Un diner " dans le noir " au restaurant Le Lucullus à Angers


Rédigé par - Angers, le 16/03/2013 - 10:12 / modifié le 17/03/2013 - 15:51


Expérience unique, hier soir à Angers, dans la salle voutée du restaurant gastronomique de la Rue Hoche. 52 convives ont dîné dans l’obscurité la plus complète pour prendre conscience des difficultés que l’on rencontre lorsqu’on a perdu l’usage de la vue. Un projet monté par 8 étudiantes de la Catho en collaboration avec l’association Valentin Haüy, les Chiens guide d’aveugles de l’Ouest et l’Institut Montéclair à Angers.



Le chef de cuisine, Pascal Houssay, présentant l'une des assiettes servie au cours de la soirée
Le chef de cuisine, Pascal Houssay, présentant l'une des assiettes servie au cours de la soirée
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Hier soir, dans le restaurant le Lucullus, connu pour la qualité de sa cuisine, régnait une ambiance inhabituelle. Huit jeunes filles arborant des tenues sombres sur lesquelles on pouvait lire : « Il va faire tout noir », accueillaient les convives et dans le salon d’attente, à l’heure de l’apéritif quelques clients aveugles accompagnés de leur chien-guide, attendaient sagement qu’on les accompagne à leur table.

Tout était prêt pour entrainer la cinquantaine d’invités, parmi lesquels Rose-Marie Veron, conseillère régionale et adjointe au maire d’Angers, en charge entre autres du handicap et le président du Conseil Général de Maine et Loire, Christophe Béchu, dans une soirée dont ils se souviendront longtemps.

« La salle voutée du sous-sol se prête bien à l’exercice », explique l’une des organisatrices, étudiante en communication événementielle à l’ISCEA (UCO) et membre de Visibility, l’association créée dans le cadre d’un projet d’étude. « On peut y faire le noir complet. Les clients sont accompagnés jusqu'à leur table à l’aide d’une lampe de poche et ensuite ils sont plongés dans l’obscurité pour le reste du repas ».

Pas en permanence tout de même, car il faut assurer le service et déambuler entre les tables sans reverser un plat constitue un exercice à risque. « Les convives sont équipés d’un masque pour les yeux, (celui que l’on distribue dans les avions pour dormir - NDLR). Au moment du service on agitera une cloche pour qu’ils puissent mettre leur masque ».

La cause des handicapés visuels est-elle vraiment servie ?

Les convives amusés, mais toutefois inquiets étaient ravis de vivre cette expérience. « Nous avons déjà fait le test, le plus difficile ce n’est pas de manger, c’est de capter une conversation. Habituellement on s’adresse à son voisin en le regardant. Sans les yeux c’est difficile et il y a parfois de grands moments de solitude », s’amusait une organisatrice, toute émoustillée à l’idée de ce qui allait bien pouvoir se passer dans la salle entre les invités.

«Je trouve l’idée intéressante, ça permet de mieux comprendre les difficultés de nos amis aveugles », commentait Christophe Béchu. « Au contraire , lui répond Rose Marie Veron, les handicapés visuels disent que ça ne sert pas vraiment leur cause, car ce n'est pas tout à fait ce qu'ils vivent au quotidien ». Pour les mettre d’accord, disons que ça permet tout juste de faire prendre conscience. « Ce qu’il faut retenir c’est le travail de ces étudiantes pour mener de bout en bout leur projet. C’est plutôt une réussite », poursuit l’élue angevine.

Si le président arborait son habituelle chemise blanche, mais sans sa cravate, avec tout le risque que cela pouvait présenter, du côté de la cuisine on avait tout préparé pour éviter les projections. Seuls les verres de vin pouvaient présenter un risque, mais une personne aveugle avait pris place à chaque table pour conseiller les convives.

« Tous les plats, de l’entrée au dessert, sont préparés en timbale renversée dans l’assiette, sans sauce liquide, tout juste une petite déco, que les invités ne verrons pas. La joue de bœuf est découpée et les arêtes de la dorade ont été enlevées », explique Pascal Houssay le chef de cuisine et patron du restaurant. « C’est une expérience intéressante. Ce qui me plait c’est le dynamisme des organisatrices et l’originalité de ce diner ».

Le Lucullus, une des bonnes tables d’Angers, organise régulièrement des animations dans son restaurant et notamment des soirées musicales à la harpe ou des soirées dégustation de vin.

Un second diner « dans le noir » avec autant d’invités est organisé ce samedi soir 16 mars.




Yannick Sourisseau
Web Journaliste suivant plus particulièrement les technologies digitales Formateur technologies de... En savoir plus sur cet auteur















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