Septembre 2016 - Billy the (good) Kid

L'année 2016 d'Angers Mag - Rencontres et portraits #9


Rédigé par Sébastien ROCHARD - Angers le Mardi 3 Janvier 2017 à 07:45


Septembre. Le championnat de football de Ligue 1 a repris ses droits. Et sur la pelouse du stade Jean Bouin, Billy Ketkéophomphone, rallie les suffrages. Il nous faudra un peu de temps pour caler le rendez-vous avec l'attaquant d'Angers SCO. Mais nous le regretterons pas. Découvrant un sportif attachant qui porte un regard distancié sur son métier de footballeur. Question d'éducation, et de parcours de vie. Malheureusement, Billy sera victime d'une rupture des ligaments croisés quelques semaines plus tard.



Septembre 2016 - Billy the (good) Kid
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Ce type-là à une gueule. Mais pas forcément celle de ce pourquoi on l'emploie. Pour la deuxième année consécutive -la deuxième en Ligue 1 de football- Billy Ketkeophomphone promène sa générosité et son altruisme mâtinés de justesse technique sur le front de l'attaque angevine.

C'est son style, depuis les premiers ballons échangés avec son grand frère Tomy -"aujourd'hui encore, quand on joue ensemble à cinq, je trouve qu'il est plus fort que moi !"-  dans le jardin familial de Bussy-Saint-Georges aux joutes de Ligue 2 avec le FC Tours, en passant par l'adolescence à Clairefontaine (à l'Institut national du football - INF). "J'ai toujours été collectif : j'ai du mal à concevoir le football autrement", avance-t-il. La première saison d'Angers SCO en Ligue 1 lui donne évidemment raison. "Nous n'aurions jamais fait ce parcours sans la solidarité et le sens du collectif."
 
Collectif, donc. Et posé. Par nature. S'il n'a jamais vécu au Laos -le pays d'origine de ses parents, arrivés en France au début des années 80- Billy a été élevé dans cette tradition. "C'est quelque chose qui compte aujourd'hui encore dans ma vie, même si je ne vois pas mes parents ou mes frères et sœurs autant que je le souhaite. Je ne sais pas trop comment le dire. On m'a appris à ne pas trop me prendre la tête et à être... gentil", évoque-t-il avec un brin de gêne.
"La tradition laotienne est quelque chose qui compte aujourd'hui encore dans ma vie, même si je ne vois pas mes parents ou mes frères et sœurs autant que je le souhaite. Je ne sais pas trop comment le dire. On m'a appris à ne pas trop me prendre la tête et à être... gentil"

Une éducation qui lui a notamment servi à relativiser un début de carrière plus ou moins chaotique, sans que ses qualités sportives et humaines n'y soient pour rien : lorsqu'il signe son premier contrat pro Strasbourg, le club est relégué en National. L'expérience suivante au FC Sion tourne elle aussi au fiasco. "J'avais besoin de jouer, de trouver un club pour continuer à prendre du plaisir". Le FC Tours est celui-là, qui le révèle au plus haut niveau.
Au moment même où il connaît le plus grand drame de sa vie d'homme, à seulement 23 ans. Ella, l'une de ses deux petites jumelles, succombe 10 jours après sa naissance, à l'été 2013. Son prénom et celui de sa sœur, Rose -qui a aujourd'hui 3 ans- sont encrés sur les phalanges de Billy, à la manière des "Hate" et "Love" de Robert Mitchum, dans "La Nuit du Chasseur".

Qu'est-ce qu'un match de foot, finalement ? "C'est vrai que je relativise encore plus qu'avant, mais en même temps, depuis, je ne suis plus le même joueur ; je l'ai tout de suite senti. Sur le terrain, j'ai envie de tout casser : je me dois de réussir pour Ella, pour Rose"... et depuis quelques jours, pour Milan, son fils né à la maternité d'Angers quelques minutes après son match de feu contre l'OGC Nice, à Jean-Bouin.
 
Ce jour de canicule, casquette sur la tête et débardeur de circonstance, on peut aussi lire le parcours de Billy sur son corps : un dé pour chacun des membres de sa plus proche famille, un éléphant -l'animal sacré du Laos- fiché dans le dos... Des tatouages en résonance à ses émotions et convictions profondes, qui l'accompagneront quand il s'agira, un jour, d'aller voir plus haut -en Allemagne ou en Espagne ?- si l'herbe est plus verte.





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