« Tout le secteur de la construction attend la reprise »

Interview - Nicolas Visier, délégué général d'Atlanbois


Rédigé par Yves BOITEAU - Angers, le 23/09/2014 - 10:02 / modifié le 23/09/2014 - 19:49


Unique en son genre à sa création en 1999, le salon Maison Bois d’Angers est devenu un formidable vecteur de communication et d’émulation pour toute la filière bois en Pays-de-la-Loire. A la veille de sa 16e édition (26-29 sept), son créateur et chef d’orchestre, Nicolas Visier, fait le point pour Angers Mag.



Nicolas Visier est le délégué général d'Atlanbois.
Nicolas Visier est le délégué général d'Atlanbois.
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Pouvez-vous nous présenter Atlanbois ?

« Atlanbois est une association interprofessionnelle de la filière bois en Pays-de-la-Loire qui existe depuis 25 ans. L’objectif est de regrouper toutes les entreprises travaillant le bois dans la région, depuis l’exploitation forestière jusqu’à la construction bois, en passant par la scierie, la charpente, le meuble, des architectes, des bureaux d’études, des maîtres d’ouvrages aussi… Ça représente plus de 400 entreprises adhérentes. »

Quelque chose vous différencie-t-il des autres interprofessions bois de France ?

« Ce qui est un petit peu singulier, c’est que nous avons fait le choix d’ouvrir au maximum notre association en nous adressant aux utilisateurs et directement aux chefs d’entreprises là où d’autres se limitent aux syndicats des charpentiers, des scieurs, des forestiers etc… Nous avons aussi des organisations collectives mais l’adhésion directe permet à l’entreprise de venir avec ses projets et ses envies. Je le dis parfois, mais sans aucun caractère péjoratif, Atlanbois, c’est un peu l’auberge espagnole. On vient y chercher des choses, mais aussi en apporter. Et c’est bien ce qui nous a fait avancer depuis 25 ans. »

Que pèse le bois en terme d’emplois ?

« Au niveau national, c’est plus de 450 000 emplois. En Pays-de-la-Loire, ça représente 30 000 emplois et un réseau de 4 000 entreprises très diffus sur l’ensemble de la région. C’est une filière majeure qui est finalement peut connue par rapport à sa représentativité économique. »



"L'histoire de la filière s'est écrite aussi récemment"

Quand on pense forêt et ressource bois, on ne pense pas spontanément Pays-de-la-Loire. Qu’est-ce qui caractérise la filière chez nous ?

« Avec à peu près 10 à 11 % de boisement pour une moyenne nationale d’environ 28 à 30 %, c’est vrai que notre région est peu boisée. Par contre, on est une région historique de transformation qui importe depuis longtemps du bois d’autres territoires mais aussi d’autres pays, via le port à bois de Nantes. Ici, la filière couvre donc un champ très large d’activités : ameublement, construction mais aussi aménagement, allumettes, papiers, cartons… Les tissus industriels de la Vendée et d’une partie du Maine-et-Loire ont joué un rôle clef dans ce développement avec des entreprises de transformation qui, après la Deuxième guerre mondiale, se sont spécialisées. Mais l’histoire de la filière s’est écrite aussi récemment. »

Pouvez-vous nous citer quelques exemples d’entreprises emblématiques ?

« Je ne peux pas oublier l’entreprise Piveteau en Vendée, dont le responsable – Pierre Piveteau - a présidé Atlanbois pendant de nombreuses années. C’est au départ une menuiserie qui devient une scierie, puis une très grosse scierie à taille européenne. C’est surtout une entreprise qui a intégré très loin la logique de l’économie circulaire, en valorisant le matériau à la fois pour la charpente, la menuiserie, l’énergie, pour produire de l’électricité… On pourrait citer aussi la très belle histoire des meubles Gauthier, toujours en Vendée. Si on parle du Maine-et-Loire, je pense à ACB (Angevine de Construction Bois) à Etriché qui a connu un fort développement en quelques années. Mais on pourrait en citer de nombreuses autres. »

Restons sur le Maine-et-Loire. La filière bois s’y développe-t-elle de façon particulière ?

