Services publics, la grogne des fonctionnaires


Rédigé par Anne MELLIER - Angers, le 26/01/2016 - 18:11 / modifié le 28/05/2016 - 09:43


Près de 1500 personnes ont manifesté mardi matin à Angers pour protester contre la politique d’austérité et ses conséquences budgétaires dans la fonction publique. Au cœur de la grogne, la stagnation des salaires et la dégradation du service public. Reportage.



le cortège des manifestants, mardi matin à Angers
le cortège des manifestants, mardi matin à Angers
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Une demi-heure avant le début de la manifestation, la place Leclerc est presque déserte. Il faut attendre l’arrivée de la camionnette de la CGT avec son haut-parleur et ses drapeaux, pour que de petits groupes épars se rassemblent et commencent à préparer leurs banderoles aux couleurs de Force Ouvrière, de l’UNEF, de l’UNEL, de la FSU, de l’Union Syndicale Solidaires et de la CGT, les organisations signataires de l'appel. 

En attendant le départ du cortège, Laurent Pasquier, animateur du collectif service public de l’union départementale CGT, fixe les enjeux de ce mouvement social : « Il s’agit de peser sur les négociations du dégel du point d’indice indexant le salaire des fonctionnaires. Ce point d’indice est gelé depuis 2010, du jamais vu sous toutes les gouvernances. Il n’évolue donc plus au rythme de l’augmentation du coût de la vie, et nous demandons 8% d’augmentation par rapport à la baisse du pouvoir d’achat ». Le décor est planté.

Pour le syndicaliste, comme pour Benjamin Deletang, secrétaire adjoint CGT santé, les services publics sont en danger. Ils ciblent aussi la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République), qui va entraîner de nombreuses mutualisations et accentuer, selon eux, la dégradation de la qualité du service public pour les usagers et des conditions de travail des fonctionnaires. Laurent Pasquier pointe aussi les transferts de missions, toujours plus nombreux, vers des entreprises privées, entrainant la fermeture de certains services sans pour autant coûter moins cher. Et intègre à ses critiques la réforme des collèges et la loi santé qui s’inscrivent, selon lui, dans la même dynamique d’austérité. 

"On doit faire de plus en plus avec moins de personnel, alors à force ca va pas aller"

Non loin de la camionnette, quelques étudiants se réunissent autour du drapeau de l’UNEF. « C’est une petite particularité française que l’on a d’avoir un service public aussi développé […] C’est un plus que l’on a, et qui est toujours plus remis en cause, attaqué, sur des bases de plus en plus malsaines, ou on dit le service public n’est pas compétent, compétitif. Moi je pense que si, il peut l’être, c’est simplement une question de moyen, de volonté politique » explique Stéphane Vidal, le responsable du syndicat étudiant sur Angers.

Stéphane Vidal, responsable de l'UNEF à Angers.
Stéphane Vidal, responsable de l'UNEF à Angers.
Un peu à l’écart du cortège qui commence à se former, quelques personnes en blouse blanche discutent. Une infirmière du CESAME, le centre de santé mentale angevin, confie, anonymement qu’elle est venue aujourd’hui « pour défendre la qualité des soins, mettre un peu d’humain dans les soins ». Depuis plusieurs années déjà, précise-t-elle, des diminutions de postes ont eu lieu au sein de l'établissement mais « cette année ça va être pire, car on doit faire des économies budgétaires à hauteur de 1,5 million d’euros » : « La seule variable d’ajustement que l’établissement a, c’est le personnel, et on sait bien qu’en psychiatrie, si on est moins nombreux, la qualité du soin en pâtira. »  

La dégradation de la qualité du service public est également une évidence pour Stéphane, Cyril et David, fonctionnaires territoriaux : « Quand j’ai commencé, on était 9 sur une installation, maintenant on est 6, et il y a autant de boulot à faire. On doit faire de plus en plus avec moins de personnel, alors à force, ça va pas aller », explique Cyril. D'où une difficulté supplémentaire à accepter le gel de leur point d'indice. « On ne peut pas vivre avec le salaire qu’on a », lance Stéphane : « moi je suis divorcé et j’ai deux enfants, j’ai du mal à survivre. Au niveau logement j’ai droit à rien en plus, par rapport à certains qui ont droit à tout, donc "ras-le-bol quoi !" ». 

"On va encore être en compression, on nous demande de faire du mieux avec 30 élèves par classe, voir 32"

La manifestation finit par s’élancer, remontant lentement le boulevard Foch au son des Wampas ou de l'Internationale et au rythme de slogans tels que « C’est pas les fonctionnaire qui coûtent trop cher, c’est les banquiers, et les actionnaires ». La foule bifurque ensuite boulevard du Roi-René avant d’emprunter la rue des Lices, pour passer devant la préfecture. 

En queue de cortège, ce sont les enseignants qui défilent. Florence s’insurge contre la réforme des collèges : « On change tous les programmes d’un coup, c’est à dire qu’il faut tout modifier, tout refaire, tout refondre. On va avoir les bouquins en mai et juin, et il faudra tous mettre en place en deux mois. On va encore être en compression, on nous demande de faire du mieux avec 30 élèves par classe, voir 32. On n'en peut plus, on n'en peut plus ! » Fanny, professeur des écoles est venue manifester « contre la dégradation des conditions de travail, la stagnation des salaires, et la diminution du pouvoir d’achat » : « On n'arrive plus à travailler dans des conditions satisfaisantes pour bien encadrer les enfants dans leur apprentissage, et on aurait besoin de plus de temps de concertation qui ne nous sont pas accordés. »  

La manifestation arrive finalement place du Ralliement, et les militants se réunissent pour écouter un dernier discours. Il concerne cette fois les huit salariés de Goodyear condamnés à de la prison ferme pour avoir retenu pendant plusieurs heures deux de leurs dirigeants. Les manifestants sont invités à redescendre dans la rue pour demander leur relaxe et pour défendre les libertés individuelles et collectives : rendez-vous le 4 février prochain.  












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