Thomson, l’outil de production « sanctuarisé » par l’Agglo


Rédigé par Sébastien ROCHARD - Angers, le 20/12/2012 - 07:32 / modifié le 20/12/2012 - 09:23


Ce n’est qu’une première étape, mais elle est déjà décisive : en achetant l’ensemble de l’outil de production de Thomson lors de la vente aux enchères qui a eu lieu mercredi, l’Agglo d’Angers laisse entrevoir la possibilité d’un avenir industriel au site. Un peu de baume aux cœurs de salariés meurtris par la vente…



Pour le compte de l'agglomération d'Angers, Elie de Foucauld (brandissant le n°16) n'a laissé que des miettes aux autres enchérisseurs
Pour le compte de l'agglomération d'Angers, Elie de Foucauld (brandissant le n°16) n'a laissé que des miettes aux autres enchérisseurs
Dépecé, bradé, démembré. Peu avant 14 heures mercredi, les (ex)salariés de Thomson Angers n’avaient pas de mots assez forts pour exprimer leur crainte à l’endroit de la vente aux enchères des outils de production organisée hier, boulevard Gaston-Birgé.

595 lots exactement, témoins de l’histoire industrielle et humaine du site. Dans la salle, les acheteurs se comptent par dizaine, industriels, particuliers, revendeurs… Mais les nombreux salariés présents n’ont d’yeux que pour un petit groupe de quatre personnes, au 4e rang. Parmi eux, Elie de Foucauld, directeur d’Angers Loire développement, le bras armé de l’Agglo d’Angers.

C’est lui et son (bientôt fameux) n°16 qui portent les promesses des élus de la collectivité, Jean-Claude Antonini en tête. Dès le premier lot, la stratégie de l’Agglo se dessine : enchérir et acheter tout ce qui est nécessaire au fonctionnement d’un atelier, pour garder la capacité de donner un avenir industriel au site.

Dans la salle de vente, ancien espace de stockage de l’usine, personne ne peut décemment lutter avec la force de frappe financière de l’Agglo. « C’est une mascarade », s’insurge un entrepreneur en électronique de Montreuil-Juigné. Pendant six heures de vente, conduites par le commissaire-priseur Christophe Morel, l’Agglo n’aura laissé que des miettes aux différents acheteurs, mettant la main, entre autres, sur trois lignes de production, véritable trésor de l’usine.

Des salariés touchés

Un marathon :  la vente a duré près de six heures, orchestrée par le commissaire-priseur, Christophe Morel
Un marathon : la vente a duré près de six heures, orchestrée par le commissaire-priseur, Christophe Morel
Lorsque la somme dépasse les 6 chiffres, c’est au mieux un ping-pong qui se joue, entre deux acteurs locaux qui ne se parlent pas (ou plus) : d’un côté du filet, l’Agglo, de l’autre, le directeur industriel d’Eolane, Thierry Sachot. Et entre les deux, des salariés anxieux et marqués par cet après-midi de vente. « C’est difficile de vivre ça » commente Lynda, 15 ans de maison, « mais vivement que ça soit terminé, pour qu’on puisse enfin tourner la page ».

Didier, 17 ans de boîte, ne dit pas autre chose : « Ça fout un peu les boules de revenir là. Depuis le mois de septembre, rien n’a bougé… Il faut absolument que les machines restent, car ça peut signifier un avenir pour certaines personnes ».

Eux ont tout de même bon espoir, car ils savent depuis le matin que l’Agglo ne se contentera pas d’enchérir sur la majorité des lots. La vente aux enchères ouvre à une faculté de réunion. En clair, après la vente des 595 lots, on fait la somme des enchères et si un acheteur propose la totalité du montant de la vente, il repart avec l’ensemble des lots.

Une vente aux enchères tactique

Ce que n’hésite pas à faire Elie de Foucauld, à 20 heures pétantes. Pour 1,076 million d’euros, l’Agglo emporte le morceau. Il lui aura fallu rajouter près de 400000 € au montant de ses propres enchères, ce qui laisse pantois plus d’un vendeur dans la salle : « Pourquoi avoir enchéri durant toute la vente, l’Agglo n’aurait pu intervenir qu’à la fin et économiser ainsi plusieurs dizaines de milliers d’euros ! »

Décryptage : en enchérissant dès l’abord sur le matériel indispensable au fonctionnement d’un atelier, l’Agglo -qui n’a de cesse de rappeler entre les lignes que c’est le mandataire qui lui a imposé cette vente en refusant d’étudier ses propositions- a assuré le minimum syndical, se prémunissant de toute mauvaise surprise.

La faculté de réunion, c’est finalement le scénario idéal, celui qui permet de bloquer l’usine, de la sanctuariser le temps de mettre en place le (mystérieux) projet industriel que les élus de l’Agglo assurent avoir dans leur hotte.

Les salariés de Thomson ne croient pas pour autant au Père Noël, comme le rappelle Odile Coquereau, secrétaire (CGT) du comité d’entreprise : « C’est une première étape très importante, qui permet de maintenir l’espoir », explique-t-elle, visiblement très touchée par la vente. Reste à voir ce qu’ils vont désormais proposer »

Sans compter qu’il va également falloir trouver un accord avec le liquidateur judiciaire sur les murs et les 13,5 hectares de surface du site. Si rien ne se met en place, les élus de l’Agglo pourront toujours réorganiser une vente aux enchères des lots chèrement acquis hier. Et là, gare au dépeçage…








1.Posté par Marcel LECOINTREAU le 21/12/2012 07:30 | Alerter
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Me voilà rassuré, l'agglomération a encore de l'argent!
J'espère quelle mettra autant d'énergie pour acquérir la fabuleuse collection de téléviseurs qu'abrite l'usine Thomson.Ces objets passeur de mémoire et de technologie pourront ainsi être mis en valeur dans le magnifique musée de la communication au château de Pignerolle.(20 ans cette année!)















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