Sébastien Ayreault, chemins de traverse


Rédigé par Sébastien ROCHARD - Le 24/02/2013 - 09:15 / modifié le 24/02/2013 - 09:18


De ses jeunes années en Anjou à sa vie d’homme à Atlanta, au sud-est des USA, Sébastien Ayreault a roulé sa bosse, s’est cogné parfois brutalement à la vie, porté par le souffle de ses « pères » en littérature, Fante et Bukowski. « Loin du monde », roman autobiographique, est sorti début janvier. Rencontre.



Sébastien Ayreault est également chanteur, auteur et compositeur.
Sébastien Ayreault est également chanteur, auteur et compositeur.
Atlanta, Géorgie, une petite maison sous les arbres, « à 10 minutes du centre » de l’une des plus importantes villes des Etats-Unis. C’est là-bas que Sébastien Ayreault a décidé de poser ses valises il y a 7 ans. Là-bas aussi que le jeune homme, originaire de Maulévrier, a décidé de se reconstruire après une dizaine d’années d’errance à Paris, de petits jobs en appartements miteux. Sexe, drogues et rock’n’roll ? « C’est ça, lessivé. 50 kg sur la balance et les yeux dehors », acquiesce-t-il.

Lorsqu’il décide de tout plaquer pour rejoindre Atlanta et Arma, croisée quatre mois avant sur son blog, la vie de Sébastien ne tient plus qu’à un fil, celui de la littérature. « Un jour, j'ai attrapé un livre, je l'ai ouvert et c'était ça. Je restai planté un moment en le lisant, comme un homme qui a trouvé de l'or à la décharge publique (...). Le début de ce livre me fit l'effet d'un miracle énorme et violent. Le livre était “Demande à la poussière“ et l'auteur John Fante ». Le commentaire est signé Charles Bukowski. Fante et Bukowski réunis, « Sans ces deux-là (NDLR Fante et Bukowski), je ne serai pas là », tranche-t-il sans ambages.


« Les Thugs, les Dirty Hands…, rien à redire ! »

La littérature comme remède au mal de vivre, l’écriture comme exutoire. Un père, une mère, de la famille autour, des vacances à Saint-Jean-de-Monts, un p’tit campagnard curieux, riche des découvertes de son âge… Ils sont loin les chemins tortueux et destructeurs empruntés quelques années plus tard par Sébastien. Une enfance lambda conté dans « Loin du monde » et qui prend brutalement fin à 10 ans, lorsque le téléphone sonne au milieu de la nuit. Au bout du fil : la disparition, la mort, le vide.

La suite, c’est le départ pour Angers et une scolarité à Joachim-du-Bellay. « J’y ai vécu une descente aux enfers, dans un contexte personnel compliqué. Je l’ai longtemps eu mauvaise contre ces lieux, mais maintenant c’est fini », explique Sébastien, musicien autant qu’écrivain, largement influencé par la scène rock angevine d’il y a 20 ans. « Les Thugs, les Dirty Hands…, rien à redire ! » Pas suffisant cependant pour retenir un adolescent en crise.

« Un soir, peu après le bac, j’ai claqué la porte de chez moi, pris le train pour Paris et ne suis jamais revenu. A Paris, je voulais devenir. » Devenir quoi ? « Rien de particulier, juste devenir ». Sébastien mettra plus de dix ans à devenir ce qu’il est aujourd’hui, un homme heureux, parent – avec Arma, la fille pour laquelle il a traversé l’Atlantique – d’un petit Arthur de 3 ans. Utility, « homme à tout faire », sur les plateaux de la série américaine Vampire Diaries, il ne regrette rien : « Ça tracasse, ces affaires. Savoir ce qu’aurait été sa vie, si… Mais tout ça s’est transformé en mots, les bons comme les mauvais choix. Je suppose qu’on suit la route, non ? »

La sienne le mène depuis quelques années vers l’écriture. Bordélique, au début, puis structurée depuis la naissance d’Arthur. « Avec ses heures, il m’a donné la rythmique, le courage d’y retourner tous les jours à la même heure ». « Loin du monde » marque ainsi la première étape d’un triptyque : enfance, adolescence, âge adulte. « Je veux essayer de montrer une trajectoire, comment les choses se percutent entre elles, pourquoi on devient ce que l’on est, les chemins ». 7 000 km, à vol d’oiseau, de Maulévrier à Atlanta. Et trente ans d’une vie…

« Loin du monde »

Sébastien Ayreault, chemins de traverse
« On habitait loin du monde.Tellement loin, me semble-t-il, que le monde lui-même ne savait pas qu’on existait. Sûr qu’on allait pas devenir grand-chose en restant là, mais sûr aussi qu’on s’en foutait. » Portrait d’une enfance, d’un monde rural, « Loin du monde » est aussi l’histoire de David, de ses parents ouvriers à Maulévrier, des vacances au bord de la mer, de sa vieille tante et de sa vue imprenable sur le cimetière, de ses premiers émois, des premiers drames. Ceux qui ne changent rien. Du premier drame, celui qui change tout.

Récit à hauteur d’enfant, plaqué sur le papier comme autant de souvenirs, « Loin du monde » est aussi la révélation d’un écrivain sincère, parce qu’il ne déguise rien. Pudique, aussi, parce qu’il enrobe ses tripes dans une enveloppe poétique. Et ce n’est pas si fréquent dans les lettres françaises.

« Loin du monde » Sébastien Ayreault,
Ed. Au Diable Vauvert, 15 euros.


A retrouver sur http://ayreault.blogspot.com/ et http://www.youtube.com/user/sebastienayreault




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