Urbanisme : face aux changements climatiques, quelle politique ?


Rédigé par - Angers, le 12/12/2015 - 08:28 / modifié le 13/12/2015 - 14:56


Alors que s'achève ce week-end à Paris la 21e Conférence des parties (COP21), censée engager le monde dans un vrai plan concerté de lutte contre le réchauffement de la planète, les élus de l'agglomération d'Angers s'apprêtent à arrêter le projet de Plan local d'urbanisme communautaire. C'est ce document qui orientera toutes les politiques d'aménagement, d'urbanisme et de transports pour les années qui viennent sur le territoire angevin. A deux jours du vote, nous republions l'interview que nous avait accordée il y a quelques semaines Daniel Dimicoli, le vice-président d'Angers Loire Métropole en charge de l'urbanisme.



Daniel Dimicoli, vice-président de l'agglomération d'Angers en charge de l'urbanisme et de l'habitat.
Daniel Dimicoli, vice-président de l'agglomération d'Angers en charge de l'urbanisme et de l'habitat.
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Sur quelles grandes lignes repose aujourd’hui la prise en compte des changements climatiques dans la politique d’urbanisme de l’agglomération ? Quelles sont vos éventuelles nouvelles exigences ?

"Le parti pris d’ensemble du projet de Plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) œuvre dans le sens de l’adaptation aux changements climatiques (1). Sur les 33 communes qui composent l'agglomération, dont 75% de la superficie est occupé par des surfaces agricoles ou naturelles, le PLU forme un document unique qui intègre la politique des déplacements et celle de l’habitat. Il vise donc à une cohérence de l’action et de la programmation publiques en matière de déplacements, d’habitat et d’urbanisme.
Le projet repose en particulier sur une organisation multipolaire qui vise à concentrer l’urbanisation future autour de pôles de vie principaux : essentiellement le pôle Centre (Angers et sa première couronne) et les polarités, ces regroupements de communes qui concentreront habitat, emplois, services, commerces et rayonneront sur un bassin de vie plus large. Cette organisation multipolaire permettra de limiter les besoins de déplacements quotidiens et d’endiguer la péri-urbanisation. Le fait que les communes nouvelles se créent sur notre territoire, souvent là où nous avions imaginé des polarités, démontre la pertinence à organiser ces regroupements et à prioriser l’urbanisation sur ces secteurs."

Cette organisation peut-elle réellement favoriser la limitation des émissions de gaz à effet de serre ?

"Si le premier motif de ce choix d’organisation était de limiter la consommation de terres naturelles et agricoles, on voit bien aussi que cela nous permet d’être plus économe en matière de déplacements et donc d’émission de gaz à effet de serre. Par ailleurs, l’un des axes forts de ce PLUi est la prise en compte du patrimoine végétal et bâti. Toute une démarche a été lancée pour faire suite à l’annulation du PLU centre où le reproche a été fait à la collectivité de ne pas suffisamment prendre en compte les richesses patrimoniales existantes et surtout d’insuffisamment justifier les changements d’outils de protection mis sur ces éléments."

Quelle démarche précisément ?

"Un recensement méthodique des composantes végétales du territoire -arbres remarquables, haies, alignements d’arbres, cœurs d’ilots végétalisés, espaces boisés etc.-  a été fait entre 2010 et 2011 sur l’ensemble de l’agglomération, de manière à favoriser leur préservation. De même pour le patrimoine bâti identitaire, plus de 900 éléments -dont 300 sur Angers- présentant un caractère particulier ont été identifiés au-delà des monuments historiques, sites inscrits ou classés déjà inventoriés. Le parti pris essentiel est de dire ici : nous prenons conscience et partons des richesses végétales et bâties qui font la qualité de notre territoire avant d’asseoir de nouveaux projets.

Quid des déplacements ?

"Le volet déplacement du PLUI affiche un scénario de mobilité qui vise une réduction de la part relative de la voiture dans les déplacements de demain : d'ici à 2027, l'idée est de baisser significativement la part modale de la voiture de 60,3% à 52%. Cela constitue une diminution importante du volume de déplacements automobiles quotidiens (env. - 53 000 déplacements / jour). D'autre part, nous voulons encourager un report important vers les modes alternatifs à la voiture : de 2,8% pour les transports en commun, de 1,9% pour le vélo et de 3,7% pour la marche à pied.

Ce schéma présente les objectifs du scénario de mobilité du Plan local d'urbanisme intercommunal d'ici à 2027 (source : Angers Loire Métropole).
Ce schéma présente les objectifs du scénario de mobilité du Plan local d'urbanisme intercommunal d'ici à 2027 (source : Angers Loire Métropole).
Ce scénario repose sur la stratégie de développement urbain que j'évoquais -développement multipolaire, mixité et densité notamment pour le Pôle Centre- favorable au développement des modes doux, d’autant plus pour la marche à pied qui a connu une évolution positive sur la période 1998-2012. Il repose aussi sur les potentiels de croissance de la demande sur le réseau de transports en commun avec la mise en service d’une 2e ligne de tramway.

En matière de construction et d'habitat, pourquoi avez-vous souhaité, sur la ville d'Angers, assouplir les principes de densification choisi par ceux qui vous ont précédé ?

