Théâtre : l'engrenage dramatique de Gorge Mastromas


Rédigé par Julie MILLIET - Angers, le Dimanche 26 Mars 2017 à 13:00


Du 17 au 25 mars, les spectateurs du Quai ont vibré pour la dernière création de Chloé Dabert, "L’abattage rituel de Gorge Mastromas" d'après le livre éponyme du britannique Dennis Kelly. Une oeuvre puissante sur le basculement d’un homme qui choisit de vendre son âme.



"L"abattage rituel de Gorge Mastromas" (photo Solange Abaziou / Le Quai).
"L"abattage rituel de Gorge Mastromas" (photo Solange Abaziou / Le Quai).
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Tout démarre par une interpellation. Celle d'un conteur extravagant, peut-être un ami de Gorge. L’homme peut paraître au départ trivial, mais c’est surtout un personnage fantasque qui nous retrace l’itinéraire de Monsieur Mastromas. Il nous amuse et nous emmène ainsi avec douceur dans l’histoire qui va suivre.
 
Sur scène, il y a notre anti-héros qui déambule derrière un rideau transparent. Dans le fond, un décor boisé, se décuplant au fil de la pièce en de multiples dispositions selon les scènes. A écouter le narrateur, on peine à imaginer que Gorge soit devenu l’impitoyable que décrit le résumé du spectacle. On se questionne et on attend de saisir le déclenchement, le passage sur l’autre versant.

Jusqu’à la vingtaine le jeune garçon a toujours agi en fonction de la morale, ce qui ne l’a jamais récompensé. Le conteur nous questionne : Gorge se sacrifie-t-il pour la morale ? Bonté ou lâcheté ? Le jour de la ruine de son employeur, une opportunité s’offre à lui, le faisant basculer du côté des vainqueurs mais aussi du mensonge –il devient l’un des hommes les plus influents du monde.
 
Qu’à réellement gagné Mastromas ? C’est ce que questionne Chloé Dabert en mettant en scène "L’Abattage rituel de Gorge Mastromas", oeuvre de son auteur de coeur Dennis Kelly, traduite par Gérard Watkins. 
"Au lieu de dresser le procès d’un personnage vulgaire et monstrueux, le spectacle nous questionne sur nos sociétés modernes, ses politiques et la place qu’on y trouve."
 La metteure en scène a d’abord décidé de mettre en vie ce texte pour sa complexité : « C’est une pièce qu’il faut relire de nombreuses fois avant de pouvoir décider quelle piste choisir (…) Sa structure impose des choix radicaux dans la réponse qu’on doit y apporter au plateau ». Monter un texte est ce qui l’aide à le comprendre. Plus une œuvre paraît difficile, plus le défi est intéressant. Chloé Dabert et ses comédiens de la compagnie Héros-limite –fondée avec Sébastien Eveno, l’interprète de Mastromas– prennent le temps d’apprendre le texte à la manière d’une partition.

Une fois la musicalité et les temps acquis, le sens jailli et c’est l’heure de la mise en scène. C’est grâce au mélange de rigueur et de décisions instinctives que le jeu paraît d’un naturel déconcertant et d’une simplicité rigoureuse –nous sommes à la limite de l’improvisation–
 
"L’abattage rituel de Gorge Mastromas", c’est aussi un engrenage : au lieu de dresser le procès d’un personnage vulgaire et monstrueux, le spectacle nous questionne sur nos sociétés modernes, ses politiques et la place qu’on y trouve. Chacun peu flancher, devenir lâche comme irréprochable. On se prend d’amour pour celui qui abat tout le monde et s’interroge sur nous-même. Les comédiens, par leur maîtrise des mots et des rythmes, ainsi que la personnalité qu’ils donnent à leurs personnages arrivent à démystifier, simplifier, rendre léger, le drame qui se déroule sous nos yeux.   












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