Soigner ensemble, en ville

Dossier Santé : Soignons groupés # 1


Rédigé par - Angers, le 29/03/2017 - 07:30 / modifié le 28/03/2017 - 16:42


Toutes les études le montrent : à l'instar de la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire ne connaît pas ou peu de situation de désert médical, qui plus est sur Angers. Dans la région des Pays de la Loire, les points de tension se situent plus dans la Sarthe et en Mayenne. Reste qu'élus et institutionnels ont engagé depuis le début des années 2010 une réflexion pour se prémunir d'une telle situation et s'adapter aux nouvelles réalités des professionnels de santé. Le tout se traduit par un développement d'une offre collective de soins, notamment par le biais des Maisons de santé pluridisciplinaire. C'est vrai en ville, comme en milieu rural. Et c'est un argument de poids pour attirer les jeunes diplômés dans nos contrées. On y va pour un bilan de santé ? Premier volet avec un reportage au sein de la Maison de Santé des Hauts de Saint-Aubin.



Médecins, infirmières, kinés, agents d'accueil... La MSP de Hauts de Saint-Aubin réunit des professionnels et salariés œuvrant à la prise en charge globale des habitants du quartier.
Médecins, infirmières, kinés, agents d'accueil... La MSP de Hauts de Saint-Aubin réunit des professionnels et salariés œuvrant à la prise en charge globale des habitants du quartier.
Ouverte il y a 4 ans dans les Hauts de Saint-Aubin, à Angers, la Maison de Santé pluridisciplinaire tourne désormais à plein régime. Et correspond aux attentes des professionnels de santé comme des patients.
 
Sur le fond gris commun à tous les bâtiments qui jouxtent la place de la Fraternité, dans les Hauts de Saint-Aubin, les lettres blanches "Maison de santé" ressortent sans difficulté. Mais est-il encore besoin de présenter cet établissement aux habitants de ce quartier nouveau d'Angers, bâti en partie sur les cendres de Verneau ?
 
Voilà désormais plus de quatre ans que la Maison de santé pluridisciplinaire (MDS) des Hauts de Saint Aubin a ouvert ses portes. Largement de quoi en faire un acteur du quartier à part entière. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : chaque jour, jusqu'à 250 personnes franchissent le seuil de la MDS, pour se présenter aux deux agents d'accueil détachés par la Ville d'Angers. Valérie et Nathalie y officient depuis les premiers jours. "Nous sommes là pour faire le lien entre l'intérieur et l'extérieur, créer une connivence avec les patients". Avec une vraie idée d'accueil, matérialisé par un long comptoir, puis des fauteuils en fond de pièce, avant même d'arriver dans l'une des deux salles d'attente du lieu.
 
Dans un environnement à dominante verte et rose, Valérie et Nathalie sont donc là pour renseigner, orienter, accompagner les usagers "dans leur demande de CMU, dans leurs documents administratifs" ; et mettre de l'huile dans les rouages d'une petite entreprise qui, si elle semble tourner à plein régime, a nécessité de nombreux ajustements depuis son origine. Mais avec la meilleure volonté du monde, pas simple de faire cohabiter public et privé, praticiens rémunérés à l'acte et professionnels de santé salariés... "Il a fallu trouver un équilibre, apprendre à se connaître", confirme Emanuel Pichon, l'un des trois médecins à l'initiative de la MDS.
"Nous sommes là pour faire le lien entre l'intérieur et l'extérieur, créer une connivence avec les patients"

Mais hier comme aujourd'hui, c'est l'intérêt supérieur de l'usager qui prévaut. "Tous ici, nous partageons les mêmes valeurs, et tous ceux qui voudraient nous rejoindre à un moment ou à un autre devront les partager", reprend le généraliste. "Il s'agit de placer le patient au centre de ses soins, en lui donnant les informations les plus éclairés", résume-t-il.
Retour au début des années 2010, à l'heure où les Hauts de Saint-Aubin n'existaient pas encore réellement et où le quartier Verneau campait un des secteurs "difficile" de la ville d'Angers. "Trois médecins du quartier ont souhaité se rassembler avec d'autres professionnels de santé pour faciliter l'accès aux soins", relate l'actuel président de la MDS, Paul Goujon. "Il y avait un réel problème vis-à-vis de cela, avec un désinvestissement des professionnels sur le secteur et de fortes problématiques", se souvient l'un des ces médecins, Emmanuel Pichon. "Il fallait mener un travail qu'on ne pouvait pas faire simplement depuis notre bureau de médecine générale."