« Il y a un point assez singulier en Anjou, c’est la présence forte du peuplier et, parallèlement, d’une industrie de transformation, peu connue, qui produit de l’emballage. Ce peut-être de l’emballage léger ou de l’emballage utilisé en déroulage pour l’industrie, ce qui d’un point de vue environnemental est tout à fait intéressant. Le peuplier est une essence extrêmement importante dans la région. »

Maison bois : de 1% à 10% de permis de construire en dix ans en Pays-de-la-Loire

« Tout le secteur de la construction attend la reprise »
Atlanbois fait surtout parler d’elle une fois dans l’année, via le Salon Maison Bois. Comment est né ce salon ? Et pourquoi avoir choisi de l’organiser à Angers ?

« Depuis vingt ans, antérieurement au salon Maison Bois donc, Atlanbois pilote un autre événement entièrement professionnel à Nantes, le Carrefour International du Bois. Nous y avons senti rapidement qu’il y avait une carte à jouer, pour le grand public, sur la maison bois. C’était une idée nouvelle et personne ne l’avait jamais exploitée jusqu’alors. Bien que basé à Nantes, on a eu envie de la proposer ailleurs d’où le démarchage du Parc Expo d’Angers en 1998. Ses responsables nous ont ouvert tout de suite leurs portes et dès 1999, nous avons démarré avec une petite cinquantaine d’exposants à l’intérieur même du salon de l’habitat et de l’immobilier. Banco ! Ça a tout de suite marché. »

Pourquoi ?

« La réussite d’un salon, c’est la rencontre entre une offre et la demande. D’un côté, quelques charpentiers, adhérents d’Atlanbois, se sont réunis et ont joué le jeu. Et de l’autre, le public de la région – où le marché de la maison individuelle a toujours été fort - a plébiscité leur travail. En 2000, on a remis ça et petit à petit, l’événement s’est développé. Tant et si bien qu’il a fallu le déconnecter au bout de sept ans, car nous n’avions plus la place pour accueillir le public au Parc Expo. Ce qui est remarquable, c’est que toute la France du bois est venue voir à Angers ce que l’on faisait et on a découvert qu’un salon pouvait être à l’origine de l’écriture d’une histoire. En dix ans, on est passé de 1 % de permis de construire de maisons individuelles en bois à plus de 10 % en Pays-de-la-Loire. »

Comment l’histoire a-t-elle évolué ?

« On s’est énormément structuré autour du salon en fédérant chaque année plus d’exposants et d’entreprises, depuis le constructeur jusqu’au architecte. Assez rapidement, le maire d’Angers de l’époque, Monsieur Antonini, nous a dit : « la maison, c’est bien mais il faudrait faire des choses plus denses ». On s’est lancé dans le logement collectif, aidé par la Région Pays-de-la-Loire, qui voyait bien elle-aussi que cette histoire fonctionnait. On a donc construit des maisons au sein du salon et puis un petit collectif. La progression est restée très forte jusqu’en 2008. »

Qu’est-ce qui explique le tournant ?

« C’est principalement la crise des subprimes aux Etats-Unis, qui a complètement ralenti les dépôts de permis de construire. On l’oublie, mais en 2008, il était devenu beaucoup plus difficile de bénéficier de prêts. Une autre raison est que le besoin de visibilité de la maison bois est devenu moins fort, du fait même de son développement. En dix ans, le nombre de revues spécialisées a explosé et Monsieur Google a fait son œuvre aussi… Le salon n’est plus le seul lieu où on peut trouver de l’info sur la maison bois. »

Devant le nouveau siège d'Atlanbois sur l'île de Nantes, une vitrine architecturale pour tous les professionnels de la construction bois.
Devant le nouveau siège d'Atlanbois sur l'île de Nantes, une vitrine architecturale pour tous les professionnels de la construction bois.

Bois énergie : "Maintenant, on calme un petit peu le jeu"

D’où un nouveau rapprochement avec le salon de l’habitat et de l’immobilier…

« Complètement. De 2008 à 2010, on voit bien que le nombre de visiteurs baisse, que les entreprises se montrent plus réticentes à mettre de l’argent dans la communication. Après sept années en duo, puis sept années seul, on a donc fait le choix de revenir avec le salon de l’habitat en 2013. C’était une année difficile car le parc des expositions était en travaux. Mais nous allons en bénéficier pour cette édition puisque nous allons repositionner notre salon dans le nouveau hall Ardesia, avec une entrée indépendante. On est en phase de reconstruction avec une conjoncture qui, malheureusement, n’est pas facile. Tout le secteur de la construction attend la reprise. »

Est-ce plus difficile pour le bois ?

