCO est donc pour moi une continuité quasi naturelle. »

Avez-vous une expérience de footballeur ?
« Non, simplement entre copains, le week-end, quand j’étais plus jeune. En revanche, j’ai joué au handball au sein d’une équipe universitaire dans laquelle j’étais gardien de but pendant trois ans. Cela remonte à mes années estudiantines à Alger. »

Revenons au SCO, quels sont vos objectifs de président à mi-saison ?
« Les objectifs restent toujours les mêmes : faire mieux que la saison dernière. Et continuer surtout à construire le club, lui donner les moyens de prétendre à autre chose dans les années à venir. Evidemment, comme tout club de ligue 2, la finalité est de nous rapprocher de l’élite de la Ligue 1. Mais ça arrivera quand ça arrivera. Pas de précipitation, même si j’estime que le plus tôt sera le mieux, mais pas maintenant.»

Si le SCO venait à monter en Ligue 1, porterez-vous le projet d’un nouveau stade à Angers ?
« Ce n’est pas une priorité pour moi. Car j’estime qu’il faut, une fois en Ligue 1, confirmer et y rester de manière durable pour commencer à réfléchir à un projet de ce genre. D’ailleurs, aujourd’hui, le stade Jean-Bouin nous convient très bien et répond aux exigences de la Ligue 1. Il faudra sans doute trouver de nouveaux aménagements, mais nous ferons avec, tant qu’il faudra faire avec ! »

Revenons maintenant sur les antécédents du club, et notamment sur l’affaire Willy Bernard, comment fait-on pour redresser la barre après toutes ces « mésaventures » ?
« C’est un ensemble de choses qui font que l’on peut repartir sereinement. Je pense notamment à la bonne volonté des partenaires et des institutionnels qui n’ont pas hésité à renouveller leur confiance dans le projet du club. Et ça nous facilite la chose pour redresser la barre ».

"La création d’un nouveau stade à Angers n’est pas une priorité. J’estime qu’il faut, une fois en Ligue 1, confirmer et y rester de manière durable pour commencer à réfléchir à un projet de ce genre. D’ailleurs, aujourd’hui, le stade Jean-Bouin nous convient très bien et répond d’ailleurs aux exigences de la Ligue 1 ».

Existe-t-il encore des séquelles au sein du club ?
« Je n’ai pas vécu cette période difficile personnellement. Et lors de mon arrivée au club, fin 2011, j’ai souhaité à ce que l’on n’en parle plus et qu’on pense plutôt à l’avenir. J’estime que cela ne sert à rien aujourd’hui de faire ressurgir le passé, de se pourrir la vie avec cette affaire. Le club a souffert comme la ville, les partenaires et surtout les supporters, donc pour moi, la page est tournée. Et l’affaire Willy Bernard est définitivement derrière nous. »

Hormis Willy Bernard, le staff du SCO n’a pas vraiment bougé, vous auriez pu faire table rase de l’équipe en place ?
« Non, car au delà du projet politique et financier que j’ai assaini et stabilisé dès mon arrivée, je souhaitais maintenir le projet sportif qui, en aucun cas, ne devait être remis en cause ».

A combien s’élève le budget du SCO pour cette saison ?
« Le budget pour cette année s’élève à peine 8 millions d’euros, soit trois millions de moins qu’en 2010 ».

Quelles relations entretenez-vous avec la municipalité d’Angers ?
« Très bonnes. à partir du moment où les règles étaient claires dès le départ. à savoir que l’intérêt qui prime est d’abord celui du SCO et non le mien. Et sur le plan financier, je sais jusqu’à quel point, on peut solliciter un chef d’entreprise, donc il en est de même pour moi à l’égard des collectivités locales".

La ville d’Angers porte un projet d’une nouvelle télé locale, pourquoi vous lancez-vous dans cette aventure en tant qu’actionnaire ?
«Lorsque je suis arrivé à la tête du SCO, la Ville, le Département, la Région..., m’ont ouvert les bras. Je trouve donc logique et normal de renvoyer la balle en m’associant à ce projet. J’adopte d’ailleurs la même position à l’égard de la télé locale du Mans pour laquelle je suis partenaire depuis plusieurs années. Et j’estime que quand on vous donne, il faut savoir redonner et pas simplement prendre sans rien dire.

Qu’attendez-vous de cette télé locale angevine ?
« Rien, je me positionne simplement comme acteur économique qui participe au développement et au rayonnement de la région angevine. Il existe toutefois un intérêt qui consistera à véhiculer une information sportive et culturelle. De mieux faire connaître le club, de l’ouvrir à la population angevine et notamment dans les quartiers".

Pourquoi cette volonté d’ouverture ?
« C’est une des priorités de notre projet sportif que nous présenterons début janvier. Selon moi, la réussite du club passe par ses relations avec le monde institutionnel, sportif et culturel. Sans oublier une politique envers les jeunes qui devra être accentuée à l’égard des quartiers d’Angers et des communes aux alentours par le biais de partenariats forts avec les clubs de football locaux. Et ce, en partant d’un principe simple auquel je tiens beaucoup : pas de concurrence mais bel et bien un travail en commun pour tous aller dans le même sens.»

BIO EXPRESS

1964. Naissance à Alger (Algérie), le 6 octobre.
1983. Entre à l’école Polytechnique d’Alger.
1989. Intègre l’Ecole des Mines de Paris.
1991. Mariage avec Isabelle avec laquelle il a trois enfants.
1993. Entre comme responsable qualité chez Guérineau (La Ferté-Bernard).
1997. Créé la société Cosnelle (agro-alimentaire).
2007. Reprend la société de charcuterie Nivernoy, basée dans la Nièvre.
2009. Création de la société « Au Pays Normand », spécialisée dans la distribution de produits de charcuterie fine et traditionnelle.
Nov. 2011. Rachète ses actions à Willy Bernard et devient actionnaire majoritaire du SCO.
Déc. 2011. Est officiellement élu président du SCO.
Avril 2012. Rachète les parts de M. Blot et possède désormais 74 % du capital du SCO.

Saïd Chabane, façon Proust…

Saïd Chabane : « L’affaire Willy Bernard est derrière nous »
Le bonheur parfait, selon vous ?
La santé, d'abord la santé !
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Que détestez-vous le plus au monde ?
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Le défaut qui vous inspire le plus d'indulgence ?
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