Séance critique : "Frantz"


Rédigé par Florence VASCA - Angers, le Samedi 17 Septembre 2016 à 08:00


Dans Séance critique, deux fois par mois, Florence Vasca nous fait partager son regard sur un film à l'affiche. En cette rentrée, c'est "Frantz" de François Ozon qui est disséqué par notre chroniqueuse cinéma.



Pierre Niney et Paula Beer campent les personnages d'Adrien et Ana, dans le dernier film du réalisateur François Ozon, "Frantz". Crédit photo : Mars Film
Pierre Niney et Paula Beer campent les personnages d'Adrien et Ana, dans le dernier film du réalisateur François Ozon, "Frantz". Crédit photo : Mars Film
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Dans une bourgade allemande du printemps 1919, le quotidien de la jeune Anna se résume à entretenir la tombe de son fiancé mort dans les tranchées. Hébergée par les parents de ce dernier, elle croise un jour Adrien, un français en plein recueillement devant la tombe de son supposé ami.

Malgré l'animosité ambiante envers le peuple français, la jeune femme l'invite à entrer dans sa vie et celle de ses beaux-parents. S'inspirant d'un film du grand Lubitsch adapté d'une pièce des années vingt, François Ozon s'attèle une seconde fois, après « Angel », au film d'époque. Le choix de tourner dans la langue de Goethe, qui plus est en noir et blanc, est un double défi.

A travers ce drame de l'après-guerre, on retrouve le goût du secret cher au réalisateur, comme celui de la confusion du vrai et du faux. La reconstitution soignée de l'époque donne au film une beauté à la fois austère et mélancolique. L'esthétique noir et blanc du bourg allemand et de sa campagne environnante rappelle celui des tableaux du « Ruban blanc » de Haneke, soulignant le deuil de toute une population. Le temps d'une scène où la musique s'introduit dans la maison, la couleur remplace le noir et blanc comme si la vie reprenait ses droits.

Ozon nous emmène là où ne s'y attend pas, dans un jeu de miroirs où le mystère rivalise avec l'intensité de l'intrigue. Il joue comme personne de l'ambiguité des liens qui unissent les personnages.
La seconde partie du film se déroule dans une France meurtrie par la guerre encore toute proche. Anna, étrangère à son tour, part sur les traces d'Adrien et du fantôme de Frantz. En quête de vérité, elle finira par payer le prix fort de la désillusion. « Frantz » nous interroge sur la culpabilité des survivants, celle d'Adrien et d'Anna mais aussi celle du père ; à l'image de tous ces pères allemands comme français qui par leur patriotisme aveugle ont envoyé leurs propres fils à la mort.

Paula Beer (Anna) illumine le film par son feu intérieur et la mélancolie de ses yeux clairs ; tandis que Pierre Niney (Adrien), dont la physionomie colle parfaitement à l'époque, exprime ses tourments avec beaucoup de fièvre.

Malgré son titre trompeur, François Ozon nous offre un émouvant portrait de femme confrontée au deuil et au mensonge. Au-delà du mélodrame intense et délicat, « Frantz »est aussi un plaidoyer pacifiste plutôt bien venu à l'heure des commémorations de la guerre qu'on nommait la Der des Ders.









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