Vitalité, soutien et création : le théâtre en questions... (2/2)

Festival d'Anjou : J-5


Rédigé par - Angers, le Jeudi 9 Juin 2016 à 07:30


Le directeur artistique du Théâtre régional des Pays de la Loire évoquait hier le dynamisme et les questions qui traversent le microcosme du théâtre, évoquant en fin de papier le rôle que pouvait y jouer le Festival d'Anjou, dont la 67e édition s'ouvre le 13 juin. Suite de cette réflexion liée à l'événement culturel, avec d'autres points de vue : ceux de Samuel d'Aboville, administrateur de la Cie Spectabilis, Marie Gautier, de la Cie Piment Langue d'Oiseau et Ronan Pichavant, directeur de projet dans l’équipe du Festival d’Anjou.



3B(ears), de la compagnie Piment Langue d'Oiseau, est la première co-production de l'EPCC Anjou-Théâtre.
3B(ears), de la compagnie Piment Langue d'Oiseau, est la première co-production de l'EPCC Anjou-Théâtre.
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Un Festival "on", un autre "off" ?
 
Diverses voix du théâtre professionnel ont leurs mots à dire sur le rayonnement du Festival d'Anjou et ses liens avec le territoire. Deux voix parfois mesurées mais aussi un peu critiques. Pour Samuel D’Aboville, administrateur de la Cie Spectabilis et membre du comité technique consultatif de l’EPCC Théâtre, « excepté pour la programmation jeune public, qui relève de l’EPCC, peu de liens existent entre l’activité théâtrale du territoire et le festival, depuis que Nicolas Briançon en a pris la direction. Mais c’est vrai que l’on sent une inflexion chez ce dernier pour défendre le secteur culturel… dans le discours tout du moins. Il est inutile de détricoter un festival qui a son public et qui, cette année, selon moi, offre une bonne programmation, mais on pourrait imaginer un lien plus resserré entre lui, le territoire et le monde théâtral angevin. On pourrait imaginer une sélection de créations locales au sein de la programmation, pour peu que cela soit possible techniquement. On pourrait envisager une participation à la production de spectacles qui tourneraient ensuite ».
"Inutile de détricoter un festival qui a son public et qui, cette année, offre une bonne programmation, mais on pourrait imaginer un lien plus resserré entre lui, le territoire et le monde théâtral angevin" Samuel d'Aboville, de la Cie Spectabilis

Marie Gautier, le Cie Piment Langue d’Oiseau, poursuit : « C’est très bien que cela existe. Mais la question se pose quant aux moyens qui y sont investis. Le département n’en a plus beaucoup à consacrer à la création culturelle sur le territoire… Ce sont des choix politiques. Le festival répond à une demande, certes, mais ne pourrait-on pas espérer plus de diversité dans les propositions, plus d’équilibre entre compagnies parisiennes et compagnies du territoire ? Bon, il ne faut pas oublier que le festival emploie beaucoup de techniciens et d’intermittents… ».
Et ce serpent de mer nommé off ? Réponse catégorique de Samuel D’Aboville : « Je n’y vois aucun intérêt dans la mesure où les compagnies locales ne sont pas rémunérées. Cela signifierait qu’on leur fait porter tout le poids du risque et puis en juin, toutes les programmations sont bouclées, les programmateurs ont le regard tourné vers Avignon ».

"Messieurs, messieurs", de la compagnie éponyme, lors du festival Très Tôt en scène 2016, au château du Plessis-Macé. Crédit Photo Pascal Riondy.
"Messieurs, messieurs", de la compagnie éponyme, lors du festival Très Tôt en scène 2016, au château du Plessis-Macé. Crédit Photo Pascal Riondy.
Au-delà du festival : EPCC et Plessis-Macé
 
L’EPCC Anjou Théâtre n’a pas toujours existé. Mais l’envie de passer les frontières du festival est une volonté qui date, comme le rappelle Ronan Pichavant, directeur de projet dans l’équipe du Festival d’Anjou : « C’était à la fin des années quatre-vingt-dix. Il y avait le souhait de rayonner tout au long de l’année. C’est encore le temps de l’association. Ça pouvait aller jusqu’à quarante-cinq mises à disposition de matériel par an, à destination des compagnies départementales, mais également du Chabada, des Accroche-Cœurs, du Bastringue, de la Rue du Milieu… Il y a aussi toute une période où une enveloppe tirée de la billetterie du festival était injectée dans un travail de coproduction ou d’aide à la création, suivis d’une diffusion départementale, avec une ou deux compagnies locales. Les exemples ne manquent pas de compagnies accompagnées d’une manière ou d’une autre par le festival : Spectabilis, Les Farfadas, le Théâtre en Bois, des Monts et Merveilles, les projets d’Annabelle Sergent, dès le début… ».

