Séance critique : "Paterson", de Jim Jarmusch


Rédigé par Florence VASCA - Angers, le Samedi 7 Janvier 2017 à 09:00


Dans Séance critique, deux fois par mois, Florence Vasca nous fait partager son regard sur un film à l'affiche. Aujourd'hui, "Paterson" du réalisateur américain Jim Jarmusch.



Adam Driver et Golshifteh Farahani campent le couple phare du nouveau film de Jim Jarmusch, "Paterson". Crédit photo : Frederick Elmes
Adam Driver et Golshifteh Farahani campent le couple phare du nouveau film de Jim Jarmusch, "Paterson". Crédit photo : Frederick Elmes
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Paterson, trentenaire placide, conduit des bus dans la ville du New Jersey du même nom. Réglée comme une horloge, sa vie s'écoule dans une apparente monotonie auprès de son amoureuse Laura. Paterson passe le plus clair de son temps à écrire des poèmes pendant que sa compagne transforme leur intérieur au gré de sa fantaisie.

Scénariste de tous ses films, Jim Jarmusch raconte ici le quotidien d'un anti-héros dans une ville de l'Amérique post-industrielle dont le nom Paterson est aussi celui d'un poème célèbre. Ramassée sur une semaine, la vie quotidienne de ce couple complémentaire et harmonieux défile sur l'écran entre poésie et lenteur.

Paterson consigne dans un petit carnet qu'il ne quitte jamais les petits poèmes que lui inspirent à la fois les conversations des gens qu'il transporte et sa femme ; laquelle peint de façon obsessionnelle des motifs noir et blanc tant sur des rideaux douche que sur des cup-cakes (on retrouve là l'esthétique du noir et blanc omniprésent dans le cinéma de Jarmusch).

De prime abord,  il ne se passe pas grand chose de palpitant dans la vie du discret Paterson, qui ne possède pas de portable. Ses journées de travail sont ponctuées par les rituels de la promenade du soir avec son chien et des sorties au pub du quartier. Le cinéaste distille çà et là quelques notes d'humour, notamment dans la scène du faux suicide d'un amoureux éconduit et à travers le comportement du bulldog Marvin, personnage à part entière de l'histoire.
"Les personnages ne semblent pas avoir d'autre ambition que de cultiver un bonheur simple. Ils réinventent leur quotidien en y mettant chacun à leur manière  de la poésie, échappant ainsi à la banalité de l'existence."

On finit par se laisser emporter par l'atmosphère cotonneuse de ce film contemplatif, grâce à la voix grave du héros qui nous accompagne. Notre esprit vagabonde au rythme des trajets du bus en harmonie avec celui de Paterson, croisant au détour d'une rue un nombre improbable de jumeaux en tout genre.

Dans de jolis plans en sur-impression, les images d'une ville industrielle appartenant au passé laissent la place à une nature sauvage aux couleurs de l'automne. Les personnages ne semblent pas avoir d'autre ambition que de cultiver un bonheur simple. Ils réinventent leur quotidien en y mettant chacun à leur manière  de la poésie, échappant ainsi à la banalité de l'existence. 

Musicien émérite, le cinéaste, accompagné de son groupe Sqûrt, signe la bande originale qui colle parfaitement à l'ambiance du film. Adam Driver, au jeu minimaliste, et la gracieuse Golshifteh Farahani forment un couple tendre et attachant. C'est finalement la succession de scènes répétitives et la lenteur du film qui en font sa singularité. Jim Jarmusch fait de Paterson une chronique intimiste en forme de poème visuel, à la fois esthétique et délicat.

Sur le même film, lire aussi la chronique du blog Ciné Renoir.
 









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