Sous la crise, la relève est là

Crise agricole : Trimer n'est pas jouer #2


Rédigé par Sébastien ROCHARD - Angers, le 27/04/2016 - 08:25 / modifié le 27/04/2016 - 22:24


Qu'en est-il de la "crise agricole" en Anjou ? Lait, viande bovine, porc... en Maine-et-Loire comme ailleurs, les éleveurs sont nombreux à en subir aujourd'hui les contrecoups, bousculés voire désorientés entre libéralisation de leurs filières économiques et nécessaire révolution écologique. Toute cette semaine, nous tenterons d'approcher d'un plus près cette réalité. Aujourd'hui, nous nous arrêtons au lycée de Pouillé où sont formés les agriculteurs de demain. Elèves en Bac Pro Conduite et gestion d'exploitation agricole, Sandra, Pierre et Jérôme se sont confiés sur leur motivation, le contexte actuel et leurs espoirs.



Pierre, Sandra et Jérôme, scolarisés sur le campus de Pouillé, ambitionnent tous trois de reprendre l'exploitation familiale, à plus ou moins brève échéance.
Pierre, Sandra et Jérôme, scolarisés sur le campus de Pouillé, ambitionnent tous trois de reprendre l'exploitation familiale, à plus ou moins brève échéance.
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La crise d'une profession entière s'accompagne-t-elle automatiquement d'une crise des vocations ? La logique conduirait à le croire. Quelle perspective pour un jeune agriculteur, alors que la profession est plongée dans un marasme aussi chronique que profond ?
Lorsque l'on franchit les grilles du campus de Pouillé, établissement privé dans lequel sont formés bon nombre des exploitants agricoles de demain ou professions affiliées, que s'attend-on à voir ? Des classes décimées, des effectifs en perte de vitesse, voire des mines déconfites ?

Ce sont pourtant trois visages timides mais souriants qui se présentent au rendez-vous : 17 ans au compteur, Sandra, Jérôme et Pierre sont accompagnés de leur prof' principal, Alexis Froger, un ancien de Pouillé. Souriants donc, comme un écho aux quelques mots échangés un peu plus tôt avec le directeur de l'établissement privé : "Il n'y a pas de crise de vocation ici, bien au contraire. Là où il y avait 25 à 30 élèves par classe il y a 5 ans, il y en a 40 aujourd'hui. Et les rendez-vous d'inscription pour la rentrée prochaine confirment la tendance."

Retour avec Sandra, Jérôme et Pierre. Tous trois -lancés dans un Bac Pro Conduite et gestion d'exploitation agricole- sont fils ou fille d'agriculteurs, derniers de fratries, tombés tout petits dans la marmite. "C'est le hasard !", commente Alexis Froger. "Plus de 40 % des élèves de la classe n'a pas de parents agriculteurs. Et ce chiffre augmente chaque année."

Pas d'avenir tracé ou imposé pour autant : s'ils sont là, c'est qu'ils l'ont choisi. "J'ai deux grands frères, qui ne travaillent pas dans l'exploitation. Je suis la seule intéressée pour reprendre. Et depuis longtemps", avance Sandra, dont les parents sont éleveurs de limousines à Chemillé. Ceux de Pierre font du lait et cultivent blé, orge et colza dans le sud-Mayenne. "Quand je rentre de l'école, je suis à la ferme. Oui, dans l'idéal, je voudrais aussi m'installer sur l'exploitation", explique le jeune homme.
"Le métier a énormément évolué, mais on sait très bien que, travaillant avec du vivant, on ne comptera pas nos heures" - Pierre

Le discours est clair : il s'agit là bien plus de passion que de pression. Tous ont toujours entendu leurs parents parler, à table, des difficultés économiques, vécu "les hauts et bas" du métier, "même si j'y suis beaucoup plus attentif depuis que je suis dans mes études spécialisés", avoue Pierre.

L'actualité et la réalité de la crise agricole, il en est bien sûr question en cours, et entre élèves. "Une partie de notre travail, c'est aussi de les informer et de leur faire comprendre ce qui se passe", confirme Alexis Froger. Car il en est de la crise agricole comme de la tenue d'une exploitation : "Les travaux quotidiens, on sait faire, mais il nous reste tout à apprendre en entrant en bac pro."

Pour Jérôme, l'ambition de reprendre l'exploitation familiale n'en est plus une, depuis quelque temps : elle est devenue réalité. "Je m'installe avec mes parents à la fin de l'année scolaire. Des terres se sont libérées autour de chez nous (près de Corzé NDLR) : c'est une opportunité qui ne se représentera peut-être pas avant 15 ans, et l'occasion de diversifier l'exploitation". Le jeune homme va prendre des parts dans le GAEC (Groupement agricole d'exploitation en commun) familial et s'engager financièrement, malgré tout. "Je m'installe à un moment où ça ne va pas trop bien dans le métier. Mais ça n'est pas le cœur du sujet : la passion est plus forte."

Sandra et Pierre vont eux faire leur chemin, au moins un temps, en dehors de l'exploitation familiale, "pour mettre de l'argent de côté, acquérir des compétences et des connaissances". Ensuite seulement, vers 28 ou 29 ans -l’âge moyen d'installation d'un agriculteur aujourd'hui- ils reprendront les rênes de l'entreprise familiale. "Ce qu'il faut, dans les années difficiles, c'est toujours avoir de l'espoir", insiste Sandra.

Eux en ont plein les yeux. Et de la lucidité avec ça : "Le métier a énormément évolué, mais on sait très bien que, travaillant avec du vivant, on ne comptera pas nos heures", assène Pierre.

Qu'importe, ce qu'ils veulent surtout, pour eux comme pour leurs parents, c'est un traitement "juste" de leur passion. "Il y a eu une grande évolution technologique, mais aussi dans les pratiques. L'image de l'agriculteur qui pulvérise, c'est terminé et ça va encore s'améliorer vu la conjoncture. L'image change dans le bon sens, mais j'aimerai juste qu'on reconnaisse tous les efforts consentis par la profession", conclut Jérôme.












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