True Grit : règlement de conte à la Coen


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Vendredi 11 Mars 2011 à 07:31


Le 17ème film des frères Joël et Ethan Coen est un western qui renoue avec les racines du genre tout en innovant. Adaptation du roman du même nom de Charles Portis, "True Grit" est aussi le remake du film de Henry Hathaway, "Cent dollars pour un shérif". Au programme, paysages désertiques de l'Arkansas, atmosphère virile et vengeance de jeune fille.



la rédaction vous conseille
Rooster Cogburn (Jeff Bridges), un justicier qui a de la bouteille
Rooster Cogburn (Jeff Bridges), un justicier qui a de la bouteille
Les frères Coen aiment raconter les histoires de leur patrie, les Etats-Unis. Après "O'Brother, Where Art Thou ?" (2000) qui suivait trois joyeux lurons dans le Mississipi profond de la fin du XIXème siècle, le western, dont on retrouvait les traits de caractère dans leurs précédents films, était un passage obligatoire.

Celui-ci raconte l'histoire d'une jeune fille, Mattie Ross, qui décide de venger son père après que son lâche employé, Tom Chaney, l'a assassiné pour deux pièces d'or. Pour cela, elle engage le marshall Rooster Cogburn et elle est suivie par le Texas Ranger, Labœuf. L'histoire est narrée par la voix de Mattie, mais derrière elle on sent les deux frères réalisateurs très présents.

Tout le film est en effet un vaste conte. Et en bons conteurs, les Coen commencent par planter le décor. La petite ville de Fort Smith est impressionnante de réalisme. Ensuite ce sont les personnages que l'on introduit. Mattie a 14 ans et déjà l'assurance et le cran du Marshall Cogburn, mais encore la fraîcheur de Labœuf. Dans ce monde très viril, l'héroïne joue le rôle d'arbitre. Lettrée, connaissant les lois sur le bout des doigts, elle n'hésite pas à se confronter aux hommes qui la jugent d'abord comme une enfant puis cèdent le plus souvent devant son autorité naturelle. La scène où elle négocie avec un marchand de chevaux procure beaucoup de plaisir.

L'histoire est aussi un voyage, un horse-movie, à travers les plaines et les montagnes de l'Arkansas qui fournissent de magnifiques plans larges. Peu à peu le spectateur découvre que les personnages ne sont ni des brutes, ni des bons, ni des truands mais un peu de chaque. Le marshall devient une brute lorsqu'il boit et le méchant acolyte de Tom Chaney respecte les droits de Mattie lorsqu'il la capture. Le film compte aussi beaucoup de références, notamment l'emprunt de la musique culte du film "La Nuit du Chasseur" de Charles Laughton, "Leaning on the Everlasting Arms". Après la rivière qui sépare le territoire indien de celui des cow-boys, les trois chasseurs de prime rencontrent aussi plusieurs personnages secondaires comme le médecin-ours, les trappeurs mal dégrossis et les bandits trop méchants pour être vrai.

Ainsi, les réalisateurs continuent de s'inspirer d'Homère dont ils avaient adapté "l'Odyssée" dans "O'Brother", transmettent et rendent hommage à son art de conteur et de poète.

La portée du film s'accroît grâce au jeu des acteurs tous impeccables, avec une mention spéciale pour Jeff Bridges et Matt Damon qui donnent un aspect sincère à leurs rôles.

L'art des Coen, c'est de renouveler le western, sans pour autant mettre au placard les fusillades, les longues chevauchées, les dialogues corsés, et sans oublier le whisky, qui sont les marques de fabrique du genre.

« True Grit » est un voyage qui a du cran et à voir absolument !

Tristan.



LES TAGS : True Grit










Angers Mag