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Portrait

Thierry Retailleau : un premier roman


Rédigé par - le 1 Octobre 2009 à 14:03


Mon frère vous a aimés, premier roman de Thierry Retailleau, vient de paraître aux éditions Les 2 Encres. L’auteur projette son histoire en 2041, dans un monde de violence et d’insécurité, héritage des générations du 21e siècle. Pourtant, dans cette société cruelle, Cécile, âme simple et généreuse, découvre l’amour et l’idéologie de son frère pour un monde meilleur.



Thierry Retailleau : un premier roman
Thierry Retailleau est né à Cholet, en 1960. Il lit Kennedy, London, Steinbeck ou Flaubert. Il écrit cinq romans, qu’il détruit. En 1989, paraît son recueil de poésie Renaissance. Commencé il y a six ans, Mon frère vous a aimés lui est inspiré des excès de la société qu’il ressent, présages d’un monde chaotique qui se délite, crainte alimenté, entre autres, des souvenirs funestes vécus par nos parents sous l’occupation. Avec ce premier roman, Thierry Retailleau veut d’abord transmettre un message de prudence car « le système s’autodétruira ».

L’histoire se déroule dans un futur proche à Paris. Avec le « je », l’auteur devient Cécile, jeune fille pauvre et adoptée qui, cultivant une véritable vénération pour son frère Alexandre, se laisse entrainer par lui vers son idéal de démocratie. Jeune fille naïve, elle découvre la vie militante pour « mettre la fin au chaos par la guerre, instaurer une nouvelle société de paix, de justice ». Lui, athée et rebelle, endoctriné par son ami Maurice, un bourgeois devenu révolutionnaire, ira jusqu’au bout de son rêve, de façon tragique. Par son engagement et ses livres, il donne à Cécile, employée dans une mercerie le goût de la connaissance du monde « ouvrant chaque jour des tiroirs dans sa tête ».

Lui est instable mais trouve sa vraie raison d’être au journal Demain « une organisation impeccable, sans heurts …où l’information déploie ses aîles sur le monde, concise, rapide, objective ». Une ruche cosmopolite où les employés s’épient et se craignent, dans un monde dénoncé où il faut, tous les jours, donner le maximum dans son travail, dans une ville morose peuplée de « cette humanité roulant dans des boyaux à l’intérieur d’une machine », où les pratrouilles armées de mitraillettes, arpentent les rues. Alexandre, trop véhément, s’investit à font pour la cause et finit par s’attirer les foudres.

Une nouvelle vie

Thierry Retailleau : un premier roman
Séduite par ce courant de révolte, Cécile s’investit dans le mouvement qu’elle rejoint en entrant à son tour dans la grande famille du journal qui milite pour la défense des droits de l’Homme, renonçant à son soutien pour sa famille, portant des notes toute la journée dans une cadence infernale. Sur fond de racisme, d’insécurité, de régression sociale ou la peur et l’égoïsme règnent, Cécile découvre l’amour interdit, arpentant avec lui « ses rues mystérieuses où tout peut arriver » dans des quartiers où les ruelles sombres éclairées par des lanternes et des torches, peuvent se révéler de vrais coupe-gorges.

Thierry Retailleau n’hésite pas à planter un décor sombre, non sans rappeler notre histoire introduisant des camps « ces lieux où, parqués, rassemblés, agglutinés, survivent des milliers d’êtres en partance », des raffles « des hommes en armes montaient l’escalier en courant. Leurs semelles lourdes heurtaient les marches. Là, ils frappaient à des portes…ils tiraient dans tous les sens, tandis que des hommes menottés montaient dans des fourgons blindés ». Il détaille aussi la pauvreté - les repas frugaux, les logements modestes et les chambres d’hôtels précaires- la misère humaine aussi, sur fond d’alccol, de drogue et de prostitution. Un vie terne et insécure, avec pour certains, une élite dont font partie l’équipe du journal, l’espoir renaissant grâce à la manifestation contre le pouvoir en place, « où nous étions le nombre, invincible et uni », ces « trois glorieuses » dont le terme érode la confiance de Cécile qui rêve de rassemblements quotidiens pour sauver la démocratie.

Un monde meilleur

Un rêve qui s’éteint pourtant tout à fait quand Alexandre décède et quand Juan est arrêté. Tout s’arrête pour elle, son travail au journal, son apprentissage de la démocratie, ses moments intimes avec son compagnon : un retour au point de départ. Sauf que tout cela a métamorphosé Cécile. Cet amour indéfectible pour Juan l’a rendue indifférente aux regards, aux jugements. « En se fondant dans dans le combat, elle découvre un autre monde, des gens qui se battent pour un idéal démocratique et s’enrichit beaucoup. Cette expérience, sa curiosité et sa volonté de comprendre qui l’ont élévée intellectuellement, lui serviront ensuite. A nous d’imaginer la suite … » Un deuxième message.
Avec Mon frère vous a aimés, Thierry Retailleau nous livre un roman au style efficace, aux rythmes variés, qui sait garder le suspens jusqu’à la fin.

Mon frère vous a aimés
Editions Les 2 Encres – 198 pages - 18 €
En librairie
http://www.les2encres.com



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