Tinariwen : des airs déserts ?


Rédigé par Cyrille GUERIN - Angers, le Vendredi 28 Février 2014 à 15:14


Mercredi, au Chabada, les Touaregs maliens de Tinariwen lançaient leur tournée mondiale. Un live modeste mais bien fichu et, comme annoncé, sans incandescence. Dans la salle un public, mince et timide. Où est le problème ?



Tinariwen : des airs déserts ?
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Pas la foule des grands soirs ce 26 février boulevard du Doyenné pour la mise en orbite du world wide tour de Tinariwen, accompagnant la parution récente d'"Emmaar", leur sixième effort studio. 457 spectateurs avaient fait le déplacement. Un chiffre, inutile de le nier, chiche. Alors, ici et là, on s'interroge, on suppute.

Quelques sources disent clairement avoir été déçues évoquant les sets plus enflammés de Tamikrest ou de leurs comparses de Bombino, deux formations proches de Tinariwen. Recevable. Là, en sus et entre parenthèses, se pose une fois de plus, de trop, le problème du buzz. A trop attendre, on reste presque tout le temps sur sa fin. Ou sur sa faim. S'agissant de Tinariwen et de leur prestation angevine, peut-être, sans doute certains eussent aimé plus de desserts et moins de déserts.

Lors de la conf' de presse en amont du concert des six rockeurs touaregs, encensés par toute la presse -"Emmaar" n'étant bizarrement pas leur meilleur enregistrement, Patrick Votan, leur manager, avait pourtant annoncé la couleur : "il n' y aura pas de pyrotechnie". Traduction : si vous voulez un barnum, passez votre chemin. Info qui avait le mérité d'être claire. Et que nous avions dans ces colonnes numériques, périssables, relayée. Alors, oui, il est où le souci ? Mercredi, sur la scène du Chabada, les Tinariwen ont livré un show convenable d'une heure quarante, rappel compris. Ce qui, pour le coup et le coût peu onéreux, valait le déplacement. On a connu des têtes d'affiche moins généreuses...

Néo-colonialisme, condescendance ?

Tinariwen : des airs déserts ?
Dans "Rockeurs Touaregs", puisque tel est leur occidental sobriquet, il y a "Rockeurs". Pour autant, les récipiendaires 2011 du Grammy Award de l'album de world music ne sont ni Franz Ferdinand, ni feux les White Stripes. Ils ont beau, au cours de leurs périples, taillé le bout de gras ou jammé avec Page et Plant, les Red Hot ou TV on the Radio - anecdotes peut-être trop mises en avant dans leur CV -, Tinariwen ne se revendique pas totalement, ni en studio ni scéniquement, du même acabit que toutes ces stars NME-Mojo-Pitchfork-Rock'n'Folk croisées qui à Joshua Tree, qui en Angleterre.

Alors oui, il y a bien "Rockeurs" dans "Rockeurs Touaregs". Mais les six membres du groupe qui partage avec Angers une histoire commune (c'est ici au Chabada en 99 que, sous le nom d'Azawad, ils se sont fait réellement connaître) sont aussi des Touaregs. Chez eux, la musique n'est pas calculée, calée pour faire mouiller les chemises Armand Thierry ou les polos Fred Perry.

Peter Gabriel et Damon Albarn ont fait beaucoup de mal à la world, inoculant, voire imposant, à celle-ci l'anglo-saxonne touch. Ça peut marcher sur un "Think tank" (Blur, 2003) ou un "Mali Music". La recette n'est pas reproductible via des artistes qui ne partagent pas forcément la même culture ou les mêmes envies.

Néo-colonialisme, condescendance ? Le débat est ouvert.

Actif / passif

Retour en arrière : il y a 10 ans, au Pré Saint Gervais, au cœur de l'été parisien et en plein air - c'est important, nous avions découvert Tinariwen, gratuitement, radieux, chaud bouillotte et devant un public très enthousiaste. 10 ans plus tard, affublés de la récompense citée ci-dessus et flanqués d'une couverture médiatique dithyrambique, auraient-ils chopé le boulard au point de livrer des sets décevants et paresseux ? Nous ne le pensons honnêtement pas. Mercredi soir, d'une : ils ne jouaient ni dans un parc ensoleillé, ni dans un stade surchauffé. Mais dans une salle de taille moyenne, équivalente d'une Cigale ou d'un Stéréolux. Et deuxio, même si le concert pouvait manquer de piments, d'élans et d'emportements ou bien, nous en convenons, paraître par moments décevant rapport à des morceaux tutoyant la trans et stoppés nets et trop vite dans leur course, il n'en reste pas moins estimable.

Et puis, soulignons-le, insistons, un live, c'est aussi un moment de partage, d'échange, de vases communicants. On peut ainsi tout reprocher à un artiste, un groupe. Les critiques, fondées parfois, visiblement ne manquent pas pour le cas Tinariwen made in Angers. Mais si la salle ne suit pas complètement, ce qui fut le cas mercredi au Chabada, les torts sont alors partagés. Un live, c'est comme le sexe : si le passif/spectateur est une planche, l'actif/l'artiste s'ennuie. Selon nos informateurs, le filage précédant le fameux concert était pourtant percutant. Le passage à la Nuit zébrée de Nova, la semaine dernière, fut convaincant.

A Angers, ville si sage, tellement douce, si timide, il en va indéniablement différemment. A quelques variantes près, nous cautionnons cette remarque d'une habituée de soirées dans les fosses locales : "le public angevin est difficile à faire remuer". Nous ajoutons ; de plus en plus. Malheureusement. Peut-être Abdallah Ag Alhousseyni, chanteur et guitariste, l'a t'il ressenti lançant régulièrement, avec le sourire et rappelant par là-même son surnom : "c'est pas la catastrophe". Ni un fiasco. Mais une démonstration supplémentaire que la Cité du Roi René doit se dérider. Et vite.

Merci à Fred Lombard d'indiemusic.fr pour ses photos. Retrouvez son point de vue, sa galerie et ses vidéos sur le site indiemusic.fr












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