Vincent Segal : « Deux artistes qui dialoguent avec leurs instruments »


Rédigé par - Angers, le Samedi 10 Octobre 2015 à 08:23


Le Quai accueillera jeudi 15 octobre le violoncelliste Vincent Segal et le joueur de kora Ballaké Sissoko, pour un dialogue magique entre les deux instruments. Leur second album commun, « Musique de nuit », est dans les bacs, et confirme encore un peu plus l’accord parfait entre les deux artistes. Mais de cela, c’est Vincent Segal qui en parle le mieux.



Vincent Segal et Ballaké Sissoko. Crédit photo : Claude Gassian.
Vincent Segal et Ballaké Sissoko. Crédit photo : Claude Gassian.
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Vincent Segal, vous serez une nouvelle fois à Angers, au Quai, dans quelques jours. Vous allez finir par connaître la ville par cœur ?
 
« Je ne pense pas, même si c’est vrai que j’y suis souvent venu, notamment au Chabada, avec des projets très différents. J’y ai joué avec Matthieu (Chedid NDLR), Bumcello ou Seb Martel. Je me souviens aussi d’un concert au Chabada, avec Lhasa, ou d’un autre dans un petit théâtre de la région (le THV de Saint-Barthélemy NDLR), avec Piers Faccini. Et puis j’y ai créé une musique pour un spectacle de danse contemporaine d’Alain Buffard. D’une manière plus générale, je connais pas mal les groupes du coin, avec qui je collabore : Zenzile (pour le projet « Zenzile meet cello »), Lo’Jo (sur l’album « Cinéma el Mundo »)… »
 
En plus de tout ceux déjà cités, vous avez joué avec Cesaria Evora, Glenn Ferris, Ben Harper, Alain Bashung et bien d’autres. D’où vous vient cette envie d’explorer ces univers musicaux si différents ?
 
« Ça fait 40 ans que je fais du violoncelle, et j’ai toujours eu ça en moi. Au lycée, déjà, avec les copains, on jouait les curieux, multipliant les expériences musicales un peu partout dans Reims… Ce qui énervait d’ailleurs nos profs de conservatoire ! J’aime la musique, les concerts. Quand un projet me parle, je fonce. J’adore quand des artistes me sollicitent et me disent : « On aimerait bien que tu joues avec nous ! » Ça me permet d’écrire des histoires différentes à chaque fois… »
 
C’est ce qui s’est passé avec Ballaké Sissoko ?
 
« Oui. Il est venu me voir en 2005 à Amiens, après un concert avec Bumcello. Nous faisions tous partie du Label Bleu. Il m’a juste dit qu’il aimerait bien que l’on joue ensemble un jour, ce que l’on a fait de plus en plus régulièrement. Ballaké joue dans le monde entier et devait souvent passer par Paris pour prendre l’avion. Il venait passer une nuit chez moi, puis repartait. C’est très agréable de jouer comme ça un répertoire qui est à nous deux. »

Crédit photo : Claude Gassian.
Crédit photo : Claude Gassian.
L’exercice du duo est très particulier. Comment se sont passées vos premières rencontres musicales avec Ballaké ?
 
« Lorsque l’on joue en duo, on est toujours un peu sur la réserve, les premières fois. Il faut faire attention de bien écouter l’autre, sans quoi il ne peut pas y avoir de dialogue. Avec Ballaké, au fil du temps, nous sommes devenus amis, mais avec peu de mots. Quand deux artistes se rencontrent, il n’y a pas de parlote : on dialogue avec nos instruments. »
 
Votre premier album commun, « Chamber Music », n’est sorti qu’en 2009, quatre ans après votre première rencontre. Ça n’était pas une priorité ?
 
« Il fallait d’abord apprendre à se connaître. L’important pour nous était de jouer ensemble, ce que l’on a fait, entre 2005 et 2009, à travers des concerts. Au bout d’un moment, encouragés par Laurent Bizot, le directeur du label No Format, on s’est dit que ce serait bien d’enregistrer un album. C’est comme ça qu’est né,  « Chamber Music », dans mon local à Paris. Mais l’enregistrement d’album correspond plus à une envie qu’à une nécessité. C’est la même chose pour ce deuxième album « Musique de nuit » : avec Ballaké, nous avions envie de dire : « Voilà, on en est là de notre histoire en commun ». C’est une photographie de notre duo. »
 
On sent d’ailleurs que votre histoire a évolué : à l’écoute, votre dialogue n’est pas le même. Il y a mêmes des moments où l’on croirait n’entendre qu’un instrument ?
 
« Ça, ça me fait plaisir, car c’est exactement comme cela qu’on l’a ressenti. Lors de l’enregistrement du premier album, même si ça faisait quatre ans qu’on jouait ensemble, on n’aurait pas pu être aussi synchrones. En six ans, entre les enregistrements des deux albums, nous avons progressé, et l’esthétique a changé. »
 
Comment s’est passé justement l’enregistrement de cet album ?
 
« C’était volontairement très roots. Il a été enregistré assez vite –une nuit d’essai, deux nuits de prise- sur le toit-terrasse de la maison de Ballaké, à Bamako. On voulait vraiment que les gens entendent un disque avec un environnement autour, bruyant mais nocturne. On signifie aussi à l’auditeur que ça n’est pas un endroit habituel. Au final, je pense que le résultat est très spontané, très naturel, comme le fait de se retrouver après deux semaines ou six mois. Ballaké, c’est comme un frère, on sait que ça va marcher. »

On l’a dit, vous avez multiplié les expériences durant votre parcours. Que vous apporte plus particulièrement cette histoire avec Ballaké Sissoko ?
 
« Des histoires comme celles-ci vont bien au-delà d’une simple collaboration. Les amitiés profondes, nées de la musique, ne sont pas si communes. Dans ma carrière, il y a celle avec Cyril Atef (Bumcello), un feu d’artifice qui me propulse dans des univers incroyables, et celle avec Ballaké, avec un côté beaucoup plus réservé, du calme… Du point de vue purement musical, ça m’a apporté une meilleure maîtrise, une plus grande précision dans certains styles du mandingue. Il y a une stabilité rythmique très particulière, liée à l’Afrique, qui laisse les choses venir, sans forcer. »
 
Lors de vos concerts, laissez-vous une grande place à l’improvisation ?
 
« L’improvisation, ça n’existe pas ! Il faut d’abord bien maîtriser son instrument, en multipliant les exercices, ce que je fais 6 heures pas jour, tous les matins. Ça  n’est pas très amusant, mais c’est essentiel pour être libre le soir, lors des concerts, qui sont tout autre chose. Les morceaux, on les joue, on les rejoue, on les surjoue, mais on ne les traverse jamais de la même manière, selon le moment, l’ambiance, la salle… C’est ce qui fait aussi toute la richesse de nos dialogues. »

Ballaké Sissoko/Vincent Segal - "Musique de Nuit" - concert au Quai d'Angers, à 20 h 30, le jeudi 15 octobre.
L'album est disponible sur le site du label 
No Format  (soundcloud ici )
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Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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