interview : François Bachelot Directeur du guide Hachette des vins.


Rédigé par François BARDIN - Angers, le 21/09/2010 - 13:40 / modifié le 21/09/2010 - 21:51


A l'occasion de la sortie du célèbre Guide Hachette des Vins 2011, François Bachelot, son directeur, répond aux questions d'Angers Mag Info. Il est forcément question de vins d'Anjou.



François Bachelot, directeur du guide Hachette des Vins. Photo : N. Croix
François Bachelot, directeur du guide Hachette des Vins. Photo : N. Croix
Angers Mag Info : Au fil des éditions du guide, percevez-vous une évolution dans le goût des vins ?
François Bachelot : « La chance de la France, c’est de pouvoir produire des vins d’une extrême diversité. Il y en a donc pour tous les goûts, même si effectivement, on constate que certains types ont plus ou moins le vent en poupe. C’est un fait que le marché des vins doux (moelleux et liquoreux) est en régression, mais les producteurs font œuvre de créativité pour vendre ces cuvées. Les deux catégories qui marchent bien en ce moment sont les rosés et les effervescents, champagne en tête mais les crémants de toutes les régions profitent également de ce mouvement. Au niveau du soi-disant « goût » du consommateur (il n’y a en fait évidemment pas un goût unique, ce serait trop triste), je pense que la mode des vins trop concentrés et boisés est en train de passer dans notre pays. »

AMI : Quel rôle peut jouer une appellation comme les vins d'Anjou, dans un marché mondialisé ?
FB : « Chaque appellation a quelque chose à faire valoir, sinon elle n’existerait pas ! Gustativement, l’Anjou offre une belle diversité de vins, que ce soit en blanc sec ou doux, en rouge friand ou plus charpenté, en rosé sec ou encore demi-sec. Les prix restent très raisonnables, ce sont donc des vins facilement abordables qui peuvent trouver leur place dans un marché qui a une forte tendance à tirer les prix vers le bas. Au-delà du marché mondial, l’Anjou a une forte carte à jouer localement, avec le développement d’un oenotourisme organisé. Les vins font partie de la culture locale, et la vigne des paysages, c’est un message à faire passer impérativement aux nombreux touristes ! »

AMI : Quels sont vos coups de cœurs en vin d'Anjou et de Loire plus généralement ?
FB : « Difficile de parler d’un domaine en particulier, car nous avons décerné une douzaine de coups de cœur rien que pour l’Anjou cette année ! Mentionnons simplement le fait que le Domaine de la Roche Moreau en a obtenu deux à lui seul, un pour son Quarts-de-Chaume 2008 et un pour son Coteaux-du-Layon Saint-Aubin 2008. En Loire plus généralement, nous avons été séduits par les vins du Muscadet, qui s’affirment comme d’excellents rapports qualité/prix/plaisir. »

AMI : Quel est le rôle d'un guide papier réalisé par des professionnels par rapport aux commentaires d’amateurs sur le web quand la tendance actuelle des acheteurs est de faire plus confiance aux avis des autres consommateurs ?
FB : « Nous avons pour nous trois forces : Tout d’abord, la marque Hachette, qui est une marque forte pour laquelle les gens ont un a priori positif et qui affirme le sérieux de notre travail. Ensuite, l’antériorité : cela fait plus de 25 ans que le guide existe et marche, c’est sans doute pour quelques raisons ! Enfin, notre mode de dégustation, à l’aveugle, qui nous donne une liberté de jugement et une objectivité totale. Rajoutons peut-être aussi le fait que nous sommes les seuls en France à travailler sur une telle échelle : 36 000 vins dégustés chaque année, 10 000 retenus. C’est sans équivalent. Cela étant, les avis d’autres consommateurs sont intéressants mais si l’on prend un exemple hors vin, celui du site Trip Advisor pour le tourisme. si vous regardez les commentaires pour un même hôtel, vous en avez qui l’encensent et d’autres qui le descendent ! Comment s’y retrouver ? C’est là que la force d’une marque référente comme la nôtre se révèle importante. »

AMI : Le guide Hachette se développe en numérique. Le profil des lecteurs est-il le même que pour le guide papier ?
FB : « La sélection de vins proposée sur le web est celle du guide, avec en plus 10 ans d’archive, ce qui est un gros « plus ». le public est mixte : nous avons à la fois des fidèles lecteurs qui viennent trouver d’autres informations (sur la cuisine, le tourisme) et échanger sur le forum, et un nouveau public qui commence à s’intéresser au vin et cherche des pistes. C’est là que tout le côté magazine et encyclopédique du site se révèle intéressant, en plus de la stricte sélection des vins. »

AMI : Le guide présente les "Nouveaux producteurs", tous ces passionnés qui s'installent pour faire le vin qu'ils aiment. Pensez-vous qu'il y' aura des débouchés commerciaux pour chacun d'eux ?
FB : « Le phénomène inquiétant, mais qui ne concerne pas que les nouveaux installés, c’est que de plus en plus de producteurs n’arrivent pas à bien vivre de leur métier, car les prix sont tirés vers le bas et la concurrence accrue. Cela étant, quand on est passionné et que l’on dispose d’un joli terroir, on a quelques arguments à faire valoir et des chances de réussite. Encourageons-les ! »

AMI : Pensez-vous que les nouvelles réglementations apporteront plus de lisibilité au consommateur et plus de souplesse aux vignerons ? Faut-il prendre en compte l'évolution des pratiques bio et naturelles ?
FB : « Il y a deux aspects différents dans cette question : celui concernant la lisibilité de l’offre française, en raison de la multiplicité des AOC, et celui du mode de travail, avec la montée du bio. Sur les AOC, je crois que la grande diversité française est une chance et une richesse merveilleuse ! Ce qui manque encore, c’est de bien communiquer dessus pour ne pas dérouter les consommateurs, mais au contraire susciter leur curiosité. On sait que de plus en plus, le cépage est une clé d’entrée pour le vin, or il a souvent été mis de côté par rapport au terroir. Pourquoi ne pas plus l’affirmer dans les AOC, à côté du terroir ? »

« Sur le bio, on ne peut que se réjouir de la montée de ce phénomène, même si la prudence reste de mise : il y a, aussi, de mauvais vins bio, c’est un fait, ce n’est donc pas la panacée. Mais si l’ensemble de la viticulture faisait déjà la démarche d’une culture raisonnée, limitant le plus possible l’utilisation des produits chimiques, ce serait un premier pas significatif. C’est ce qu’avait proposé en son temps René Renou, président du comité vins de l’INAO et producteur angevin lui-même ! »

AMI : Vous dégustez de nombreux vins pour le guide, faites-vous encore des vraies découvertes ?
FB : « Les vraies découvertes ne se situent pas vraiment au niveau des appellations elles-mêmes, car nous savons qu’on « fait bon » partout en France, mais plutôt au niveau de certains producteurs, qui se révèlent ou au contraire déclinent. Certains millésimes également permettent de « révéler » certaines régions, comme ce fut le cas en 2009, particulièrement dans le Beaujolais ou le Muscadet. Heureusement, le vin garde cette capacité à nous étonner chaque année ! »

interview : François Bachelot Directeur du guide Hachette des vins.
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Indispensable pour connaître l'état des derniers millésimes mis en bouteille cette année.


www.hachette-vins.com











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