Twixt : vampires et fantômes du passé


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Vendredi 20 Avril 2012 à 09:28


Hall Baltimore arrive dans une ville, Swann Valley, pour promouvoir son dernier roman. Épuisé de se cantonner aux histoires de sorcières, Hall souhaite changer de registre et trouve dans la mystérieuse affaire de meurtre relatée par le shérif du coin (Bruce Dern) le sujet idéal. En panne d'inspiration, l'écrivain va directement la puiser dans ses rêves, où il rencontre Virginia (Elle Fanning), une jeune adolescente, et Edgar Allan Poe (Ben Chaplin).



Hall Baltimore (Val Kilmer) et Virginia (Elle Fanning)
Hall Baltimore (Val Kilmer) et Virginia (Elle Fanning)
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Une sculpture d’ours fauché, des maisons aux portes fermées, quelques commerces, un beffroi doté de 7 cadrans, mais surtout l’absence de vie, le gris. Dès les premières minutes, un long panoramique glisse sur la ville, accompagné d’une voix rauque et abîmée qui ne présage rien de bon. Nous sommes mal à l’aise, plongés dans une atmosphère gênante, inquiétante. D’ailleurs, on nous le dit, les habitants n’aiment pas être dérangés…

Mais alors qui peut bien venir ici ? Hall Baltimore, présenté comme « le Stephen King de bas étage », écrivain de livres sur les sorcières, un peu bouffi, un peu "has been", venu faire la promotion de son livre et qui se retrouve comiquement dans une quincaillerie où personne ne s’intéresse à lui. Personne, sauf le shérif qui l’encourage à enquêter et écrire sur le meurtre d’une jeune fille, un pieu enfoncé dans son buste…

La bande son avec les corbeaux rappelant « Les Oiseaux », le beffroi à 9 cadrans qui n’indiquent pas la même heure, les adolescents du lac, les vampires, la ville hantée, le meurtre … le film s’annonce donc comme un thriller macabre. Cependant, Coppola nous surprend et arrive à allier plusieurs dimensions. La première est celle de la réalité, à la fois comique et satirique. L’atmosphère est chaude, les nuances automnales et surtout l’humour, l’ironie sont présents. On pense notamment au personnage du shérif déluré et dérangé, mais encore à la scène où Hall fortement alcoolisé cherche l’inspiration. Cependant au delà de la peur de la page blanche, le film touche des sujets plus profonds, plus intimes. Hall se révèle en effet être un père brisé par la mort de sa fille et ravagé par la culpabilité. La création artistique sera pour lui, comme pour Edgar Allan Poe, une façon de transformer sa souffrance, de l’exorciser, de ressusciter des fantômes. Cette création, l’écriture de son livre, se fera à la façon des surréalistes, dans son inconscient par le biais de rêves...

Dans ses rêves, univers merveilleux à la Tim Burton, l’ambiance lunaire, en dégradé de gris, contraste avec la réalité. Elle est bleutée et dégage une aura empreinte de mélancolie. Le film atteint une force poétique rare grâce aussi à de longs mouvements de caméra et des ralentis. Il atteint alors le sublime, lorsque les enfants assassinés, silhouette d’un blanc pur, sous cette ambiance si particulière, jouent au ralenti comme s’ils dansaient…

Des taches de couleurs vives apparaissent parfois dans le plan. Par exemple dans cette scène d’une étonnante beauté où le jaune acide du citron s’allie au rouge sang.

Dans ces rêves, Hall est guidé par Edgar Poe et Virginia, une jeune fille devenue fantôme, d’une beauté diaphane, gracile et lumineuse. Elle sera à la fois personnage de son livre, la jeune fille au pieu de la réalité, mais aussi et surtout le reflet de sa fille. La réalité, les rêves, l’écriture s’entremêlent tout au long du film. Nous passons en un clin d’œil du rire à l’effroi et à l’admiration.

« Twixt » est conte gothique d’une beauté effroyable teintée d’humour, de magie et de poésie qui subjugue et transporte le spectateur là où il ne s’attend pas...

Juliette.


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