Thomson-Technicolor : et maintenant ?


Rédigé par - Le 12/10/2012 - 07:32 / modifié le 12/10/2012 - 23:19


Après la liquidation attendue de Thomson Angers jeudi, l'heure est à la remobilisation politique et syndicale. Avec un double objectif : permettre d'abord aux salariés de partir plus dignement, financièrement parlant, et reconvertir le site du boulevard Birgé, pour y accueillir de nouvelles activités industrielles. Le problème, c'est que rien ne garantit aujourd'hui la réussite de l'un et de l'autre.



Les salariés de Thomson Angers espèrent des primes supra-légales pour partir dignement. Mais rien n'oblige Technicolor à les leurs verser. D'où un vrai risque de pourrissement du conflit.
Les salariés de Thomson Angers espèrent des primes supra-légales pour partir dignement. Mais rien n'oblige Technicolor à les leurs verser. D'où un vrai risque de pourrissement du conflit.
Des larmes. Des pleurs. Un état de choc. Et un grand silence pesant. Bien qu'attendue, l'annonce jeudi matin peu après 9h30 de la liquidation judiciaire de Thomson Angers a plongé d'abord les salariés présents, boulevard Gaston Birgé, dans un état de quasi sidération. Étaient-ils nombreux à croire encore possible un miracle de dernière minute ? Peu probable. Et qu'importe d'ailleurs. Après huit mois de combats, d'espoirs et de faux espoirs, de jeux de dupes, de silences et de solidarité aussi, craquer n'avait plus rien de déshonorant, plus rien d'illégitime. Craquer était permis pour Patricia Chevreuil et bien d'autres de ses collègues, dignes, mais sonnés.

La colère s'est exprimée après. Sans aucune violence physique. Mais sous une forme symbolique forte : le jet au feu d'une vingtaine de blouses blanches, par des salariés dépités, puis celui de la table de bureau du directeur du site. "C'est tout ce qu'on a trouvé dans son bureau, il avait tout nettoyé et tout enlevé. Monsieur est absent aujourd'hui" ironise l'un d'entre eux. "On a tant donné pour cette usine. Et ce n'est même pas avec le minimum qu'on nous dit au revoir. Comment voulez-vous que nous ne soyons pas en colère ?" témoigne Bouziane, 59 ans.

"Bibi", comme le surnomment affectueusement ses collègues, en a gros sur le cœur. Mais il reconnait aussi qu'il n'est pas le plus à plaindre. Embauché à 43 ans, après sept ans d'intérim, principalement de nuit, au sein de l'usine Thomson, il ne lui reste plus qu'une année pour joindre sa retraite. "Moi, ça ira. Mais mon copain là, sa femme travaille aussi chez Thomson. Ils ont une quarantaine d'années ? Comment vont-ils retrouver du boulot ?"

Le copain en question esquive les journalistes. Colère rentrée. Il n'écoute même pas Frédéric Béatse, le maire d'Angers, venu tenter de réconforter les salariés le midi. "Ça ne sert à rien" grommelle-t-il. L'amertume est forte dans l'assemblée. "Pourquoi ne faites-vous pas interdire les licenciements dans ces cas-là. Tant qu'il n'y aura pas une loi, les patrons feront ce qu'ils veulent" s'emporte une salariée.

Bien plus qu'aux élus, c'est à Technicolor qu'en veulent les salariés. "C'est simple, plus Technicolor a délocalisé, dégraissé et licencié, plus Frédéric Rose, son patron, a augmenté son salaire. Lui, s'est fait plein de fric. Moi, à 42 ans, je n'ai plus de boulot" peste Benoît. "Ça fait huit mois qu'on se bat. Huit mois qu'ils n'ont même pas daigné nous rencontrer, qu'ils se taisent. C'est du mépris" insiste un de ses amis.

