"Un bon imam, enfant de France, c'est une denrée très rare"


Rédigé par - Angers, le 14/02/2015 - 15:24 / modifié le 13/03/2015 - 10:18


Au lendemain de la démission d'Abdel-Rahmène Azzouzi et alors que se tient ce samedi à Angers, un rassemblement contre l'islamophobie, Mohamed El Hourch, le porte-parole de l'Association des musulmans d'Angers, répond aux critiques de l'ex-conseiller municipal d'Angers et fait le point sur le projet de construction de la mosquée d'Angers.



"Un bon imam, enfant de France, c'est une denrée très rare"
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La communauté musulmane d’Angers est-elle désorganisée, comme le laisse entendre Abdel-Rahmène Azzouzi ?
"Il sous-tend que les responsables de l’Association des musulmans d’Angers (AMA) ne sont pas à la hauteur, notamment dans la conduite du projet de mosquée. Or, que se passe-t-il après 34 années d’existence de cette association ? Les travaux avancent enfin : nous abordons la deuxième phase. Les comptes, contrairement à avant, sont transparents -nous avons un expert-comptable- et au sein du conseil d’administration, chacun à sa sphère de responsabilité. Moi, par exemple, je suis le porte-parole chargé des relations extérieures, c’est la raison pour laquelle je suis devant vous aujourd’hui. Et c’est aussi à ce titre que je rencontre les autorités compétentes, la mairie, la préfecture, toutes les administrations qui ont un lien pour la construction de la mosquée."

Donc la communauté musulmane n’est pas désorganisée ?
"Par « désorganisé », je pense qu’il a voulu pointer le fait que, comme dans beaucoup d’organisations ou partis politiques au passage, il y a des divergences sur certaines orientations. Bien entendu. Au sein de l’AMA, certains ex-dirigeants se retrouvent dans une forme d’opposition."

Il s’agit de divergences religieuses, communautaires ou d’égos ?
"En pointant le rôle du consulat du Maroc, Monsieur Azzouzi vise implicitement la place des Marocains. Je regrette ces paroles qui n’engagent que lui. Mais l'un des points de clivage est ailleurs. A notre arrivée il y a deux ans, la nouvelle équipe de l’AMA a fait un état des lieux. Et s’est aperçue d'une lacune primordiale : l’absence d’un vrai dirigeant pour la prière. Exactement comme si vous étiez dans un avion avec des voyageurs, et qu’il n’y avait pas de pilote."
 
Le rôle de l'imam : "Il n’est pas là pour faire de la politique ou pour s’immiscer dans la vie de l’association."

Vous voulez-dire qu’il n’y avait pas d’imam stable à la mosquée ?
"Il n’y avait jamais d’imam stable à la mosquée. Qu’est-ce qu’on a fait ? On s’est retourné vers le Ministère de l’intérieur qui a autorité sur ce genre de décision en France. Mais qui n’a pas pu nous en mettre à disposition. Un bon imam, enfant de France, c’est une denrée très rare aujourd’hui. On s’est donc donné trois critères de recherche : 1. Qu’il soit qualifié, c’est-à-dire formé avec au minimum un Master 1 en théologie. Ce qui n’est pas suffisant pour assurer le prêche. 2. Qu’il soit compétent. Ce qui s’acquiert par l’expérience, c’est-à-dire la mise en application des connaissances théoriques, sur le terrain. Bref, qu’il ait fait ses classes. 3. Qu’il soit habilité. Parce qu’on a des qualifiés qui ne sont pas compétents et des compétents qui ne sont pas qualifiés. L’habilitation, c’est la reconnaissance par une autorité compétente."

Qui en l’occurrence ?
"Dans le monde musulman, deux universités font autorité: l’université Al-Azhar en Egypte, bien sûr, et l’Institut Mohamed VI à Rabat au Maroc, qui fournit pour toute l’Afrique des imams aujourd’hui, en parfaite concertation avec les autorités du pays. C’est lui que nous avons sollicité pour trouver un imam qui nous corresponde. Cet imam a fait ses classes à Blois, il a réussi son concours bien sûr, et il est là pour diriger la prière, pour répondre à des thématiques spécifiques en lien avec la religion mais il n’est pas là pour faire de la politique ou pour s’immiscer dans la vie de l’association. Nous avons une convention avec lui pour définir et maitriser sa sphère de responsabilité."

Abdel-Rahmène Azzouzi lui fait le reproche de ne pas parler français, de ne pas connaître la culture française…
"Ce qui est étonnant, c’est qu’il est arrivé depuis de nombreux mois et qu’il est parfaitement accepté par la communauté musulmane. Sauf par Monsieur Azzouzi. Quand il n’y avait rien, ça n’allait pas. Et maintenant qu’il y a quelqu’un qui est apprécié, ça ne va pas non plus. Dans sa tribune, Monsieur Azzouzi dit que « le préfet privilégie la gestion du culte musulman angevin par le consulat du Maroc, plutôt que par les dignitaires angevins d’obédience musulmane »… Qu’il nous dise quels sont ses critères de choix des dignitaires d’obédience musulmane. Ça me rappelle l’Inquisition quand les religieux ont interprété la Bible et déterminé ceux qui ne rentraient pas dans leur intervalle de confiance."