« Du fait de la bonne image de notre matériau, de ses performances écologiques et énergétiques, de la démocratisation du bois, on couvait le secret espoir de réussir à mieux résister et continuer à gagner des parts de marché. Mais les choses ne sont pas si simples, parce que c’est dur pour tout le monde. Simplement, nos entreprises ont considérablement augmenté leurs capacités de production et seront prêtes le moment venu. Il y a une exception, ce sont les travaux d’agrandissement qui fonctionnent mieux que la maison individuelle ex-nihilo. Parce que justement, faute de transaction, beaucoup de propriétaires améliorent la leur, en ajoutant ici une surélévation, là une véranda, une nouvelle pièce en bois… On le voit notamment en ville. Economiquement, sur ce marché, la légèreté du matériau, les capacités de préfabrication, sont extrêmement bien adaptées. »

Et votre contribution au grand chantier de la rénovation thermique ?

« On y travaille mais ça avance un peu moins vite qu’on le souhaiterait. Ré-isoler sa maison, son bâtiment en l’enveloppant d’un mur manteau pour consommer moins d’énergie, c’est pourtant un besoin qui peut concerner beaucoup de propriétaires. On est aidé pour cela par la nouvelle réglementation thermique mais il manque encore un petit peu de moyens car ce n’est pas donné, non plus. »

Un mot sur l’ameublement, où en est le marché ?

« C’est une histoire différente de la maison bois. On est une région qui a compté beaucoup d’entreprises et de fleurons de l’ameublement mais qui a souffert de la concurrence, au départ des Pays de l’Est, ensuite de la Chine et puis aussi des autres matériaux. Le meuble massif était à la mode il y a 30 ans, aujourd’hui, il ne l’est plus du tout. Ses producteurs ont vécu une période très compliquée, beaucoup ont fermé ou réduit la voilure. Nous, on pense que le meuble en bois a de belles perspectives de redéveloppement, si on ramène du design, de la création et des choses modernes adaptées au mobilier. »

Et le bois énergie ?

« En Pays-de-la-Loire, on est parti de loin, notamment au niveau des collectivités. Il y a huit ans à Atlanbois, on a décidé de travailler sur le développement de ce secteur en embauchant un ingénieur et notre équipe a grossi jusqu’à quatre personnes pour faire face aux besoins. On s’est appuyé sur le savoir faire des entreprises et sur une conjoncture favorable avec un soutien public important. La progression a été très forte autour du bois « plaquettes » puis du granulé ces trois-quatre dernières années. Maintenant, on calme un petit peu le jeu et on fait attention à ce que cet engouement-là ne dépasse pas ce qu’il est possible de faire. On essaie de rester sur des projets moyens, d’accompagner les collectivités, mais pas d’énormes projets comme certains ont voulu le faire, pour rester à la hauteur de notre ressource. »

Habitat, Maison Bois, Immobilier : trois salons en un

24 000 visiteurs y avaient été enregistrés l’an passé. Du 26 au 29 septembre, le Parc des Expositions d’Angers va retrouver l’effervescence du premier grand salon professionnel de sa saison. De leur côté, les acteurs de l’habitat et de l’immobilier de la région vont pouvoir juger, non sans une certaine appréhension, de l’état de leurs marchés. Isolation, couverture, revêtements de sols, chauffage, climatisation, salles de bains et sanitaires, cuisines, domotique, ameublement etc… Tout ce qui compose et habille notre habitat, sans oublier tous ceux qui œuvrent en amont de la construction (maitres d’œuvres, architecteurs, constructeurs…), y seront représentés par des centaines d’exposants. Le design sera à l’honneur via une exposition « vintage » qui fera écho aux salons des arts ménagers des années 50, dont les tendances et les couleurs émergent à nouveau aujourd’hui. Reconnecté au salon de l’habitat l’an passé, le salon Maison Bois occupera le hall Ardesia et accueillera, comme chaque année, les lauréats du Prix National de la Construction Bois qui met en lumière les projets de bâtiments les plus innovants et performants de l’année.

Vend 26 sept : 10 h-20 h. Sam 27 / Dimanche 28 : 10 h-19 h. Lundi 29 sept : 10 h-18 h. Plein tarif : 6 €. Tarifs réduits : 4 € (cartes Cezam, cartes Partenaires), 2 € (tarif scolaires et étudiants). Gratuit - moins de 16 ans accompagnés de leur famille.

www.salon-maison-bois.com/
www.habitat-angers.com/












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