Zohra Gallard, présidente de la CGPME 49 : "On ne peut pas vivre seul dans son coin"


Rédigé par Patrick TOUCHAIS et Yves BOITEAU - Angers, le 13/11/2014 - 09:07 / modifié le 22/12/2014 - 11:04


Face aux difficultés économiques et à la montée de l’individualisme, Zohra Gallard, la présidente de la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises de Maine-et-Loire (CGPME 49) en appelle au changement, sans langue de bois. Pour faire évoluer les systèmes de représentativité interprofessionnelle et politique.



Zohra Gallard préside la CGPME 49 depuis 10 ans.
Zohra Gallard préside la CGPME 49 depuis 10 ans.
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Pouvez-vous nous présenter l’organisation que vous présidez depuis 10 ans ?
 
"La CGPME est une organisation patronale, qui regroupe différentes branches professionnelles : le bâtiment, l’hôtellerie-restauration, la formation… Au plan national, elle fédère 52 branches. Selon les départements, elles sont plus ou moins présentes selon l’histoire économique du territoire. Les entreprises adhèrent volontairement."
 
On parle beaucoup de crise de représentativité dans le monde politique comme syndical. Y êtes-vous confrontée ?
 
"Oui. Les organisations patronales souffrent aujourd’hui d’un manque de visibilité, d’un manque aussi d’engagement de la part des chefs d’entreprises. UPA (artisans), Medef, FNSEA… On tourne tous autour de 10-11% de représentativité pour 2,7 millions d’entreprises sur le territoire français. C’est à peu près le même pourcentage en Maine-et-Loire. Est-ce qu’on peut sincèrement s’en contenter ? Non. Et ce que je dis là, est la même chose pour les syndicats de salariés. C’est aujourd’hui le système même de la représentation qui n’est plus adapté à notre environnement. Il serait temps qu’en France, on nous propose une vraie réforme de la représentativité interprofessionnelle dans notre pays, au travers d’un pacte social."
 
Que mettez-vous dans ce « pacte social » ?
 
"Un seul et même mouvement dans lequel nos différents courants feraient valoir l’intérêt des PME, des TPE, des entreprises agricoles etc… mais échangeraient entre eux pour arriver à des consensus et parler ensuite d’une seule voix aux hommes et femmes politiques. On ne peut pas rester dans l’immobilisme. En 2014, nous travaillons avec les mêmes règles de représentativité qu’en 1968. Il y a aujourd’hui 93 % des entreprises qui sont des TPE entre 0 et 19 salariés. Leur voix n’est pas assez portée."

"On parle d’une sixième République ? et bien allons-y !"

En creux, c’est la propre division des organisations patronales que vous pointer du doigt ? L’omniprésence médiatique du Medef vous gêne ?
 
"Je la regrette. Si nous étions dans un mouvement patronal qui intégrait différent courants, on aurait cette voix collective et nous sommes un certain nombre au sein de la CGPME, au Medef, à la FNSEA, à l’UPA à penser cela. Honnêtement, on se pose tous la question : qu’attendent nos adhérents ? Admettons que nous sommes dans une situation de mutation économique et sociale, et pas en crise, ce qui laisse beaucoup d’espoirs au passage pour l’emploi. C’est pour cela que l’appareil de représentativité du politique, comme celui de l’économique et du social, doit évoluer. On parle d’une sixième République et bien allons-y !"
 
Que dites-vous aux chefs d’entreprise qui n’adhèrent pas ?
 
"Une entreprise est le résultat de quelqu’un qui avait un projet, mais qui s’inscrit tous les jours dans un schéma collectif. Qu’on le veuille ou non. Il y a une partie qui nous échappe. Je gère mon entreprise à Avrillé depuis 1989, je peux retirer une fierté d’avoir contribuer à générer de l’emploi, des formes de richesses qui permettent à ma ville de mieux vivre, à l’agglo, de récupérer la taxe professionnelle et à tout le monde de pouvoir bénéficier de services collectifs. On ne peut pas vivre seul dans son coin. Mais, je comprends aussi le ras-le-bol ambiant, quand on voit le niveau des charges, les risques permanents sur le volet social. Ce qui me fait peur, ce sont les chefs d’entreprise dépités, ceux qui n’ont plus envie d’investir, de se développer, d’embaucher. Et ceux qui sont même dans la radicalisation. Il y a une montée de l’individualisme, voire du poujadisme. Les Bonnets rouges par exemple, voilà un mouvement qui nous échappe complètement. Dans la mutation dont je parlais auparavant, on peut ajouter la mutation des comportements. Certains se demandent si ça vaut encore le coup de payer la Sécu en France. L’intérêt collectif est parfois totalement abandonné."

