Séance critique : "Toni Erdmann"


Rédigé par Florence VASCA - Angers, le Samedi 3 Septembre 2016 à 09:00


Dans Séance critique, deux fois par mois, Florence Vasca nous fait partager son regard sur un film à l'affiche. En cette rentrée, c'est "Toni Erdmann" de Maren Ade, succès public et critique à Cannes, qui est disséqué par notre chroniqueuse cinéma.



Inès Conradi (Sandra Hüller), femme d'affaires débordée face à un père qui s'invente de nouveaux visages, dont celui de Toni Erdmann (Peter Simonischek) (crédit photo : Haut et Court).
Inès Conradi (Sandra Hüller), femme d'affaires débordée face à un père qui s'invente de nouveaux visages, dont celui de Toni Erdmann (Peter Simonischek) (crédit photo : Haut et Court).
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Inès Conradi, la trentaine, est consultante à Bucarest pour une compagnie pétrolière allemande. L'irruption de son père à la veille d'une négociation délicate la contrarie quelque peu. Feignant de regagner l'Allemagne, celui-ci réapparaît sous différentes identités dans le seul but d'enchanter le quotidien de sa fille. Pressenti comme une palme d'or potentielle au dernier Festival de Cannes, le film de la réalisatrice-productrice Maren Ade s'inspire des facéties de son propre père.

Le ton est donné dès la première scène, hilarante, où le père d'Inès réceptionne un colis en s'inventant un jumeau au look improbable fraîchement sorti de prison. Le comique de situation repose sur le décalage entre la personnalité fantasque du père et l'atmosphère pesante du monde des affaires  L'univers de l'enfance et du jeu s’immisce là où la fantaisie n'a pas droit de cité. Les apparitions intempestives de ce « Toni Erdmann » se succèdent à renfort de postiches et fausses dents, s'improvisant tour à tour coach, investisseur ou ambassadeur. 

La cinéaste revisite la relation père-fille en inversant les rôles. L'incorrigible farceur tente de dérider l'executive-woman tandis que celle-ci lui reproche son manque d'ambition et son immaturité. La description clinique d'individus sous pression, en perpétuelle représentation, est glaçante. Là où ne compte que la performance, les moments festifs sont dépeints dans une ambiance superficielle et pleine d'ennui malgré le champagne qui coule à flot.
 
« Toni Erdmann » est un portrait père/fille tout en retenue à la fois burlesque et touchant

Coupée de ses émotions, Inès semble avoir tout sacrifié à sa réussite professionnelle et s'être perdue en cours de route. On la devine en conflit avec les valeurs morales inculquées par son père et ses objectifs (licencier pour sauver une entreprise). Fuyant toute intimité, elle finit par fendre l'armure en interprétant une chanson accompagnée par son père au piano. On prend alors la mesure de ce qu'a pu être leur complicité dans un passé pas si lointain. Au détour d'un plan, la réalisatrice ne manque pas d'évoquer les oubliés du miracle économique en filmant la famille d'un bidonville du haut du luxueux bureau d'affaires.

L'actrice Sandre Hûller est impressionnante dans le rôle de cette cadre supérieure accomplie au bord de l'implosion. La présence et la stature de son partenaire (Peter Simonischeck) font penser de façon troublante à celles d'un Jacques Weber. « Toni Erdmann » est un portrait père/fille tout en retenue à la fois burlesque et touchant ; une comédie au ton original qui n'occulte pas une critique sociale du libéralisme.









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