"Quinze jours pour se battre"

Jean-Claude Antonini face aux salariés jeudi après-midi : "Les élus ne vous laisseront pas tomber"
Jean-Claude Antonini face aux salariés jeudi après-midi : "Les élus ne vous laisseront pas tomber"
Et maintenant ? Pour l'intersyndicale de Thomson Angers, pas de question à se poser : il faut "se battre". "On a quinze jours pour se retourner et négocier le plan social. On va rester dans cette usine, on ne va pas lâcher et mettre la pression sur Technicolor pour qu'il assume ses responsabilités" résume Martine Guilbert, l'une de ses responsables.

À Nanterre, les représentants des salariés de l'usine angevine, ont obtenu du liquidateur, la mise en place de deux comités d'entreprise pour discuter de ce plan. Le premier se tiendra mardi matin à Angers. "Il ne voulait en organiser qu'un, comme la loi le lui permet et à Paris en plus" s'insurge Odile Coquereau. De retour de Nanterre, la leader CGT a été ovationnée en entrant dans le hall d'accueil, transformé en amphithéâtre, réussissant, à elle seule, à remobiliser l'assemblée. "Il n'est pas question que les élus vous laissent tomber" lui a emboîté Jean-Claude Antonini, le président de l'agglomération, de retour lui aussi de région parisienne, confirmant, sans complètement convaincre, son projet de rachat du site et de l'outil de production.

Au cœur des réserves des salariés, le fait qu'aujourd'hui, c'est bien le liquidateur qui a la main sur la vente des biens de Thomson Angers. Et que parmi ses principales missions, figure en premier lieu le règlement des créances... "Je ne suis pas juriste. Vous avez vos méthodes de lutte, nous avons aussi les nôtres. Nous aurons des résultats" insiste Jean-Claude Antonini.

Quelle reconversion ?

Le deuxième combat est politique. Mais pas seulement. Est-il possible de reconvertir le site Thomson et d'y favoriser l'installation de nouvelles activités industrielles ? Sans son rachat, évidemment, la réponse est non. Les deux projets, portés d'un côté par Paul Raguin, le patron du groupe Eolane (80 emplois) et de l'autre, par Jean-Pierre Calestroupat, le PDG de Minerva Group (100 à 150 emplois), sont bel et bien toujours à l'étude, ont confirmé les élus jeudi.

À l'étude, mais sans garantie. Si Stéphane Richard, le PDG de France Télécom, a démenti mercredi soir à l'AFP avoir renoncé à un engagement pour un plan de charge intermédiaire, sa proposition "est insuffisante", nous a expliqué Daniel Loiseau, le vice-président de l'agglo en charge des affaires économiques.

Pas de garantie sur le site. Pas de garantie sur le plan de charge. Pas de garantie sur les primes de départs bonifiées des salariés. On comprend mieux l'appel immédiat lancé hier matin par les syndicats de Technicolor au premier ministre, Jean-Marc Ayrault, pour qu'il convoque Frédéric Rose, le PDG de Technicolor.

Prenant acte de la décision du tribunal de commerce de Nanterre, le gouvernement a réagi par les voix du ministre du Travail, Michel Sapin et de la ministre déléguée auprès du ministre du redressement productif, Fleur Pellerin, lesquels " demandent instamment au groupe Technicolor de prendre ses responsabilités et de s'engager à financer les mesures sociales d'accompagnement qui seraient nécessaires pour que chaque salarié puisse retrouver au plus vite une solution d'emploi ". Le gouvernement mobilisera de son côté les dispositifs publics de retour à l'emploi pour aider les 350 salariés qui attendent désormais leur lettre de licenciement.




Rédacteur en Chef d'Angers Mag Correspondant de l'AFP En savoir plus sur cet auteur



1.Posté par Anthony le 12/10/2012 20:25 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
La situation de l'ex usine Thomson est à Angers ce qu'elle est partout dans le pays, une preuve que le déclin industriel est largement consommé et inéluctable, mais à Angers plus encore qu'ailleurs cela prend une tournure toute particulière, notre agglo étant décidément bien transparente aux yeux des créateurs d'entreprise.

Depuis des années avec d'autres j'essaye d'interpeller à ma façon les décideurs locaux sur nos faiblesses alors que la ville ne cesse de parler de ses forces, mais jamais a...

Vie économique | Commerce - artisanat | PME - PMI | Vins - Viniculture | Expos - Salons























Instagram