Se réapproprier la démocratie

TRIBUNE LIBRE


Rédigé par Mickaël POIROUX, membre du conseil d’administration d’Attac49 - Angers, le 13/03/2017 - 18:30 / modifié le 13/03/2017 - 19:49


Quelles solutions face à la crise de la démocratie représentative ? La question sera au centre de la soirée organisée mardi à la Maison pour Tous de Monplaisir par le mouvement Attac 49, sur le thème « se réapproprier la démocratie ». Après une conférence d'Albert Ogien, sociologue et co-auteur de « Le principe démocratie », une discussion générale sera proposée. Mickaël Poiroux, membre du conseil d'administration d'Attac 49 pose le cadre du débat.



Albert Ogien, co-auteur du "Principe démocratie", tiendra une conférence lors de la soirée organisée mardi 14 mars à la Maison pour Tous de Monplaisir.
Albert Ogien, co-auteur du "Principe démocratie", tiendra une conférence lors de la soirée organisée mardi 14 mars à la Maison pour Tous de Monplaisir.
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Le GIS (Groupement d'Intérêt Scientifique) Démocratie et participation, carrefour de chercheurs, organisait fin janvier à Paris un colloque sur les expérimentations démocratiques (1) avec les acteurs qui portent ces initiatives. Le colloque fût introduit en faisant le constat de l'obsolescence de la démocratie représentative et de l'insuffisance de la démocratie participative. Le caractère démocratique du gouvernement représentatif est de plus en plus contesté. La participation se limite le plus souvent à de la consultation, dont les décideurs disposent arbitrairement : l'exemple ultime étant la ratification par les parlementaires du Traité européen rejeté par référendum.
 
En marge, les expérimentations démocratiques semblent à contre-courant des tendances institutionnelles d'un « système » politique à bout de souffle.
 
Au niveau local par exemple, les citoyens de Saillans (1300 hab. dans la Drôme) conçoivent les politiques publiques dans le cadre de démarches de délibération garanties et animées par les élus. Issus d'une liste citoyenne, ces derniers ont choisi de renouveler le rôle de l'élu. Mais pour un Saillans, force est de constater que les fusions de communes, intercommunalités et Régions ont globalement contribué à centraliser les décisions dans quelques mains.
 
Les démarches inclusives qui se veulent populaires, et souvent (dis)qualifiées de populistes, visent à reconnaître à chacun sa légitimité à exprimer ses opinions et à participer à la politique. L'occupation des places, des Indignés à Nuit debout, visent à rebâtir du commun à partir d'un espace public sans discriminations fondées sur l'instruction, l'âge, les origines sociales ou ethniques. Faire en sorte que toutes les voix s'expriment, quand les élections n'y parviennent visiblement plus au vu de l'abstention grandissante. Pensées pour sauver ce système, les primaires ne font en fait que faire toujours plus ce qui ne fonctionne pas.
​Créer du commun s'envisage par l'alliance des différences plutôt que leurs oppositions instrumentalisées (« diviser pour mieux régner »). 
Les mouvements contestation se développent pour défendre des intérêts communs face à un intérêt général trop souvent dévoyé au service d'intérêts particuliers. C'est le cas contre les grands projets inutiles et imposés, dont le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes est le symbole le plus éclatant. Les processus délibératifs sont opaques et aboutissent à des décisions arbitraires qui semblent prises d'avance et irrévocables. Tous ceux qui ont participé de bonne foi à des consultations ou des concertations et ont perçu le mépris à leur égard se radicalisent, au sens d'une remise en cause radicale de nos institutions. Certains promeuvent une démocratie ouverte (2), fondée sur la transparence et la collaboration. D’autres recherchent l'autonomisation.
 
Face à la surdité des autorités (3), la démocratie d'interpellation se développe également en s'inspirant du community organizing anglo-saxon (Alliance citoyenne fût pionnière à Grenoble) et de la longue expérience des « quartiers » (qui capitalise au sein de la coordination Pas sans nous). Il s'agit pour chacun de retrouver du pouvoir d'agir, à partir de là où il est en s'appuyant sur des solidarités de proximité et l'action collective. Créer du commun s'envisage par l'alliance des différences plutôt que leurs oppositions instrumentalisées (« diviser pour mieux régner »).
 
Il faut observer comment les citoyens vivent et inventent la démocratie du quotidien pour y puiser l'inspiration d'un Demain démocratique, où, par exemple, le mandat révocable, le tirage au sort, la décision par consentement peuvent trouver leur place. Et au-delà d'un renouvellement des institutions sans doute souhaitable, la démocratie est aussi un type de société qui s'incarne dans un « mode de vie ». Il reste à imaginer et réaliser cette transition démocratique désirable, tout aussi ambitieuse et délicate que les transitions écologiques et sociales qu'elle doit accompagner.
 
1. http://www.participation-et-democratie.fr  
2. La France accueillait d’ailleurs le sommet mondial du Partenariat pour un Gouvernement Ouvert en décembre 2016 : http://fr.ogpsummit.org
3. Plus que des sans-voix, il y a des sans oreilles : http://www.musedt.com/vous-nous-appelez-les-sans-voix-mais-en-fait-cest-vous-les-sans-oreilles/
 
Conférence et discussion avec Albert OGIEN, sociologue, co-auteur de « Le principe Démocratie » (La Découverte, 2014). Mardi 14 mars 2016 à 20h00. Maison pour tous de Monplaisir. Entrée libre.



















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