Violaine Boumard, cellule de liberté


Rédigé par Tiphaine CREZE - Angers, le 27/04/2016 - 07:00 / modifié le 27/04/2016 - 09:42


Depuis 4 ans, Violaine Boumard, coordinatrice culturelle à la Maison d’Arrêt d’Angers, oeuvre pour que la culture en prison ne soit plus vue que comme un simple passe-temps.



Pour Violaine Boumard, le fait que la bibliothèque soit au cœur du bâtiment permet de croiser régulièrement les détenus.
Pour Violaine Boumard, le fait que la bibliothèque soit au cœur du bâtiment permet de croiser régulièrement les détenus.
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Nous sommes coincées dans la bibliothèque depuis 30 minutes. Zappées par le surveillant malgré les appels et le drapeau jaune fluo confectionné par des détenus, venus troquer leur promenade biquotidienne contre deux heures parmi les livres. Violaine Boumard profite du moment pour faire le point avec l’ « auxi bibli », un détenu chargé de la bonne tenue des lieux, et pour conseiller un père, soucieux de créer du lien avec ses enfants, sur un ouvrage d’origami. « Je vous apporterai des feuilles de couleurs cette semaine ».

Maintenir le lien familial fait partie des missions que s’est donnée Violaine Boumard. « Lorsque j’étais enceinte, les détenus, d’habitude très pudiques, se sont confiés naturellement sur leur paternité ». La coordinatrice culturelle en milieu pénitentiaire a alors monté, entre autres projets à destination des pères, un atelier lecture à voix haute, avec le BiblioThéâtre, pendant lequel chacun pouvait enregistrer un conte sur CD, pour son enfant.

Ce n’est pas la Maison d’Arrêt mais les écoles de journalisme que vise Violaine Boumard quand elle entame ses études en droit à Angers au début des années 2000. Après quelques piges, elle change d’idée mais poursuit tout de même en droit pénal à Poitiers. A la sortie des études, c’est « un virage à 360 ° » : celle chez qui « la culture a toujours pris une place importante » met le pied dans l’intermittence du spectacle. Bénévole sur des festivals angevins, elle travaille ensuite pour des compagnies de théâtre de rue. C’est un peu plus tard qu’elle rencontre le coordinateur culturel de la Maison d’arrêt d’Angers de l’époque. « Lors du festival du scoop et du journalisme, il était venu remettre le prix des détenus ». Violaine Boumard découvre le mariage parfait entre matière pénale et vie culturelle. Depuis janvier 2012, elle exerce ce qu’elle considère être « le métier qui restera le métier de [s]a vie », d’abord salariée par la FOL 49 puis, depuis janvier 2015, par la Ligue de l'Enseignement Pays de la Loire au sein du service « Culture - Publics empêchés ».
« Il faut savoir mettre de côté son militantisme si l’on veut être un bon professionnel ».

 « J’ai une vision assez large de la place de la culture en prison. Elle peut offrir des modes d’expression nouveaux aux détenus, par le biais du dessin, de la musique, du chant…, maintenir un lien vers l’extérieur grâce, entre autres, à la rencontre d’artistes, éviter la désocialisation en créant une expérience commune dans un groupe de personnes détenues. C’est aussi l’opportunité d’une ouverture culturelle. Tout cela participe à lutter contre la récidive. On imagine souvent la culture en prison uniquement comme quelque chose d’occupationnel, mais ce n’est pas le cas ».

A la voir batailler pour la cause, on l’imagine en rogne sur l’état de délabrement de la Maison d’Arrêt. Au lieu de ça, Violaine Boumard préfère dire que la configuration des lieux – avec une salle d’activités et une bibliothèque au cœur du bâtiment- permet de croiser régulièrement les détenus. « Il faut savoir mettre de côté son militantisme si l’on veut être un bon professionnel ». Avant d’ajouter, en guise de semi-aveu : « Quelque part, si on est là, c‘est que l’on veut participer à améliorer le système ».

A l’intérieur, Violaine Boumard donne du « Monsieur » et du « vous ». A l’extérieur, elle parle des « gars ». Toujours avec respect, jamais avec pathos. « Je fais attention à ne pas victimiser les personnes détenues. » Elle qui n’avait jamais mis les pieds dans une prison auparavant dit avoir été « impressionnée par le milieu » à son entrée dans celle d’Angers, mais « ni mal à l’aise, ni flippée ». « Ici, on a un rapport au son particulier, ce sont des bruits que l’on ne retrouve pas à l’extérieur : les portes qui s’ouvrent, les personnes détenues qui tambourinent, les clés. Au bout d’un moment, on a l’impression de ne plus les entendre. Ceci dit, notre corps engrange tout ça. On s’en aperçoit quand on ressort le soir ».

Nous réussissons finalement à quitter la bibliothèque 30 minutes plus tard. Dehors, le soleil semble briller plus fort que d’habitude.

BIO EXPRESS
  • 21 décembre 1983 : Naissance aux Sables d’Olonne
  • 2004 : Licence de Droit à l'Université d'Angers
  • 2002 : Piges pour le Courrier de l'Ouest
  • 2005 : Maitrise de Droit Pénal à Poitiers
  • 2006 : Diplôme de Sciences Criminelles à l'Institut de Sciences Criminelles de Poitiers
  • 2006 à 2008 : Bénévole sur des festivals angevins
  • 2008 à 2011 : Chargée de diffusion et de production pour des compagnies de théâtre de rue
  • 2011 et 2013 : Exposition de photographies d'arts de la Rue "Reg'Arts de Rue"
  • Depuis janvier 2012 : Coordinatrice culturelle en Milieu Pénitentiaire












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