TOMBOY : Sans contrefaçon, je suis un garçon


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Jeudi 2 Juin 2011 à 09:43


Laure, 10 ans, vient de déménager. Arrivée dans son nouveau quartier, elle change d'identité et se fait passer pour Michael auprès de sa nouvelle bande de copains. Laure ne semble pas voir la fin de l'été approcher, ni les ennuis non plus.



Laure et Lisa
Laure et Lisa
la rédaction vous conseille
Déjà acceptée par les plus grands grâce à « Naissance d'une Pieuvre », Céline Sciamma signe ici son second film, « Tomboy ». Laure devient Michael, Michael redevient Laure (Zoé Heran)... C'est un jeu incessant entre deux personnages confondus dans un même corps.

Ce film commence pourtant par une séquence simple. Un enfant, qui a tout d'un petit garçon, conduit la voiture avec son papa. Il fait beau, ce sont les vacances d'été et cette famille vient de déménager. Cet enfant d'une dizaine d'années décide donc de sortir puis fait la connaissance de Lisa (Jeanne Disson) qui lui donne alors une identité masculine « T'es nouveau ? ».

Ce début de film répond tout à fait à l'idée que l'on se fait du petit garçon. Seulement, la séquence du bain nous déstabilise. Lorsque sa maman l'appelle « Laure » nous pensons d'abord à un problème, une erreur, puis Laure sort du bain, et nous comprenons. Le personnage ne va pas changer de comportement suite à cette séquence mais notre regard, lui, aura été troublé.

Laure rejoint souvent ses nouveaux copains de jeu dans la forêt. Cette forêt aux arbres magnifiques, à la lumière rassurante et aux doux bruits de l'été représente une barrière entre deux mondes, un espace temps indéfini où Laure peut choisir qui elle veut être.

Céline Sciamma réussit, avec Tomboy, une prouesse cinématographique : non seulement le tournage ne dura pas plus d'une vingtaine de jours, mais aussi elle n'est pas tombée dans le pathos. Cette jeune réalisatrice traite d'un tabou de notre société contemporaine : le trouble identitaire. Néanmoins elle n'a pas fait de son film un drame psychologique.

Il est important de souligner aussi une direction d'acteur simplement géniale. La petite Jeanne (Malonn Lévana) rayonne tout au long du film, sans parler de Zoé Héran qui captive les spectateurs !
Jeanne, du haut de ses six ans est très lucide, elle voit tout et comprend tout. La complicité qui les unit est à son apogée lors de la séquence de la salle de bain. Jeanne coupe les cheveux à Laure/Michael. Elles sont liées par un lourd secret, la lumière est donc plus froide.

Laure se sent bien en étant Michael dans la forêt. Cependant, la séquence où la famille se retrouve à table illustre le sentiment de protection que ressent Laure auprès de ses parents, chez elle. Un plan fixe, rapproché épaule, un son léger, une lumière qui associe les corps et le décors... Que demander de plus pour créer un cocon protecteur ?

Laure est insouciante, mais a la capacité de transmettre une flopée d'émotions en un regard. Jamais une seule émotion collée sur son visage. Sans trop en faire, on sait ce qu'elle ressent et c'est bien là l'une des plus grandes force de ce film. Cette très jeune actrice n'a rien à envier aux plus grands !

Nous savons pertinemment que la vérité éclatera à un moment, que son groupe de copains découvrira « Laure » pour oublier « Michael ». Seulement, nous redoutons cet instant. Nous ne regardons plus une petite fille, ni un petit garçon, mais simplement un enfant qui décide, le temps d'une parenthèse estivale, qui elle veut être.

Céline Sciamma est de loin la personne la plus appropriée à clore cette critique : « C'est le regard de l'autre qui décide de ce qu'on est »...

Marie.


LES TAGS : cinémé, culture, tomboy










Angers Mag