Séance critique : "Ouvert la nuit", d'Edouard Baer


Rédigé par Florence VASCA - Angers, le Vendredi 20 Janvier 2017 à 18:00


Dans Séance critique, deux fois par mois, Florence Vasca nous fait partager son regard sur un film à l'affiche. Aujourd'hui, "Ouvert la nuit", d'Edouard Baer.



"Ouvert la nuit", d'Edouard Baer. Crédit photo : Pascal Chantier.
"Ouvert la nuit", d'Edouard Baer. Crédit photo : Pascal Chantier.
la rédaction vous conseille
Luigi, directeur d'un théâtre parisien est assailli par les revendications de sa troupe à la veille de la première représentation. Non content de devoir réunir des fonds afin de payer les techniciens qui menacent de faire grève, il lui faut dénicher un singe indispensable au bon déroulement de la pièce. Il entame alors une virée nocturne dans la capitale, embarquant dans son sillage une jeune stagiaire récalcitrante.

Le ton est donné dès les premières images du filage de la pièce qui s'intitule La femme et le singe. On y découvre un intermittent du spectacle en costume de singe et un Michel Galabru désabusé dirigé par un metteur en scène japonais hystérique. L'histoire débute dans le huis-clos d'une salle de théâtre dans l'affolement général. Elle se poursuit au milieu de la nuit dans les rues de Paris, pour un périple qui ne ressemble en rien à une course contre la montre.

Car Luigi aime musarder au gré de ses envies et des gens qu'il croise, qu'il s'agisse d'un grand nom du théâtre comme d'un vendeur de roses à la sauvette. Et peut passer avec la même aisance d'un palace parisien à un squat de Montreuil. Souvent inconséquent, il va jusqu'à enlever un chimpanzé et distribuer des chèques en bois à des SDF.
"Ce Paris magnifié par la photo d'Yves Angelo a aussi quelque chose de mélancolique"
Avec subtilité, Edouard Baer jette un regard critique sur la société en évoquant au passage la précarité, le rapport à l'argent mais aussi le mécénat de groupes industriels. Ingrédients incontournables de l'univers « baerien », l'humour décalé et son amour des mots font le sel du film. Le dandy désinvolte et beau parleur qu'il incarne est une déclinaison de lui-même.

En dédiant Ouvert la nuit à Jean-François Bizot (Radio Nova), on devine combien ses virées passées avec ce noctambule notoire ont été une source d'inspiration. Un véritable esprit de troupe règne sur le film, renforcé par le choix d'amis comédiens venus d'horizons différents (Les Deschiens, La Comédie Française...) à l'instar du réalisateur ayant débuté au cours Florent, pour devenir ensuite trublion des médias.

On pouvait craindre que la tonalité du film et les situations loufoques en feraient un objet foutraque. Pourtant, ce Paris magnifié par la photo d'Yves Angelo a aussi quelque chose de mélancolique. Edouard Baer, artiste atypique, nous livre un film sincère portant un regard tendre sur les gens du théâtre, dans des répliques savoureuses où l'absurde côtoie toujours la poésie.













Angers Mag