Santé : Pôle d’excellence recherche budget

Enseignement supérieur : la recherche angevine à la loupe #4


Rédigé par Tiphaine CREZE - Angers, le 03/11/2016 - 12:15 / modifié le 03/11/2016 - 01:32


Angers abrite le plus grand pôle français de recherche en médecine mitochondriale, dirigé par Guy Lenaers, arrivé début 2015. Couronné de deux publications en cette fin d’été, le PREMMi est pourtant loin d’être assuré de son avenir budgétaire.



Guy Lenaers, très sollicité au laboratoire, réalise l’essentiel de la rédaction des dossiers chez lui.
Guy Lenaers, très sollicité au laboratoire, réalise l’essentiel de la rédaction des dossiers chez lui.
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DOSSIER. Au cœur des établissements d’enseignement supérieur du territoire, souvent dans l’ombre, la recherche agit un peu plus chaque année comme un vecteur de dynamisme, d’innovation et de notoriété. Végétal, santé, électronique et numérique, matériaux, sciences humaines et sociales… Ils seraient plus d’un millier de chercheurs, d’enseignants-chercheurs et d’étudiants à consacrer tout ou partie de leur temps à la recherche, le plus souvent au sein d’unités dites « mixtes ». C’est-à-dire associant  les grands établissements publics à caractère scientifique et technologiques (Inra, CNRS, Inserm…) dont la recherche est précisément la vocation. Comment s’organisent ces travaux de recherche ? Comment sont-ils financés et par qui ? Pour quelles applications et quels enjeux ? Angers Mag a voulu essayer d’y voir plus clair, en allant à la rencontre d’acteurs de la recherche.

C’est ce que l’on appelle marquer les esprits. A un peu plus de quinze jours d’écart en cette fin d’été, l’Université a pu se vanter de deux découvertes importantes d’une « équipe angevine » de recherche en santé. La première, fin août, concernait un nouveau gène, responsable d’une forme d’épilepsie sévère chez l’enfant ; la deuxième, mi-septembre, un mécanisme de développement de la cécité – beaucoup trop pointu pour qu’on le développe ici.

Cette « équipe angevine », qui fait chauffer la boîte mail du service communication de l’Université, est le centre névralgique du pôle de recherche et d’enseignement en médecine mitochondriale, PREMMi pour les intimes. Son directeur, Guy Lenaers, dont l’accent trahit un passé à l’Institut des neurosciences de Montpellier, est l’un des grands spécialistes français de médecine mitochondriale. Par chance, il est aussi pédagogue et éclaire simplement son domaine de recherche : « Les mitochondries sont des particules que l’on trouve dans toutes les cellules du corps qui assurent la production d’énergie nécessaire à tous les processus vitaux ».

Si Guy Lenaers loge depuis le 1er janvier 2015 sur les bords de Maine – « mais cela fait quinze que je travaille avec Angers car nous partagions déjà une thématique de recherche commune » – c’est parce qu’il a répondu à un appel à projets lancé par les Pays de la Loire, « Connect Talent ». Un moyen pour la Région d’augmenter son attractivité et pour les équipes d’ « amplifier l’action de recherche localement ». « C’est la première fois que je suis aidé à ce point-là », se réjouit Guy Lenaers. « En arrivant, j’ai pu recruter une dizaine de personnes : c’est du luxe ! ». Avec 32 membres, c’est la plus grosse équipe de recherche dédiée à la médecine mitochondriale en France.
 
"Nous sommes sans arrêt à chercher des crédits pour les projets que nous avons dans la tête."
 
Malgré le soutien régional, mais aussi celui du CHU, de l’Université d’Angers et d’Angers Loire Métropole (1,3 million d’euros complétés par 1,8 million d’euros pour l’acquisition d’équipements technologiques), cela fait un an que Guy Lenaers répond à de nouveaux appels à projets pour dégoter du budget. « Nous sommes sans arrêt à chercher des crédits pour les projets que nous avons dans la tête », admet-il. Résultat : « Je réalise l’essentiel de la rédaction des dossiers chez moi, à la maison », trop sollicité au laboratoire où il n’en finit pas de saluer le travail des blouses qui s’activent sur les paillasses. 

Guy Lenaers n’hésite pas à parler de « compétition mondiale » quant à son domaine de recherche, tout en se voulant rassurant sur les limites à se fixer en matière d’éthique : « Dans le monde occidental, cela fait cinq siècles que nous sommes confrontés à la science, nous avons donc une culture de l’éthique très forte ». Les deux publications – critère d’évaluation clé de la recherche – de cette fin d’été permettent à Guy Lenaers d’avancer, positif : « Nous sommes optimistes sur l’avenir du PREMMi. En 2015, nous avons obtenu un soutien local et régional ; en 2016, nous avons été reconnus nationalement par le CNRS et l’Inserm ; en 2017, on peut espérer une consécration européenne. Cela fait partie des objectifs réalisables, aux dépens de pas mal de nos soirées et de nos week-ends, passés devant l’ordinateur ».













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