Séance critique : "Personnal Shopper" d'Olivier Assayas


Rédigé par Florence VASCA - Angers, le Samedi 24 Décembre 2016 à 09:00


Dans Séance critique, deux fois par mois, Florence Vasca nous fait partager son regard sur un film à l'affiche. Aujourd'hui, "Personnal Shopper", la dernière réalisation d'Olivier Assayas.



Séance critique : "Personnal Shopper" d'Olivier Assayas
la rédaction vous conseille

Maureen, jeune et jolie américaine de 27 ans vit à Paris. Son job consiste à louer ou acheter des accessoires et vêtements de luxe pour le compte d'une star tyrannique et surbookée. Partageant des dons de médium avec son frère jumeau mort depuis peu, Maureen n'a de cesse de tenter d'entrer en contact avec son esprit. 

Après Sils Maria, Olivier Assayas s'attaque au film de genre en offrant une seconde fois à son interprète le rôle de l'assistante d'une célébrité non plus dans le milieu du théâtre mais dans celui de la mode. Prix de la mise en scène à Cannes, Personnal Shopper commence comme un film fantastique avec de longs plans où l'héroïne déambule dans une maison vide et lugubre dans l'attente d'un signe de l'au-delà. Le cinéaste réussit la prouesse de filmer l'invisible en faisant apparaître un bel ectoplasme dans un exercice périlleux.

Le film construit autour de l'absence du frère traite de la difficulté du deuil comme de la communication entre les vivants et les morts dans un vingt et unième siècle aux technologies omniprésentes. Maureen ne parle quasiment pas français ce qui la conforte dans la solitude et la mélancolie; silhouette frêle sillonnant en scooter les rues de Paris au milieu d'une foule d'anonymes. Elle croise à peine son employeuse dont on ignore la véritable activité et communique uniquement par Skype avec son amoureux parti au Moyen-Orient.



​Symbole absolu d'un monde matérialiste et superficiel, le milieu de la mode et du luxe met en exergue  celui d'une vie intérieure et de l'invisible


Lors d'une scène dans l'Eurostar qui s'étire, un banal  échange de SMS devient peu à peu terrifiant sans qu'on réussisse à en définir la nature. Le film bascule alors dans un thriller tenant le spectateur en haleine par la tension de scènes à l'atmosphère glaçante. Symbole absolu d'un monde matérialiste et superficiel, le milieu de la mode et du luxe met en exergue  celui d'une vie intérieure et de l'invisible.


Paradoxalement, cette jeune femme médium qui prétend détester son travail semble fascinée par le luxe environnant. Se glissant avec volupté dans les atours d'une princesse, l'employée androgyne se métamorphose sous nos yeux entre trouble et interdit. 

Dans le rôle-titre, Kristen Stewart joue toute en intériorité et exprime un mal existentiel avec une belle sensibilité. De tous les plans, la muse d'Olivier Assayas s'éloigne un peu plus de son image de teen-movies. Déroutant parfois, Personal Shopper nous invite à la rencontre de fantômes entre film de genre et thriller dans une mise en scène fluide et poétique.














Angers Mag