"Il faut donc que les politiques s’intéressent aux jeunes entreprises"

Avez-vous, vous aussi ce sentiment en tant que présidente de la CGPME 49 ?
 
"Depuis 10 ans, j’ai surtout l’impression de beaucoup radoter (rires). On dit souvent qu’il faut répéter, répéter, répéter, mais on a quand même l’impression d’être parfois mal compris. Ce qui me fait le plus mal, c’est de m’apercevoir que la question de l’économique dans notre pays n’est peut-être pas la question la plus prégnante. J’ai parfois le sentiment que nos politiques sont un peu hors-sol et très éloignés de la vie des PME."
 
Y compris les locaux ?
 
"Oui, ils ne se rendent pas compte parfois de ce que l’on vit dans nos entreprises au quotidien. Il y a un manque criant de chefs d’entreprises dans la classe politique."
 
Localement, vous avez désormais Jean-Pierre Bernheim, un ancien chef d’entreprise chargé de l’économie à l’Agglo. Est-ce que ça vous rassure ?
 
Je n’ai pas d’a priori. Je demande à voir. Pour l’instant, je pense que la nouvelle équipe est en phase d’inventaire. Ils sont attentifs à nos organisations, pour nous solliciter, demander notre avis… Après que vont-ils en faire ?
 
Au-delà, qu’attendez-vous d’eux ?
 
"Qu’ils s’intéressent aux entreprises locales. Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ? Ça veut dire que je veux bien qu’on parle de création, mais je voudrais qu’on parle un peu plus de transmission. Sur 2,7 millions d’entreprises, je crois qu’on en a chaque année 300 000 à 350 000 qui sont à reprendre. Certaines ferment, faute de repreneurs. Je m’aperçois qu’aujourd’hui la création d’entreprise, c’est un peu l’idée que chacun peut créer son propre emploi. Je veux bien qu’on me dise, il faut aller dans les quartiers pour que des personnes créent leur entreprise. Sauf qu’il faut y mettre des moyens, qui ne soient pas simplement des formations de quelques semaines à la création d’entreprise, avec un semblant de budget prévisionnel, en se disant que pendant ce temps, ces personnes ne sont plus comptées dans la cohorte des demandeurs d’emploi. Mais, c’est de courte durée, car souvent, après les deux ans d’exonération, ça coule. Ce qui me fait le plus mal, au-delà des dégâts financiers, ce sont les dégâts sociaux et familiaux irréversibles que cela entraine. Il faut donc que les politiques s’intéressent aux entreprises créées depuis 2, 3, 5 ans. Comment on les aide à se développer ? A passer des seuils ? On ne parle que de création, sans s’intéresser à l’existant."

"Si on gérait nos entreprises comme les collectivités, il n'y en aurait plus une seule en France"

Quelle forme concrète pourrait prendre ce service ?
 
"J’attends que soit créée une véritable plate-forme, une sorte de gare d’aiguillage au service de nos entreprises. Pour un chef d’entreprise aujourd’hui, tout est complexe. Je voudrais un service réellement dédié pour du conseil, de l’accompagnement social ou juridique, mais aussi de l’information, où on pourrait obtenir des statistiques, des informations pour monter tel dossier sur l’innovation ou sur l’export. Sur cette question de l’export, la CGPME a initié un vrai service d’échange entre ses adhérents, via une centaine de chefs d’entreprises adhérentes qui couvrent 140 pays différents et répondent à des questions pratico-pratiques."
 
N’est-ce pas le rôle des Chambres de commerce ?
 
"Je trouve que ça fait longtemps qu’elles auraient dû s’intéresser aux services à rendre au plus près du territoire. Le chef d’entreprise de 2014 qui a entre 25 et 30 ans et créé sa boîte, je ne sais pas s’il a le réflexe de pousser les portes d’une chambre de commerce. Il faut aller plus loin. Vous ne croyez pas que si on avait depuis des années mutualiser des moyens entre Comité d’expansion, CCI et Agglo, on aurait eu les moyens de la faire cette plate-forme ?"
 
Concernant les collectivités, quel regard portez-vous sur l’état des finances locales ?
 
"Ça fait quand même un moment qu’on sait qu’on vit à crédit ? A tous les étages. Je siège au Conseil économique et social régional, cela fait des années qu’on alerte. Sans effet. Nos politiques de tout bord ont baissé la tête et ont continué. Je comprends que le modèle des collectivités n’est pas le même que le nôtre mais si dans nos entreprises, on gérait de la même façon, il n’y en aurait plus une seule en France. La situation est forcément inquiétante car elle pèse sur l’investissement. On le ressent directement dans les secteurs comme le bâtiment. En 2008-2009, on a pratiqué une politique keynésienne. On a cherché à maintenir les entreprises, l’emploi, ce que je ne condamne pas, mais aujourd’hui, il n’y a plus d’argent. Les collectivités aimeraient pouvoir encore soutenir l’économie, mais elles ne le peuvent plus."

