The Tree of Life : une expérience cinématographique inédite.


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Vendredi 20 Mai 2011 à 21:01


Mêler l’histoire d’une famille, le parcours d’un homme en quête de soi, la vie dans son sens le plus profond, en passant par … le "big bang", la création de l’univers et de la Terre, l’apparition des premières formes de vie, cela vous paraît impossible ? Et pourtant, le talentueux Terrence Malick a réussi ce challenge avec « The Tree of Life». Véritable fresque, présenté en compétition au 64ème Festival de Cannes, le cinquième long-métrage de Malick en a dérouté plus d’un.



Le père de Jack (Brad Pitt), émerveillé devant l'arrivée de son enfant.
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Un tragique événement survient. Bien qu’une vingtaine d’années se soient passées entre ce drame et la vie d’adulte de Jack O’Brien (joué par Sean Penn), alors que ce dernier est sur le point de devenir père, il va fouiller dans ses souvenirs et commence une quête de soi. Pour partir en quête de soi, il faut savoir d’où l’on part, c’est-à-dire qui l’on est. Mais ne faut-il pas d’abord partir en quête de ce qu’on veut, pour parvenir à se connaître ?

Fin des années 60. Jack O’Brien grandit au Texas entre l'amour inconditionnel de sa mère et une relation compliquée avec son père, très autoritaire. Bientôt il devra partager ces relations avec l’arrivée de deux petits frères. À seulement 11 ans, Jack devra concilier les revendications de sa mère et celles de son père. Mais le jeune garçon sera très vite confronté à la maladie, à la souffrance et à la mort. L’image utopique qu’il avait de ce monde va peu à peu se transformer et deviendra finalement un mélange de questions existentielles : Dieu existe-t-il ? Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Qu’est-ce que la mort ? Qu’est-ce que l’amour ? Amour et mort ne seraient-ils pas intimement liés ?

Mais on se rend très vite compte que le film ne suit pas seulement le destin d’un homme. Il traite de la vie dans son ensemble, dans son sens le plus large. Terrence Malick replace l’histoire de la famille O’Brien dans le contexte de la naissance et de la fin de l’univers, de l’infinité de la vie. S’animent alors devant nos yeux ébahis des images majestueuses sur terre, sous la mer et dans l'espace : nébuleuses, naissances des étoiles, profondeurs des océans, éruptions volcaniques…

Les deux histoires ne sont pas liées par la narration, mais plutôt traitées de manière complémentaire.

Ces images d'une grande qualité s'ancrent dans une interrogation poétique sur l’existence de l’homme, et la connexion entre les être vivants dans le cosmos donne au récit une dimension épique.

En quarante ans de carrière, Terrence Malick n’a réalisé que cinq longs-métrages : « La Ligne Rouge », « La balade sauvage », « Les moissons du ciel », «Le Nouveau Monde » et maintenant « The Tree Of Life ». L’explication ?

Le réalisateur est pointilleux, perfectionniste, il a le souci du détail. Un exemple : Terrence Malick aura mis 20 ans avant de finaliser «La Ligne Rouge», film sorti en 1999 évoquant la bataille de Guadalcanal. Ce n’est pas donc pas étonnant si « The Tree of Life » était attendu avec impatience par les cinéphiles.

Dès les premières scènes du film, on reconnaît sans problème « la patte » de l’artiste. Comme pour ses précédents films, « The Tree of Life» suscite la réflexion, et la splendeur visuelle, l’intensité émotionnelle qui s’en dégagent sont empreintes de mystère et de profondeur.

Ce film est novateur, tant par son scénario que par la façon dont Terrence Malick traduit ce qu’il veut nous transmettre. Le réalisateur nous livre ainsi une œuvre lyrique, poétique, onirique ; il nous montre une nouvelle fois qu’il maîtrise parfaitement les techniques permettant d'obtenir un rendu visuel exceptionnel.

Maître de la mise en scène, Malick filme la beauté sauvage de la nature et nous transmet son amour du beau. Il nous confronte à des images envoûtantes, magiques, sublimes qui nous donnent le frisson. Le passé du réalisateur nous permet, sans doute, d'expliquer cet attrait pour la mise en image esthétique des paysages naturels. En effet, ayant passé son enfance au Texas, au milieu des champs de blés et de l'immensité des plaines, son amour des grands espaces se répercute dans ses œuvres cinématographiques.

