Un « Miam Miam » sans pitié pour les zygomatiques


Rédigé par - Angers, le 02/07/2010 - 19:54 / modifié le 05/07/2010 - 11:46


Jeudi soir, aux arènes de Doué-la-Fontaine, la fraîcheur du début du Festival d’Anjou 2010 n’était plus qu’un lointain souvenir. « Miam Miam » , le spectacle délirant d'Édouard Bear, interprété avec rythme par une dizaine de comédiens, a rapidement fait oublier la moiteur de la soirée et emballé le public.



« Y a pas de petites idées, y a que des petites gens », bel exemple de l’humour absurde dont rafole Edouard Bear, maître en la matière.
« Y a pas de petites idées, y a que des petites gens », bel exemple de l’humour absurde dont rafole Edouard Bear, maître en la matière.
la rédaction vous conseille
Après « La folle et véritable histoire de Luigi Prizzoti », jouée au château du Plessis-Macé lors du festival d’Anjou 2007, Edouard Bear revient cette année avec Miam Miam. Il s'agit d'une pièce tout aussi hilarante et absurde que la précédente, toujours en compagnie du personnage de Luigi et d'une pléiade de compagnons de scène tous plus loufoques les uns que les autres.

L'histoire est on ne peut plus simple, mais vue par Bear elle prend tout de suite une autre dimension. Luigi et sa troupe de comédiens relèvent le défi de transformer leur théâtre en déconfiture, en un restaurant plutôt branché, le tout en quelques heures seulement, avec peu de moyens, mais une montagne d’énergie et d’imagination. L’organisation de cette métamorphose du lieu est prétexte à un enchaînement de sketchs burlesques, emprunts d'un humour absurde, où chaque comédien interprète plusieurs personnages.

Monsieur Sémir qui n'est autre qu'Atmen Kelif, l'un des membres de la troupe comique des Deschiens, loue initialement le pseudo restaurant pour un dîner de l’association « La main qui parle », avec les jeunes du quartier. Parce qu'il a travaillé vingt-cinq ans dans la restauration, il se retrouve ipso facto engagé par Luigi pour préparer le repas aux invités d'un second client, venu réserver pour une soirée chic. « J’étais à la cantine scolaire. Je faisais la plonge », précise-t-il, déclenchant un éclat de rire général, côté spectateurs. On le retrouve un peu plus tard dans l’histoire, en train de dialoguer avec un cochon en peluche. « Pas de syndrome de Stockholm, on ne sympathise pas avec la nourriture », le met en garde Luigi. Le ton est tout de suite donné, C’est du grand Bear, avec un sens inné de la fantaisie, une grande aisance sur scène et une verve inépuisable qui a fait tomber sous le charme l'ensemble des spectateurs des arènes de Doué.

Edouard Bear passant en revue les employés fous dingues de son pseudo restaurant
Côté personnages loufoques, il y a Papinou, cette marionnette cochon en peluche, qui sort d’un panier à costumes et accessoires, en discutant. « Un morceau de pâté à pattes », se désole Luigi. Wilfried, petite marionnette en costume rouge et à différents visages, tente de trouver sa place dans ce méli-mélo improbable de personnages et de cocasseries. Et surtout Philippe Duquesne, également des Deschiens, tour à tour comédien en costume 1900, devisant sur les bonnes mœurs et les rondeurs des femmes au début du spectacle, voix de Papinou ou encore caricature de paysan censé livrer les légumes frais au restaurant.

Bear alias Luigi s'attaque à tout ce qui fait recette et provoque l'hilarité générale de l'assemblée comme cette imitation du Général de Gaulle : « les porcs brisés, les porcs martyrisés, mais les porcs libérés ! », ou encore la référence à la religion, lorsqu’il évoque l’arrivée en France de Monsieur Sémir, « il a traversé la Méditerranée à pied, avec un « Jésus kit » pour marcher sur l’eau ».

La musique et les chansons ne sont pas en reste, avec un véritable accompagnement au piano, présent dès le début de la pièce sur le côté de la scène, un morceau à la guitare sèche ou encore du xylophone grâce à des verres colorés aux sonorités distinctes. Ainsi, Manon, la serveuse, lit le menu en chanson au futur client, et Luigi de se justifier : « Oui, deux emplois, un salaire, c’est la politique du Miam miam ».

Telle une pièce de Beaumarchais, la soirée se termine en chanson, celle du Miam miam, reprise en chœur par les dix comédiens de la troupe, qui concluent sur un « demain j’aurais encore faim », clin d’œil à la FIN du spectacle, laquelle se termine avec des spectateurs debouts, applaudissant à tout rompre. On vous l'avait dit, c'était du grand Bear...

A noter, pour ceux qui n’auraient pas réussi à se procurer une place pour l’une des trois représentations du festival d’Anjou 2010, lesquelles affichaient complet, Miam miam revient sur la scène parisienne du théâtre Marigny, dès septembre prochain.



















Angers Mag