Paul Goujon, kinésithérapeute, est le président de la MSP des Hauts de Saint-Aubin.
Paul Goujon, kinésithérapeute, est le président de la MSP des Hauts de Saint-Aubin.
Les trois professionnels se rapprochent donc de la Ville d'Angers et de l'Agence régionale de santé -tout juste portée sur les fonds baptismaux- pour voir ce qu'il était possible de faire. Kiné, orthophoniste, association de soins infirmiers... l'ambition agrège très vite d'autres professionnels de santé, intéressés, au-delà de l'exercice de leur activité, par les perspectives d'actions de prévention menées en équipe. "Toutes ces connexions, c'est pour que le soin des patients soit meilleure", appuie à nouveau Paul Goujon.

A côté de vacations assurées par des psychologues ou pédopsychiatres détachés du Centre de santé mentale angevin (Cesame), des associations y interviennent également de manière durable, spécialisées dans le retour à l'emploi (Carsat) ou l'addictologie (Alia). "Avoir tout dans un même lieu facilite la prise en charge globale", argue Paul Goujon. La partie préventive menée par la MDS est gérée par une infirmière coordinatrice avec, en moyenne, trois projets par trimestre. Des exemples ? Grandir avec plaisir, le sommeil... des thématiques déclinées  au fil d'animations gratuites et ouvertes à tous.
 
Suite de la visite, dans les murs de la Maison de santé : deux salles d'attente se présentent, l'une pour le médical (médecin, sage-femme), l'autre pour le para-médical, comme la loi l'oblige. Surtout, deux espaces sont dédiés à la vie d'équipe : une grande salle de réunion et un coin déjeuner où s'affichent sur le mur de nombreuses photos, toutes liées à la cohésion d'un groupe. La plus marquante ? Sans doute le vélo tandem : chacune de ses parties représentent les valeurs portées par les professionnels qui travaillent ici. "Ce qui nous guide", "Notre cadre", "Nos bagages, nos réserves"... Anecodtique ? Pas tant que cela. Une fois par mois, une réunion clinique est organisée, lors de laquelle "nous échangeons entre professionnels sur les cas de patients qui nous posent des difficultés. Avoir le regard d'autres praticiens nous permet tous d'évoluer dans notre propre pratique", insiste Paul Goujon. Il y a une forme de militance dans l'engagement des professionnels réunis là.  
"Avoir le regard d'autres praticiens nous permet tous d'évoluer dans notre propre pratique" 

Et une réelle forme de modernité dans l'ambition et l'organisation de l'offre de soins sur le quartier. La logique de Maison de Santé, si elle paraît plus évidente aux Béotiens en milieu rural, n'en revêt pas moins une vraie nécessité dans le tissu urbain. Notamment dans les quartiers dits "difficiles".
C'est en tout cas l'avis du médecin territorial à la Direction santé publique et environnement de la Ville d'Angers, Gérard Boussin. Lui et l'ARS accompagnent depuis la fin de l'année 2015 la création d'une offre collective -Maisons de santé ou autres- dans les quartiers de Belle-Beille et de Monplaisir, en se saisissant de l'opportunité des opérations de renouvellement urbain qui se présentent. "Nous ne maîtrisons pas l'avancée du projet architectural, mais notre rôle, c'est de faire en sorte que l'offre de services en santé existe a minima partout sur le territoire de la ville. Je ne pense pas que des MSP verront le jour tout de suite à Belle-Beille et Monplaisir, mais il faut prendre date et réserver des m2 pour l'offre de services en santé dans ces deux quartiers."




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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