Assez de paperasse !

Quelle issue ?
 
"Je pense qu’il est temps qu’on ait des hommes et des femmes politiques courageux qui viennent pour un mandat, faire des réformes, sans se poser la question de leur réélection et qui arrête de tergiverser. A ce sujet, j’ajoute que la politique n’est pas un métier, c’est un engagement. J’aimais bien la politique du temps de mon père où on s’engageait parce qu’on avait des choses à défendre. Et qu’on ne refilait pas des mandats de père en fils, de proches en proches."
 
A ce propos, vous-a-t-on déjà sollicitée ?
 
"Oui, mais je n’ai pas voulu m’engager, parce que je trouve que c’est incompatible avec mon mandat. Contrairement à ce que disait mon président national Jean-François Roubaud, qui considérait qu’il fallait s’engager aux élections municipales, moi je trouve que le mélange des genres n’est pas bon. A nous ensuite de faire valoir nos idées auprès des politiques élus."
 
Revenons au territoire, comment jugez-vous les relations entre l’Anjou et le Choletais économiques ?
 
"Il faut souligner le bon travail du sous-préfet de Cholet et du préfet de Maine-et-Loire pour créer des liens entre Angers et Cholet. Il faut élargir les champs. Ces oppositions sont forcément préjudiciables. Je pense qu’on vit dans l’illusion d’un schéma passéiste. Il y a le mythe du Choletais et de ses grands patrons, mais je ne suis pas sûr qu’on retrouve ces grands modèles là demain. Il faut que le Choletais et l’Anjou réfléchissent ensemble pour être plus forts. Il y a là aussi de la mutualisation à effectuer."
 
L’état de santé des PME est faible, mais où voyez-vous de l’espoir ?
 
"C’est vrai que les PME angevines sont atones ; sans aucune lisibilité sur l’avenir. Mais il y a des secteurs sur lesquels il faut investir. Je pense en particulier au numérique. On a besoin de « couteaux suisses » numériques. On n’aura pas forcément besoin de gens surdiplômés. Simplement de bons techniciens, capables d’animer les réseaux sociaux, de remettre à jour le site internet, gérer un agenda partagé… On aura aussi besoin de compétences juridiques, fiscales, mais aussi commerciales. Et je n’oublie pas le développement durable, mais pas seulement lié à l’environnement, aussi aux aspects sociaux appliqué aux entreprises."
 
S’il y avait une réforme simple à mettre en place pour aider les PME ?
 
"Qu’on arrête de nous faire remplir des tas de paperasses en tout genre. On attend tous ce fameux choc de simplification qu’on nous a promis."

Zohra Gallard, présidente de la CGPME 49 : "On ne peut pas vivre seul dans son coin"
Zohra Gallard, façon Proust…
 
Le bonheur parfait selon vous ?
La perfection n’existe pas. Il faut être en quête de bonheur, et savoir goûter les moments de bonheur.
Le trait de caractère dont vous êtes la plus fière ?
Mon enthousiasme. Le plus beau mot de la langue française pour moi.
Votre qualité préférée chez une femme ?
L’honnêteté.
Et chez un homme ?
La même. L’honnêteté envers lui-même et les autres
Votre personnalité préférée ?
Mon père, Mouloud. Il est né en 1924 en Algérie française, puis est devenu Algérien après l’indépendance. Il était kabyle et a été élevé par des Pères Blancs. Il a toujours su rester fier malgré le fait d’être resté un immigré.
Votre artiste préféré ?
Mozart. Erik Satie aussi.
Votre film culte ?
« Les Tontons Flingueurs ». Ca fait pas très jeune mais qu’est-ce que c’est drôle !
Le livre qui a changé votre vie ?
Ce n’est pas un livre, c’est la série des Rougon-Macquart de Zola. J’adore lire Zola et particulièrement « l’Assommoir ».  
Vote chanson préférée ?
« Je t’aime » de Michel Polnareff sur l’album « Bulles ».
Votre plat préféré ?
Le tajine sucré-salé aux figues, dattes, amandes effilées et grillées avec un bon collier de mouton.
Que détestez-vous le plus au monde ?
La suffisance.
Le défaut qui vous inspire le plus d’indulgence ?
L’ignorance. Parce qu’on n’a pas appris ou pas osé demander












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