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Vendredi 29 Août 2014


Théâtre, une (petite) tempête s'abat sur le Quai !


Rédigé par - Le Vendredi 2 Novembre 2012 à 08:50


Après nous avoir enchantés avec l’œuvre de Rabelais, Jean Bellorini nous conviait les 23 et 24 octobre au Quai à la rencontre d'un autre monstre de la littérature: Victor Hugo. «Tempête sous un crâne», depuis sa création en 2010, a déjà emporté bon nombre de spectateurs dans un tourbillon d'émotions mais la tempête annoncée ne fut pas d'une si grande intensité...



Théâtre, une (petite) tempête s'abat sur le Quai !
La Cie «Air de Lune» de Jean Bellorini, n'a de cesse d' arpenter les scènes avec «Tempête sous un crâne» et «Paroles Gelées», sa dernière création. Alors, à l'instar du N.T.A. , quand un théâtre réussit à l'inviter il essaye de programmer les deux spectacles...

«Tempête sous un crâne», spectacle de 3h30, est une adaptation en deux parties de l’œuvre phare d' Hugo, «Les Misérables». Deux comédiens dans la première (cinq dans la seconde) et deux musiciens suffisent, sur un plateau presque nu, à restituer toute la fougue et la poésie de cette épopée et à nous entrainer au cœur de la France trouble et miteuse du 19è siècle...

Cosette, Jean Valjean, Javert, Gavroche, les Thénardier... Ils se sont tous donné rendez vous sur scène pour nous rappeler les luttes qui ont marqué cette période. La langue d'Hugo, restituée fidèlement, mais à gorge déployée, devient à travers les comédiens, tout à la fois chantante, éructée ou scandée. Elle s'esclaffe, se délie, se fait urgente, vindicative, parfois plus apaisée mais reste toujours lyrique.

L'écriture était pour l'auteur un exutoire, une nécessité; pour les personnages/narrateurs de Bellorini il en va de même. Ils semblent animés d'une irréfrénable envie de dire, de se raconter, comme s'ils étaient la réincarnation des multiples personnages qui traversent le roman. Par un jeu d'adresse direct, ils ne laissent aucun répit au spectateur, bien obligé de se laisser emporter.

Le subtil mélange entre logorrhée et progression de l'action fait de «Tempête sous un crâne» un spectacle jouissif au début, et supportable vers la fin...Car à trop tirer sur la corde, elle finit par se rompre !


Mieux vaut un bon spectacle que deux...

Théâtre, une (petite) tempête s'abat sur le Quai !
Le rythme du spectacle n'est pas à remettre en cause. J. Bellorini a choisi une mise en scène alternant vivacité et intimité, et a entrecoupé son œuvre de plusieurs poèmes d'Hugo, habilement mis en musique.

Le spectateur est tenu en haleine durant la première partie, limpide, jusqu'à ce qu'il se perde dans les méandres de la seconde. Les personnages, incarnés ou évoqués, y sont bien plus nombreux, se confondent, les péripéties incessantes et ainsi, la place laissée à l'imaginaire, moindre...

Certes, il est des passages où l'on se croirait véritablement projeté sur les barricades de l'époque mais il est difficile de retrouver cette atmosphère qui, précédemment, plaçait le spectateur dans la position d'un enfant à qui on lirait, au coin du feu, un conte «vivant», fait de sons et d'images.

Malgré toute l'énergie que dilapident les cinq comédiens, le spectacle retombe en intensité. La langue d'Hugo s’essouffle, l'intention de Bellorini aussi. On se laisse bercer encore quelque temps puis, doucement, on bascule vers l'ennui...

Il faut savoir que, dans un premier temps, seule la première partie avait été créée; devant le succès qu'elle rencontra, le monde du théâtre enjoignit la Cie a en écrire la suite... Jean Bellorini eut mieux fait de s’arrêter à cette première partie, qui se suffit à elle-même. Et, comme pourrait dire Hugo: en 1h30, «le spectateur aura compris...» !

Mais, après tout, lorsque l'on monte des auteurs aussi empreints d'humanité et à l'écriture si prolixe, il n'est pas étonnant de partager les mêmes travers et les mêmes qualités...



Mathieu Vautrin
"Scenoscopie" s'intéresse au spectacle vivant sous toutes ses formes. Si vous êtes curieux,... En savoir plus sur cet auteur