Terrence Malick mêle les gros plans et les envolées, notamment à l’aide de travellings époustouflants qui emmènent le spectateur dans une autre dimension, hors du temps, comme si nous étions en train de peindre un tableau avec lui.

Dans les films de Terrence Malick, la lumière joue un rôle très important. Pour tourner "Les Moissons du Ciel", sorti en 1987, le minutieux Malick souhaitait prendre ses plans lors de « l’heure magique » (heure pendant laquelle la lumière crépusculaire du ciel prend une teinte dorée). Il fallut ainsi deux ans de montage avant de finaliser son projet.

Dans « The Tree of Life », il n’y a pas un seul plan où le réalisateur n’a pas fait attention à la lumière naturelle, en la contrôlant continuellement dans son utilisation : des rayons du soleil caressent le visage des acteurs ou encore passent à travers les feuilles des arbres, les ombres des enfants qui jouent dans une rue …

Une nouveauté cependant... Terrence Malick a voulu innover pour son cinquième long métrage en ayant recours aux effets visuels. Il a eu recours à des produits chimiques, de la fumée, des liquides ou encore de la peinture. Ainsi, il a pu reconstituer des images de protoétoiles, de disques d’accrétion tout en gardant une vision essentiellement artistique et non pas scientifique. En utilisant de tels effets visuels, Terrence Malick a pu obtenir des images comme nous n’en avions jamais vues. Elles permettent à ce film de bénéficier d'une réalisation esthétique inégalée, fruit du perfectionnisme du réalisateur.

Mais Terrence Malick reste Terrence Malick et la sensibilité esthétique qui le caractérise s'est encore manifestée. Soucieux du réalisme, il a voulu que chacun puisse s’approprier les images et les interpréter à sa façon. Nous sommes alors transportés dans une aventure extrême où chaque scène est une leçon de cinéma, où rien n’est laissé au hasard, et où chaque plan a sa signification.

Notons aussi que la prestation des acteurs est remarquable. Le tout Hollywood aimerait travailler avec Terrence Malick, ce qui lui donne un choix assez vaste d'acteurs. Impossible de passer à côté de la prestation de Brad Pitt (rôle du père de Jack) qui nous surprendra toujours avec sa capacité à s'adapter à toutes sortes de rôles, ou encore celle de Sean Penn (Jack adulte). Mais il ne faudrait surtout pas oublier la talentueuse Jessica Chastrain (mère de Jack) qui a su habiter le personnage à travers ses moments de silence et ses dialogues.

Enfin, comment passer à côté de la magnifique bande son ? "The Tree of Life" est cadencé par une musique qui nous semble naturelle, renforcée par la non-utilisation d’instruments électroniques, privilégiant les instruments acoustiques comme le piano. Alexandre Desplat, reconnu pour ses partitions composées pour "L’Etrange histoire de Benjamin Button" de David Fincher ou encore « Le Discours d’un Roi », a été séduit pas les thèmes abordés dans « The Tree of Life ». La dimension de la bande originale nous semble atemporelle avec une voix-off se fondant parfaitement avec la musique.

Le cinéma de Terrence Malick est une expérience humaine, une œuvre sincère, colorée, lumineuse, envoûtante et bouleversante.

Cependant, « The Tree of life » a partagé les avis. Certains se sont complètement plongés dans l’univers du réalisateur et ont laissé le pouvoir cathartique les envahir. D’autres, au contraire, sont restés « de marbre », face à un enchaînement de plans trop original, pouvant paraître parfois désordonné. D'autres encore ont pu reprocher à ce film une certaine lenteur ou encore un scénario pas assez accrocheur.

Mais quoi qu'il en soit, on ne ressort pas indemne de ce film, il nous transcende réellement : « The Tree of Life » pourrait bien changer votre vision du 7ème art…

Louise.



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1.Posté par J. le 20/05/2011 21:59 | Alerter
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Superbe analyse !

2.Posté par Matthieu le 21/05/2011 00:38 | Alerter
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Rien a ajouter à cette analyse, bien joué lou' ;)

3.Posté par SujbP-Ant le 21/05/2011 00:08 | Alerter
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Analyse finement menée, avec une écriture fluide, révélatrice d'une écrivaine talentueuse.
Bravo !

4.Posté par Sarah le 29/05/2011 13:09 | Alerter
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Louise tu as géré !!! très belle analyse !

5.Posté par Félix le 08/06/2011 21:33 | Alerter
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Bravo... ;)








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