Sylvain Bertoldi, « l’Histoire en ligne de mire »


Rédigé par - Angers, le Mercredi 24 Mai 2017 à 07:30


Il ne pensait rester à Angers que quelques années. Ce Lorrain, passionné de paléographie, veille sur les archives de la ville depuis… 1989. Heureux qu’Internet en facilite aujourd’hui l’accès.



Sylvain Bertoldi au milieu des rayonnages des Archives Municipales au sous-sol de la mairie d'Angers. Dans ses mains, un des premiers programmes du festival d'Anjou.
Sylvain Bertoldi au milieu des rayonnages des Archives Municipales au sous-sol de la mairie d'Angers. Dans ses mains, un des premiers programmes du festival d'Anjou.
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4 août 1988, Gare Saint-Laud. Arrivé quelques minutes plus tôt de Paris, un homme élégant et longiligne hèle un taxi. Il est frais diplômé de l’Ecole Nationale des Chartes, l’ENA des conservateurs du patrimoine en France. Et dans l’instant, sans doute un peu nerveux. Le maire d’Angers, Jean Monnier, l’attend pour un entretien d’embauche : le poste de directeur des archives municipales est à prendre.
D’Angers, il ne connaît rien. « J’ai remonté le boulevard Foch et j’ai trouvé que c’était très laid, se souvient Sylvain Bertoldi, Et puis le taxi s’est arrêté devant l’Hôtel de Ville, j’ai vu le jardin du Mail. Il y avait une belle lumière, une impression de fluidité : je n’avais pas le sentiment d’être encaissé dans une ville. »

Près de 30 ans plus tard, le propos prête à sourire. Au rez-de-chaussée de la mairie, l’ombre de la rue des Ursules laisse peu de place au soleil dans le petit bureau où le conservateur des archives d’Angers nous reçoit. Un modeste espace, bardé d’étagères et de quelques tableaux, qui respire les longues heures de travail. Clichés ?
Inventorier, indexer, classer, valoriser… Sylvain Bertoldi le confirme, le métier d’archiviste fait appel à une grande discipline qui allie « patience et exigence ». Un sacerdoce ? Une certitude, ce fils unique d’instituteurs lorrains a entrevu très tôt sa vocation. « A la maison, il y avait pas mal de littérature. Je me souviens des livres d’André Castelot, d’Henri-Paul Eydoux ou d’Alain Decaux. De belles plumes et de très bons vulgarisateurs, ça vous ouvre des passions : j’avais l’Histoire en ligne de mire. »
« A la base, nous sommes des historiens. C’est ce qui nous permet de savoir ce qui intéresse ces derniers et comment nous pouvons à dessein organiser les Archives. »

Bac à Nancy, il file au lycée Henri IV à Paris préparer le concours d’entrée à l’Ecole nationale des Chartes. Dont il sort diplômé en 1988 après une thèse sur « L’architecture religieuse du gothique flamboyant dans l’ancien diocèse de Toul », « ma spécialité de l’époque », précise-t-il. S’il préfère l’Histoire « à partir du Moyen-Age », il ne privilégie aujourd’hui aucune période. Ses chroniques mensuelles dans le magazine Vivre à Angers – près de 250 à ce jour - en attestent. Et sa mission l’exige. « A la base, nous sommes des historiens. C’est ce qui nous permet de savoir ce qui intéresse ces derniers et comment nous pouvons à dessein organiser les Archives. »

Généraliste donc, mais avec une passion : les écritures anciennes. « Avec sous la main, les délibérations du conseil municipal depuis 1479, je découvre encore des mots que je ne connais pas, sourit Sylvain Bertoldi, qui enseigne la paléographie à l’Université. C’est un métier où on ne frappe pas tous les jours sur le même clou et c’est ce qui me plaît. »
L’état d’esprit dépasse le cadre municipal. Au sein de l’Association des Amis des Archives d’Anjou, il partage depuis 20 ans projets et savoirs avec ses confrères et consoeurs des Archives départementales, des musées, des bibliothèques et toute une communauté d’universitaires et de passionnés : « La valorisation est peut-être la partie la plus intéressante du métier, à condition de ne pas l’assumer seul. »

« Beau travail collectif », la mise en ligne fin avril sur le site archives.angers.fr de dizaines de milliers de documents parmi les 6 kms d’archives sur lesquels il veille, en témoigne. « Une évolution essentielle », insiste Sylvain Bertoldi, initiée dès 1998 avec le lancement de la numérisation des archives de la ville. « On la percevait d’abord comme une opportunité pour la conservation. Aujourd’hui, l’apport pour le service public est évident. » Des Cahiers de doléances pour les Etats Généraux de 1789 aux 16 000 clichés du photographe Robert Brisset, un seul clic suffit désormais pour en prendre la mesure.

archives.angers.fr  Tel: 02 41 05 42 81




Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur








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