"Parce qu'il y a des endroits où cette densification se conçoit et d'autres, où elle ne se conçoit pas. Quand vous avez des quartiers à majorité de maisons, on ne va pas planter un immeuble de 15 étages à cet endroit là. On a voulu avoir une certaine cohérence sur le plan urbanistique tout en restant dans une logique de limitation de la consommation foncière. Que ce soit sur Angers ou dans les 1ere, 2eme ou 3eme couronnes, on ne souhaite plus avoir des terrains de 2000 m2, ce sont des terrains entre 250 et 600 m2 maximum. Et quand on repense le projet des Hauts-de-Saint-Aubin avec de la maison individuelle, ce sont des maisons individuelles groupées."
 
Le problème des îlots de chaleur se pose t-il aussi au niveau de l’agglo ? Si oui, pouvez-nous donner un ou plusieurs exemples ? Et quelles initiatives l’agglo compte-t-elle prendre pour y remédier ?

"On voit bien là que tout le travail fait sur le recensement du patrimoine végétal et les protections graduées qui seront instituées pour le préserver contribueront à préserver nos moyens de lutte contre le réchauffement climatique. Je pense évidemment aux grands parcs urbains que nous connaissons, mais au-delà de cela également à la végétation « plus ordinaire » qui ponctue notre paysage urbain et contribue à limiter les effets d’ilots de chaleur : les alignements d’arbres ou encore les jardins, ou cœurs d’ilot végétalisés sur Angers que nous avons identifiés et au sein desquels les possibilités de construire sont réduites."
 
Quelle place de manière générale pour la végétalisation ? Est-il souhaitable et possible de faire mieux que jusqu’alors ?

"Il est toujours possible de faire mieux, en matière de préservation de l’existant notamment. Nous sommes une des villes de France avec le plus fort ratio d’espaces verts par habitant et nous entendons préserver cette richesse. Au-delà de cela, il s’agit aussi de reverdir des quartiers trop minéraux et vous savez qu’en la matière nous avons des projets, notamment de re-végétalisation du centre-ville, au travers d’un parcours animé qui nous mènerait des hauts du centre-ville à la Maine. 
Mais le PLUi a aussi permis à toutes les communes de prendre conscience davantage et de façon plus cohérente de cette richesse globale, car ce même travail a été effectué sur les 33 communes. C’est important en termes d’équilibre et de cohérence.
"La marge de progrès essentielle porte sur la réhabilitation thermique du parc existant pour laquelle nous souhaitons toujours accompagner les particuliers par des dispositifs tel que le Programme « mieux chez moi »."

Quid du risque inondation aujourd’hui ? Qui assure le suivi du PPRI Confluence de Maine et pouvez-nous en rappeler deux-trois implications principales pour la politique urbanistique sur l’agglo ?

"Les communes restent compétentes sur la gestion du risque inondation, même si les textes changent et que le mouvement est une fois encore à la responsabilisation des intercommunalités dans la prise en compte d’une nouvelle compétence (la compétence dite « GEMAPI : gestion des milieux aquatiques et risques d’inondations »). Nous commençons à travailler le sujet à l’échelle de l’intercommunalité, un ingénieur vient d’ailleurs d’être recruté pour impulser tout un travail sur la gouvernance et la mise en œuvre de cette politique.
En matière d’urbanisme, le PLUi doit annexer les PPRi et proposer des règles d’urbanisme qui soient conformes à leurs prescriptions. Les PPRi constituant une servitude d’utilité publique, ils s’imposent de toute façon aux règles du PLUi. Il s’agit aussi pour le PLUi de répondre à un devoir d’information du public sur l’existence d’un risque. En l’espèce, nous prévoyons une trame spécifique qui se superposera au plan de zonage et indiquera les secteurs concernés par les PPRi."
 
En matière d’habitat, la prise en compte de la nécessité d’améliorer les performances énergétiques des bâtiments s’impose de fait aux constructions neuves. Comment jugez-vous son impact sur le territoire ? Peut-on faire mieux ? Surtout, comment faire pour porter l’effort sur le patrimoine existant ? Pour les particuliers comme pour les collectivités ?
 
"On peut effectivement difficilement faire mieux que la règlementation thermique en vigueur (RT 2012) qui s’impose de toute façon aux constructions neuves (pour mémoire cette nouvelle RT va au-delà du BBC de la RT 2005). Angers Loire Métropole, s’est emparé dès 2007 de cette thématique pour les logements sociaux neufs avec une double entrée : environnementale et économique. Economique pour inciter les maîtres d’ouvrage à anticiper sur la RT 2012, ce qui a permis aux architectes, bureaux d’études et à toute la filière du BTP de monter en compétences. Il a aussi s’agit de limiter le montant de la quittance globale des locataires grâce à des logements performants, économes en énergies (tous fluides). 
Néanmoins, la marge de progrès essentielle porte sur la réhabilitation thermique du parc existant pour laquelle nous souhaitons toujours accompagner les particuliers par des dispositifs tel que le Programme « mieux chez moi » ou encore les organismes HLM au travers notamment des opérations de renouvellement urbain.  En revanche, nous sommes limités par les dispositifs financiers d’accompagnement (ANAH, ETAT, etc.) et par nos propres budgets."

(1) Le calendrier de discussion du Plan local d'urbanisme intercommunal prévoit le vote de l'arrêt de projet le 14 décembre prochain, puis sa soumission à enquête publique pour une approbation définitive au courant du 1er trimestre 2017.




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