Et puis l’EPCC Anjou-Théâtre est né. Créé en août 2009, il associe aujourd’hui le Département de Maine-et-Loire et les communes de Doué-la-Fontaine et du Plessis-Macé. Sa mission : développer et promouvoir la création, la diffusion et la pratique du théâtre dans le département. « La création de l’EPCC a changé la donne, précise Ronan Pichavant. D’un côté, il y a le Festival d’Anjou ; de l’autre, il y a le château du Plessis-Macé comme structure d’accueil de résidences et lieu de diffusion. Lié au Festival, le château s’est fortement animé. À l’instar du Quai-CDN, du Cargo à Segré, du THV, du Champ de Bataille, le Plessis-Macé est un lieu de référence de la politique théâtrale ».
"Il y a une vraie écoute  et un vrai suivi au sein de l’EPCC Anjou Théâtre" - Samuel d'Aboville et Marie Gautier, de la Cie Piment Langue d'Oiseau

La création de l’EPCC a changé la donne et soulevé quelques enthousiasmes : « Il y a une vraie écoute au sein de l’EPCC et un travail qui est mené à l’année pour l’accueil de spectacles au château du Plessis-Macé, pour le festival Très Tôt en Scène… Après, ils font avec leurs moyens », constate Samuel D’Aboville ; « Il y a assez peu de temps qu’on ressent une vraie ouverture d’esprit au sein de l’EPCC. Notre compagnie en a pleinement profité puisque nous avons bénéficié de la première co-production  - pour le spectacle 3B(ears) - et de la programmation du PCR à l’Ouest dans le programme officiel jeune public du festival, juste après sa présentation au festival Ca Chauffe. Il y a une vraie écoute et un vrai suivi de leur côté », complète Marie Gautier.

Et demain
 
Quand ils entendent le mot « mutualisation », Ronan Pichavant et Samuel D’Aboville sortent leur scepticisme. Le premier s’en méfie : « Si les mutualisations existent du point de vue des lieux, il est essentiel que les directions soient tenues par des artistes, comme ça a été le cas au Quai ». Le second s’interroge : « Quand on parle de mutualisation des moyens publics aujourd’hui, il faut juste qu’on s’entende sur l’objectif ? S’il s’agit uniquement de faire des économies d’échelles, ça pose question. Si en revanche, il s’agit de contribuer à faire tourner un spectacle sur plusieurs territoires co-financeurs (Saumur, Cholet, Doué-la-Fontaine…), là, ça a du sens. Certains aujourd’hui avancent l’idée d’une taxe sur les billets d’entrée comme pour le cinéma. Je ne sais pas si c’est juridiquement faisable à un niveau local, mais dans le contexte actuel, pourra-t-on faire autrement ? Un autre champ de développement qui n’a pas été suffisamment travaillé, c’est le monde de l’entreprise. Là, il y aurait un vrai travail à mener à l’année. Il y a aujourd’hui des compagnies pour qui ça tire très durement, et qui risquent de mettre la clef sous la porte. D’autres, pour lesquelles ça va mieux. Le problème reste l’incertitude ».
"Les élus doivent considérer la culture dans le cadre d’une politique globale, pas comme un saupoudrage", Ronan Pichavant, directeur de projet dans l'équipe du Festival d'Anjou

Une chose est sûre, pour Ronan Pichavant, l’avenir du développement théâtral dans le département passe par l’intercommunalité : « C’est un leurre de croire que si l’on retire sa subvention au Festival d’Anjou, elle sera redistribuée pour accompagner les compagnies locales. L’avenir du développement théâtral dans le département comme ailleurs, se joue en grande partie dans la refonte actuelle des territoires : l’échelon intercommunal sera essentiel pour accompagner les initiatives locales, festival ou autre projet de création de compagnie. La condition sine qua non, c’est que les élus considèrent la culture dans le cadre d’une politique globale, pas comme un saupoudrage. Les exemples existent en Maine-et-Loire, avec Scènes de Pays ou Villages en scènes, même s’ils proposent des spectacles au-delà du théâtre ».




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