Serge Bardy : "Une secousse tectonique très forte pour la gauche"


Rédigé par - Angers, le 14/05/2016 - 09:20 / modifié le 16/05/2016 - 22:36


Député PS de la 6e circonscription de Maine-et-Loire, Serge Bardy a vécu de l'intérieur la semaine politique incandescente de la gauche parlementaire. Critique sur la loi El Khomri, il a refusé pour autant de souscrire à une motion de censure de gauche. De retour à Angers, il nous livre ses explications.



Serge Bardy : "Une secousse tectonique très forte pour la gauche"
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Dans quel état d'esprit reprend-on le train vers Angers, après une telle semaine parlementaire ? 

"C'est une semaine marquante. J'ai pris le train lundi midi pour être à 16 h dans l'hémicycle avec une douzaine d'amendements déposés en mon nom propre et une centaine de co-signatures sur lesquelles j'étais venu vraiment pour travailler et m'engager. Et dès 16 h, j'ai constaté que même si nous étions très nombreux du côté de la majorité, ceux qui défendaient cette loi n'étaient pas présents. Étaient mobilisés surtout ceux qui avaient des remises en cause et reformulations à défendre."

Vous compris, donc ?

"Tout à fait. J'assume ma participation aux côtés des frondeurs et des Aubristes et je garde de toute façon l'idée que ce que l'on propose doit être travaillé, contesté et mis en regard avec nos valeurs."

Retour au début des débats parlementaires...

"En voyant la si faible présence des défenseurs de loi, on s'interroge. Dès la première suspension de séance, on s'est aperçu que le groupe n'était pas en mesure de contrer un amendement sur la suppression de l'article 1, celui sur la création d'une commission d'experts chargés de réétudier le Code du travail d'ici à deux ans. Et on a donc assisté à une réserve de votes par le gouvernement, chose qui est déjà arrivée par le passé, mais qui pour une loi aussi importante est apparue pour le moins bizarre... J'avais un seul amendement sur l'article 1, qui demandait que soit redéfini le rôle et le profil des experts pour que leur groupe ne se résume pas à un groupe de technocrates. Je l'ai donc défendu en sachant qu'il n'y avait pas de vote : et là, ça fait tout drôle ! Nous avons terminé après minuit, et aucun des 4 600 amendements n'avait été voté... On a compris qu'il ne fallait surtout pas un seul vote pour aller vers le 49.3, puisque celui-ci permet de reprendre la loi avec les seuls amendements du rapporteur et du gouvernement."

Et le lendemain, mardi ?

"Lors de la réunion de groupe, le vote s'est révélé majoritaire en faveur de la loi. Je me suis abstenu en partant du principe que je ne me prononcerai qu'en fonction des amendements. En rentrant dans l'hémicycle, on a compris que le 49.3 serait appliqué. Et là, il y a eu toute cette phosphorescence autour de la motion de censure. Et je peux vous assurer que j'ai été sollicité pour la signer jusqu'au bout."
 
"A quoi sert de renverser un gouvernement de gauche ? Pour mettre qui à la place ? Pour aller vers où ?"
Ce que vous n'avez pas fait...

"A quoi sert de renverser un gouvernement de gauche ? Pour mettre qui à la place ? Pour aller vers où ? Un gouvernement qui changerait la loi en question ? Je n'ai jamais eu d'hésitation. Ma position était claire sur ce sujet, même si j'ai signé avec des frondeurs et je l'ai dit en permanence aux autres députés qui souhaitaient reformuler cette loi. Maintenant, cet épisode m'a beaucoup perturbé et un sentiment s'est imposé : que de temps passé pour en arriver là !"

Comment on ressort d'un épisode comme celui-ci, quand on est membre d'une Gauche qu'on dit aujourd'hui "atomisée" ? 

"Le mot est fort. Je dirais qu'on a une Gauche représentative des citoyens. Je représente des citoyens, mes collègues plus au centre aussi, et mes collègues plus à gauche aussi. C'est culturel, la gauche n'a jamais été monobloc mais a toujours gardé, chevillée au corps, des valeurs d'humanisme, de solidarité, d'égalité et de liberté. Pour moi, ce ne sont pas que des mots."

Sauf que la tension entre ces différentes sensibilités a atteint un niveau paroxystique ?

"Parce que nous sommes dans un système politique, constitutionnel, qui amène inévitablement à des blocages très forts. C'est quoi, la Ve République ? Un pouvoir exécutif qui écrit la loi avec des technocrates, et qui accepte ou refuse nos amendements. Et qui au final, il vient de le prouver avec le 49.3, décide du vote. Avec les principes, les valeurs de la gauche, sa culture de motions et d'orientations politiques, ça finit forcément pas se cabrer. Et ce qui s'est passé ne me surprend pas. Je suis désolé que le 49.3 ait été utilisé sur cette loi en particulier, car cela apparaît comme un déni de dialogue."

D'où ma question, comment on s'en remet ? 

"Mais ce n'est pas fini. Cette loi doit passer au Sénat et elle va revenir à l'Assemblée Nationale. Là, il y a un grand risque. Il faut qu'avant son retour, ce pouvoir entende ce que nous disons et regarde ce qui se passe à travers les mouvement sociaux. Je me dis que la secousse tectonique a été très forte, mais c'est peut-être l'occasion pour que les rapports entre l'exécutif et le législatif se mettent en place d'une manière plus harmonieuse. Je rappelle que j'avais été l'un des premiers signataires de la lettre à Manuel Valls en faveur de ce nouveau dialogue. Le gouvernement en a la capacité."

 




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1.Posté par soimeq le 18/05/2016 08:13 | Alerter
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En fait, on peut attendre quoi de ce grand révolutionnaire...?

2.Posté par BOULIGAND Alain le 21/05/2016 11:15 | Alerter
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Monsieur Bardy,
Vos tergiversations sont incompréhensibles pour l'homme (ou la femme) de la rue. Vous ne votez pas la motion de censure "pour ne pas renverser un gouvernement de gauche", quelle plaisanterie ! Si le gouvernement Valls est de gauche, je suis Pablo Neruda.
La loi EL KHOMERI est inacceptable pour le monde du travail. Pas de majorité à l'Assemblée, pas de majorité dans le peuple et contraire au programme de Hollande, comment vous appellez cette insistance, de l'entêtement ou de la ...















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