White Material : la débâcle des hommes


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Jeudi 15 Avril 2010 à 18:52


Quelque part dans la savane de l'Afrique centrale, en pleine guerre civile, Maria refuse de lâcher sa plantation de café avant la fin de la récolte, malgré le danger qui la menace...



Maria sur un chemin de campagne, seule avec ses plantations de café
Maria sur un chemin de campagne, seule avec ses plantations de café
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White Material est un film directement inspiré du passé trouble de Claire Denis qui a grandi au Cameroun. Elle est une des rares cinéastes françaises à aller jusqu'au bout de ses hantises et à mettre en scène la vérité ultime de certaines pulsions de l'homme, visible dans Trouble every day. Le scénario s'implante dans les différentes frontières du cinéma, entre cinéma réaliste et conte, entre bourreaux et victimes, coloniaux et locaux ; il est écrit avec la romancière Marie N'Diaye.

White Material, ou Les choses qui appartiennent aux Blancs, nous montre un conflit qui date de plusieurs siècles. En effet, les armes utilisées par les Blancs qui ont servi à persécuter le peuple africain - une référence à la colonisation - se trouvent maintenant entre les mains innocentes de jeunes enfants africains qui souffrent de leur pauvreté. Les traces y sont visibles. Une élite de jeunes soldats rebelles se tourne contre la milice militaire, présente pour imposer l'ordre. Les patriotes organisent des rafles pour supprimer toute forme de rébellion. Les civils sont touchés et s'interposent entre ces deux camps.

La beauté et le naturel d'Isabelle Huppert sont-ils adéquats pour incarner un personnage instinctif et égoïste ? En tout cas, malgré l'alerte de l'armée française, Maria n'a qu'un objectif, maintenir en état ses plantations de café. La guerre civile s'installe dans la campagne paisible. Touché par cette furie meurtrière, son fils, interprété par Nicolas Duchauvelle, en devient fou. Il est décidé à se joindre aux soldats-rebelles. A leur tête, le boxeur (Isaak de Bankolé), meurt touché par une balle de ce white material. Il était le héros, le symbole de ces jeunes insurgés.

Avec ce film, Claire Denis a su éveiller nos sens ; elle s'attarde sur des détails minutieux qui se trouvent dans un espace concis et déserté ; là est la clé de son art. Elle emprunte au cinéma de l'émotion la longueur de ses plans en y ajoutant une de ses spécificités, la caméra au poing, propre à la cinéaste.

Ce long métrage relate l'expérience existentielle du personnage de Maria qui a cru bien faire en fuyant l'aspect matérialiste des pays riches pour trouver ailleurs un idéal d'humanité, seulement elle se retrouve confrontée à la violence engendrée par la pauvreté, bien loin de cette humanité recherchée. Là est tout l'enjeu et la réussite de ce splendide film de Claire Denis !

Roxane.












Angers Mag