Tel père, tel fils : où commence la filiation ?


Rédigé par cinéma-audiovisuel Lycée Renoir - Angers, le Mercredi 8 Janvier 2014 à 07:47


Après le film  Nobody knows sorti en 2005, film dramatique et viscéral et I Wish en 2011,  road-movie enchanteur, Hirokazu Kore-Eda, réalisateur japonais, reprend encore une fois son thème de prédilection : l’enfance. Cette fois, il interroge la question de la filiation et de la paternité. En effet,  Tel père, tel fils  raconte l’histoire de Ryoata, un architecte obsédé par la réussite professionnelle, qui, avec sa femme et son fils, forment une famille idéale. Son monde parfait vole en éclat le jour où il apprend que son fils à été échangé à la naissance avec un autre bébé et qu’il n’y a aucun lien familial avec l’enfant qu’il élève depuis six ans.



Ryoata (Masaharu Fukuyama) et le fils qu’il croit être le sien © Le Pacte
Ryoata (Masaharu Fukuyama) et le fils qu’il croit être le sien © Le Pacte
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Nous suivons les deux familles confrontées à ce dilemme existentiel : faut-il choisir le lien du sang ou celui de l’amour ? Ce dilemme est presque mis en arrière plan, pour laisser apparaître une réflexion plus importante sur le sentiment paternel. Ainsi, Hirokazu Kore-Eda s’attache plus particulièrement à la trajectoire de Ryota. A cause de ce drame, celui-ci voit voler en éclats toutes ses certitudes. En opposition avec ses autres films, Hirokazu Kore-Eda accorde dans cette chronique une place primordiale à ce père qui veut que son fils soit le meilleur, comme lui. En vain : son fils ne lui ressemble pas. En apprenant la terrible nouvelle, il ne peut s’empêcher de lancer à sa femme « Tout s’explique, donc … ! ». 

Dans ce film, un autre point est aussi traité : les différences d’éducation selon le milieu social. Une plongée sur le parking où sont garés les véhicules des deux familles, symbolise ce fossé social. D’un côté la voiture de luxe noire aux vitres teintées de Ryota et de l’autre le vieux van, couvert de publicité, véhicule utilitaire du boutiquier Yudai.

Hirokazu Kore-Eda se sert beaucoup de la lumière et de l’architecture pour évoquer les différents univers que vont traverser les personnages. Lors de la scène du laboratoire où l’on prélève l’ADN de l’enfant, des clair-obscurs, omniprésents, annoncent la fatalité du résultat. Et pour appuyer la différence sociale entre les deux couples, le réalisateur oppose deux environnements: l’architecture moderne, froide et angulaire du couple bourgeois face aux maisons bariolées et déstructurées de la banlieue où vit la famille plus modeste.

Un long travelling lumineux suit Ryoata (Masaharu Fukuyama) et son fils qui avancent sur deux chemins différents séparés par une nature luxuriante. Ce travelling symbolise le cheminement du père et du fils vers une nouvelle relation. Les deux chemins vont-ils se rejoindre ?

Le réalisateur alterne des scènes puissantes et des scènes plus intimes pleines de tendresse, comme le bain des enfants, les caresses maternelles. Cette mise en scène naturelle mais maîtrisée, parsemée de symboles forts, fait naître une poésie qui caractérise le cinéma de Hirokazu Kore-Eda.

La musique tient également une place importante. Les variations pour piano de Goldberg de Bach ponctuent le film de notes parfois isolées et nous rappellent régulièrement l’évolution des ambitions du père qui s’acharne dès le début du film à faire jouer son fils.

Tel père, tel fils traite, on s'en souvient, du même thème que La vie est un long fleuve tranquille d’Etienne Chatiliez, mais d’une manière bien plus dramatique et sensible. Là où Etienne Chatiliez veut faire rire, Hirokazu Kore-Edanous invite à la réflexion. Grâce à cette histoire, il porte un regard révolutionnaire sur la famille japonaise, remettant en cause des principes forts qui la fondent: les liens du sang et la carrière professionnelle.

Tel père, tel fils est un film brillamment interprété par des acteurs d’une justesse émouvante dans leurs rôles : les deux pères qui confrontent leur vision de l’éducation, Masaharu Fukuyama, chanteur très populaire au Japon, joue le père carriériste et Lily Franky, écrivain reconnu, interprète le père modeste et affectueux. De plus les deux actrices Machiko Ono et Yoko Maki sont bouleversantes dans leur rôle de mère déchirées entre leur amour maternel et l’ordre dictée par la société.

Ce film profond et émouvant nous pousse à réfléchir sur les liens affectifs avec notre propre famille et sur l’importance évidente de l’amour filial face au désir de réussite sociale. Il est à conseiller à tous les parents qui s’interrogent sur l’éducation de leurs enfants.


Emma












Angers Mag