The Inspector Cluzo : "La ferme a changé notre façon de faire de la musique"


Rédigé par Tiphaine CREZE - Angers, le Samedi 20 Février 2016 à 07:30


Leur site web renvoit à deux parties de leur vie : le groupe mondialement connu avec lequel ils viennent de sortir leur cinquième album et la ferme "Lou Casse" où ils élèvent oies et canards dans la plus pure tradition gascone. Laurent Lacrouts (guitare) et Mathieu Jourdain (batterie), alias The Inspector Cluzo, seront de passage les 23 et 24 février au Chabada pour présenter un documentaire, donner un live et...vendre des rillettes. Conversation téléphonique avec Mathieu, sur un numéro dont le répondeur est traduit en gascon.



"Le matin, on relève les e-mails, on fait un travail de bureau. L’après-midi, on file à la ferme. On peut répéter sur place parce qu’on a nos instruments."
"Le matin, on relève les e-mails, on fait un travail de bureau. L’après-midi, on file à la ferme. On peut répéter sur place parce qu’on a nos instruments."
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Revenons en 2013, date à laquelle vous avez décidé de vous lancer dans l’agriculture. Pour quelles raisons ?

Mathieu Jourdain, batteur de The Inspector Cluzo : "En 2013, nous avons pu acquérir la ferme mais ça faisait déjà quelques temps que l’on gavait des canards et des oies chez nous, enseigné par le parrain de Laurent, qui lui n’a jamais cessé de le faire. Pourquoi on a décidé de faire fonctionner la ferme ? Parce que lors de nos nombreux voyages internationaux, on s’est dit, pour répondre à la mondialisation extrême à laquelle le monde se destine : « Nous, au lieu de critiquer et de dire « non » à ça, « non » à ça, on va le mettre en œuvre et montrer un exemple parmi d’autres ».
 
C’était l’agriculture traditionnelle, sans produits, ou rien ?

"Oui. Déjà parce que traditionnellement, chez nous, c’est comme ça que ça se faisait. Nos aïeuls ne se posaient pas la question de mettre des pesticides partout. Et, traditionnellement, également, on ne peut pas raisonner en mettant des produits qui ne respecteront pas l’environnement dans lequel on vit. Donc, pour nous, l’agriculture c’est aussi respecter l’écosystème dans lequel on est afin de pouvoir pérenniser toutes ces actions. Ce qui n’est pas le cas du pesticide parce que tous les agriculteurs qui en utilisent sont esclaves de ces produits et des semences également. Pour nous ça tombait de sens de faire comme faisaient nos aïeuls, c’est à dire en respectant l’environnement."

Comment on concilie la vie de musicien avec celle de paysan ?

"C’est très simple : il faut beaucoup travailler. On a un emploi du temps double mais on arrive à jongler entre la ferme et la musique. Le matin, on relève les e-mails, on fait un travail de bureau. L’après-midi, on file à la ferme. On peut répéter sur place parce qu’on a nos instruments. Le gavage des oies est très saisonnier. On les gave en novembre, décembre, janvier. Alors on décide de ne pas tourner à ces périodes-là. On va commencer à tourner à partir de maintenant. On enchaîne 35 dates en deux mois et là effectivement on ne sera pas très souvent à la ferme, mais il n’y a pas grand chose à y faire. Cet hiver, on a préparé la terre pour pouvoir planter notre potager et il y a juste à s’occuper des quelques bêtes qui restent. Pour ça, heureusement, on est aidé par nos voisins et la famille qui passe de temps en temps."

Comment la ferme a changé votre musique ?

"La ferme a changé notre façon de faire, de penser et donc elle se traduit dans notre musique. Ce sont des moments très forts, dans la nature, de se retrouver à observer les bêtes, les végétaux, etc. Ca nous permet aussi de digérer toutes les expériences que l’on a vécues, quand on va voyager par exemple. Se retrouver là-bas c’est un havre de paix et ce côté tellurique apparaît dans notre musique."
 
"Comme le vin, notre musique se bonifie avec l'âge"
 
Vous diriez que « Rockfarmers », votre 5e album, est un album charnière ?

"Ça avait commencé un peu sur le 4e mais oui, le 5e album est un tournant. Entre toute l’expérience de la ferme et ce que l’on en retire, ça nous a fait prendre un direction qui nous semble plus pertinente. Musicalement, disons qu’on fait de la musique organique donc tout est joué, il n’y a pas d’artifice. C’est comme le blues : un bluesman au début de sa vie va exprimer des choses, mais son art va se bonifier avec l’âge, comme un bon vin par exemple. Nous c’est un peu pareil. Notre musique se bonifie avec l’âge et avec toutes les expériences."
 