Ça veut dire que, pour vous, Abdel-Rahmène Azzouzi ne parle qu’en son nom ?
"Je vais vous dire franchement. Je suis très content quand je vois quelqu’un comme Monsieur Azzouzi, qui a bénéficié d’abord de l’école de la République, monter là où il est parce qu’il le mérite. Pour la communauté, c’est un exemple. Mais on attend de lui non pas de créer la polémique, mais d’être fédérateur. Il avait une légitimité d’élu à travailler de l’intérieur autour de ce projet qui doit être un trait d’union entre les musulmans et les non musulmans d’Angers."
 
Mosquée d'Angers : "A force de ne rien voir venir pendant 34 ans, les musulmans angevins avaient perdu espoir."

Revenons donc à la mosquée, quand envisagez-vous concrètement son ouverture ? Est-ce que vous-vous êtes fixé un objectif ?
"Notre espoir, c’est fin 2016-début 2017. Le terrassement est terminé. Hier matin (jeudi matin), nous avons eu une réunion avec le bureau d’étude pour éplucher les offres d’entreprises pour la maîtrise d’œuvre. La deuxième tranche consiste à poser les piliers, le sol jusqu’à à la planche soit 2 400 m2."

Il y a deux ans, le projet était chiffré à 8 millions d’euros. On parle aujourd’hui de 3,5 millions, pourquoi ?
"Parce que nous ne parlons et ne travaillons pour le moment que sur le bloc cultuel du projet et pas sur le bloc culturel. Celui-ci viendra en son temps, naturellement, j'en suis certain. 3,5 millions d’euros est donc la somme qu’a évalué le bureau d’études pour la partie cultuelle."

On comprend bien que c’est le financement qui rend incertain vos prévisions ?
"Oui. Mais tout est question de confiance. A force de ne rien voir venir pendant 34 ans, les musulmans angevins avaient perdu espoir. Maintenant qu’ils voient que ça avance et qu’ils savent à quoi sert l’argent, la confiance est revenue. Quand on a lancé les travaux, un donateur nous a donné 120 000€. Un autre nous a dit « j’achète toute la ferraille ». Ça se passe comme ça… Aujourd’hui, quand vous achetez un appartement, vous l’achetez sur plan… Ces deux donateurs ne seraient jamais venus vers nous si nous n’avions pas lancé les travaux."

Concrètement, il vous manque combien pour boucler votre financement ?
"1,5 millions à peu près. Mais nous sommes confiants. La deuxième tranche de travaux qui va commencer s’éleve à environ 800 000 euros mais je considère que c’est acquis."

Bénéficiez-vous de financement extérieur à la France ?
"Il n’y a pas de financement extérieur. Certains au sein de l'association sont en contact avec des dignitaires koweïtiens à qui nous pourrions faire cette demande. Mais nous ne sommes pas acculés à le faire. Maintenant, la loi ne l’interdit pas."

Vous ne fermez donc pas la porte à cette possibilité ?
"Non. Le principe que l’on se donne, c’est de ne pas dépasser 15% du montant par donateur, pour ne pas créer de problème d’influence."

Un rassemblement contre l'islamophobie ce samedi après-midi à Angers
 

A l'initiative de l'association Falsafa et d'une demi-douzaine d'organisations musulmanes (Collectif Contre l'islamophobie en France (Ccif 49), la Roue Solidaire, Qalam Al Nur, Association des Musulmans d'Angers (Ama), Association Culturelle des Musulmans de Trelaze...), un rassemblement est organisé à 14h, place du Ralliement ce samedi, pour dénoncer la montée de l'islamophobie en France. "Depuis le début de l'année 2015, plus d'une centaine d'acte islamophobe ont été recensés en France (...) A Angers, une jeune femme s'est faite agressée dans le tramway parce qu'elle était voilée. A Angers, des déclarations islamophobes ont été tagué sur des murs (lycée St Agnès, Fac St Serge, centre-ville), une incitation à la haine islamophobe a été écrite sur un abri bus dans le quartier du Grand Pigeon (...). Il est de notre devoir de sensibiliser la population angevine face à cette discrimination qui contamine de plus en plus notre société. Notre mobilisation est la seule solution pour faire obstacle à l'islamophobie structurelle. Soyons acteur de notre histoire ! Nous sommes aussi la nation !" justifient les organisateurs.





Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur





1.Posté par frédéric le 17/03/2015 16:48 | Alerter
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Quelle tristesse, ça finira en bain de sang et tout ça orchestré par les collabos qui contrôlent la France !








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