Un violon en Palestine : l'histoire de Shehada et Patrick Robin


Rédigé par Textes et photos Jean-Michel DELAGE - Angers, le Lundi 2 Mars 2015 à 07:41


Des Ponts-de-Cé à Ramallah, le maître luthier Parick Robin a supervisé un jeune Palestinien dans la fabrication d’un violon destiné aux meilleurs musiciens des écoles d’Al Kamandjati.



Premières notes, à Ramallah, sur le violon travaillé par Shehada et le luthier angevin Patrick Robin.
Premières notes, à Ramallah, sur le violon travaillé par Shehada et le luthier angevin Patrick Robin.
la rédaction vous conseille
Depuis une douzaine d’années, l’association angevine Al Kamandjati soutient le fonctionnement d’écoles de musique en Cisjordanie, en récoltant des instruments destinés aux élèves, ou en organisant sa soirée annuelle au Chabada, « Musiciens Pour la Palestine ».

Dernièrement, un jeune Palestinien a séjourné à Angers,  accueilli par Patrick Robin, maître-luthier aux Ponts-de-Cé. « Notre objectif était que Shehada fabrique un violon en six semaines », précise Patrick Robin, « avant que je n’amène l’instrument à Ramallah pour que nous puissions le terminer ensemble. »

Shehada, fils d’architecte, a découvert la lutherie par hasard. « Ma maison est située dans la vieille ville de Ramallah, juste à côté de l’école Al Kamandjati. Quand ils ont démarré, en 2005, je n’avais jamais entendu parler de musique. Notre quotidien, c’était l’occupation et les bruits de la guerre. (Intifada de 2000 à 2005, NDLR) », se souvient le jeune homme.

Elèves dans la même école !

Il commence par prendre des cours de violon et de oud. Mais très vite, ce sont les instruments qui le fascinent. « Quand des luthiers italiens ou français venaient l’été pour monter un atelier de réparation, je les observais, et eux me montraient. Jusqu’au jour où j’ai démonté un violon pour voir comment c’était fait. »
Un luthier italien l’a alors invité à Milan, dans son atelier, où il a fabriqué deux instruments, avant de suivre trois années d’apprentissage à la prestigieuse « Newark school of violin Making », en Grande-Bretagne… là même où Patrick a appris son métier, quelques années plus tôt !

Chaque jour, Shehada Shelaldeh, 24 ans, s’est ainsi rendu dans l’atelier  situé sur les bords de la Loire. Eclisses, table, creusage du fond, traçage des filets, sculpture de la tête… « Patrick et Viateur, son ouvrier, m’ont apporté beaucoup. J’ai appris à être plus précis et à ne négliger aucun détail », explique le jeune homme. Après le vernissage de l’instrument, Shahada a repris le chemin de Ramallah où il a retrouvé son atelier et les nombreux instruments en attente de réparation, vite rejoint par Patrick Robin, une fois le violon séché.
 

Patrick a découvert Ramallah, et l’atelier de Shehada -le premier luthier palestinien spécialisé dans les violons et les violoncelles- où il a vite fallu se mettre au travail : le violon devait être prêt pour le festival de musique sacrée, qui se déroule dans divers lieux de Palestine.
« Je tiens à ce que le violon reste en Palestine », insiste Patrick Robin

Poser les chevilles, le pont et l’âme du violon. Puis les cordes. C’est Patrick lui-même qui fait glisser l’archet. Les premières notes s’échappent, raisonnent sous les voûtes de l’atelier. Émotion. Shehada appelle sa sœur, Alla. La talentueuse élève d’Al Kamandjati sera la première musicienne à jouer quelques morceaux.

Le violon doit à présent trouver un mécène. « Je tiens à ce que le violon reste en Palestine », insiste Patrick Robin. « Si un particulier, une entreprise ou une institution pouvaient acheter l’instrument, afin qu’il puisse être joué ici par les meilleurs musiciens locaux, ce serait formidable. »
L’argent ainsi récolté permettrait d’améliorer l’atelier et d’acheter des outils à Shehada. Et du bois pour que naissent d’autres violons, d’autres suppléments d’âme.

Al Kamandjati

Al Kamandjati a été créé par Ramzi Aburewan. Durant la première Intifada, comme beaucoup d’enfants palestiniens, il jetait des pierres sur les soldats israéliens. Jusqu’au jour où, par hasard, il a rencontré la musique et plus particulièrement le violon. Son talent lui permet d’obtenir une bourse et de venir étudier au conservatoire d’Angers.

Diplôme en poche, il ouvre une école de musique à Ramallah. Aujourd’hui, Al Kamandjati est devenu une institution en Palestine : Après Ramallah, deux autres écoles ont vu le jour, à Jenin et Deir Ghassanah. Des cours sont aussi organisés dans les camps de réfugiés de Al Amari ou Qalandya, où des centaines d’enfants apprennent la musique classique ou orientale.

Le lien entre Angers et Al Kamandjati s’est perpétué : plusieurs musiciens  qui ont démarré au sein des écoles en Palestine sont venus au conservatoire d’Angers avant de repartir enseigner à leur tour.
www.alkamandjati.com.alkamandjati.com












Angers Mag












Angers Mag : #Angers Le directeur de Keolis Angers a été licencié pour fautes graves https://t.co/n6HJqX081U
Lundi 5 Décembre - 15:10
Angers Mag : Keolis Angers : Christophe Reineri a été licencié pour fautes graves: Trois semaines... https://t.co/d3ujV5hSiJ https://t.co/cPMN0twREP
Lundi 5 Décembre - 15:01
Angers Mag : Orphée aux enfers, mais aussi au Quai: Entretien croisé avec Jean-Paul Davois (directeur... https://t.co/NJjZLJnXMH https://t.co/pTRfJd77AD
Lundi 5 Décembre - 08:00
Angers Mag : Enseignement, quand l'instruction se "fait maison": Depuis trois ans, Barbara a décidé... https://t.co/2EbbolDZYe https://t.co/q2lbjICkRQ
Lundi 5 Décembre - 07:20







cookieassistant.com