« Rockfarmers » a été mixé par Vance Powell, qui a notamment travaillé sur les projets de Jack White. Comment s’est passée la rencontre ?

"On est allé le chercher mais pas directement. On a produit complètement l’album nous même localement, on l’a enregistré chez nous à la maison. Pour le mixage, on s’était dit que certaines de nos chansons méritaient un mixage de bon niveau.
On fait du rock donc de la musque américaine. On s’est dit : "Ce serait bien de trouver quelqu’un ayant une culture américaine rock". On a contacté un copain de Nashville (là-bas c’est un peu la capitale mondiale du rock). Il a fait des recherches et nous a dit : « J’ai peut-être un gars là, il a travaillé avec Jack White ». Pour notre musique ça correspondait, donc on l’a contacté via notre ami. On lui a raconté notre histoire, le fait qu’on soit fermier et musicien et qu’on a joué beaucoup - 800 concerts dans plus de 44 pays -, qu’on était totalement indépendants. Tout ça l’a séduit. On lui a envoyé des chansons, il a écouté et il a adoré. Il nous a dit qu’il était d’accord pour le mixer.
Etant donné qu’il est multi-Grammy Awards, on s’est dit que ça nous coûterait peut-être trop cher. Il nous a dit : « Pas de souci, votre projet me plaît : votre prix sera le mien ». Nous sommes allés fin juillet dernier rencontrer ce personnage et ça a été une superbe rencontre. On s’est aperçu qu’on était complètement sur la même longueur d’ondes et que ça ne pouvait être que lui le mixeur de ce 5e album. Il nous a rendu un résultat dont on en est très très contents.
 
Quels sont les inconvénients à auto-produire sa musique ?

"Il y en a très peu. Le seul c’est que, niveau budget, on est un peu limité. Mais on est tellement libre artistiquement que ça en vaut largement la chandelle : il y a toujours des moyens de s’y retrouver. Il n’y a pas tellement d’inconvénients."
 
Vous êtes donc totalement librement de vous passer d’un bassiste…

"Oui on est totalement libre de se passer d’un bassiste. Vous connaissez la chanson : « Fuck the bass player » ! (rires)

Comment vous êtes vous retrouvé au cœur d’un documentaire ?

"A plusieurs reprises on a fait appel à Yan Sourigues (le réalisateur) pour venir faire du backline (aider à décharger, à monter du matériel) avec nous en tournée. Il nous a dit : « Les gars ce que vous faites c’est quand même assez exceptionnel, entre la ferme, les voyages… J’aimerais essayer de retranscrire tout ça si ça vous intéresse. » Du coup, il est venu encore plus souvent avec nous, il a filmé etc. L’objectif c’est de raconter humblement ce que l’on faisait, sans être moralisateur."
 
RFI disait de vous en 2010 « C’est un groupe qui ne fait pas de clapotis en France mais provoque des déferlantes à l’étranger ». Vous étiez d’accord avec ça ? Est-ce toujours le cas ?

"On était d’accord avec ça il y a quelques temps. Maintenant c’est moins vrai parce qu’on a quand même pas mal travaillé pour essayer de gagner en notoriété en France. On trouvait ça dommage d’être ignorés tout le temps. On peut dire que l’on revient un peu sur le devant de la scène, du moins dans un côté underground. On arrive à faire nos propres tournées.
Mais comme on est indépendants, en dehors des gros réseaux, on n’aura absolument pas accès à certains types de médias ou de festivals parce qu’on n’est d’aucun intérêt pour ces gens-là. Un tourneur va préférer placer ses groupes."
 
Vous vous revendiquez Gascons, libres. Toute filiation avec un personnage célèbre serait fortuite ?

"Vous pensez à qui ?"
 
Cyrano de Bergerac ?

"Ah oui, ça pourrait ! Ou encore un personnage de mousquetaire. Effectivement. Notre culture, on la vit, on la revendique mais plus dans les faits. C’est-à-dire qu’on vit chez nous, en Gascogne, on va à des courses landaises, on fait des espèces de fêtes d’entraide pour faire des travaux à la ferme qui se terminent toujours par un gros repas avec des chants, on va à la chasse à la palombe…
On ne va pas faire comme, par exemple, une branche d’Occitans qui habitent en ville (ce qui nous paraît une hérésie) et qui viennent essayer en Gascogne de faire croire aux Gascons qu’en fait ils sont Occitans. Ils essaient d’imposer leur langue en Gascogne alors quel le Gascon a toute sa légitimité pour vivre de lui-même."

Au Chabada,
Le 23 février, à 19 heures, projection du documentaire "Rockfarmers" suivi d'une rencontre avec The Inspector Cluzo (gratuit)
Le 24 février à 20h30, concert de The Inspector Cluzo + Kokomo de 5€ à 13€)












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