"La Maladroite", chronique d’une mort annoncée
Roman. C’est l’histoire de Diana. Ou plus exactement la fin de son histoire, ses derniers mois. Un petit bout de bonne femme de 8 ans, sans doute pas tout à fait comme les autres, qui quitte peu à peu le monde, lorsque l’amour attendu des parents se mue en haine, puis en coups. « La Maladroite », premier roman –inspiré d’une histoire vraie- d’Alexandre Seurat, professeur de lettres à Angers, ne laisse pas insensible, ni sur la forme –le récit d’une dizaine de protagonistes (institutrice, grand-mère, gendarme…) témoins de cette mort annoncée, dans une langue dépourvue de toute fioriture, mécanique- ni sur le fond – la complexité à traiter des réalités de l’enfance maltraitée. Un roman lourd, implacable, violemment contemporain. Et indispensable. 
  
« La Maladroite », ed. La Brune au Rouergue, 13,80 €.
Alexandre Seurat, les mots du réel
Après l’implacable "La Maladroite", en 2015, "L’administrateur provisoire" signe la confirmation du talent d’écrivain de l’homme de lettres, aussi discret dans la vie -il est professeur à l'IUT d'Angers- que tenace dans sa passion.

Actualités. « Voilà un homme qui a la pétoche sereine. Alexandre Seurat a beau évoquer une « trouille féroce » à l’approche de la sortie de son deuxième roman, il le concède sur un ton posé, apparemment dénué d’émotion. Pour la seconde année consécutive, sa prose est pourtant de celles qui devrait retenir l’attention des lecteurs et des critiques, au cœur de la traditionnelle et foisonnante rentrée littéraire. Avec L’Administrateur provisoire, l’histoire vichyste reconstituée de Raoul H., ancien fonctionnaire du Commissariat général aux questions juives (voir ci-contre), le trentenaire confirme les promesses de La Maladroite, un premier roman clinique et maîtrisé, tiré d’un faits divers sarthois tragique. 

Rive gauche. « Je suis un pur Parisien : enfance, adolescence et études dans le Ve arrondissement, juste entrecoupé par une année à Chicago. Je suis arrivé avec me femme et mes deux enfants à Angers il y a trois ans. Il y a ici une pulsation culturelle et une qualité de vie que nous apprécions. »  

Le goût (parfois amer) des lettres. « J’écris depuis longtemps. Au moins depuis le collège : je me disais que c’était assez enviable comme pratique. Et puis j’ai envoyé mes premiers textes quand j’avais 20. Mais j’ai eu beaucoup de mal à être publié. J’ai été très longtemps refusé, avec des lettres type sans argumentation. Ça a été une période un peu raide, qui a duré quand même plus de 10 ans, même si dans les dernières années, j’avais quand même des lettres un peu plus personnelles, à mesure que mon écriture évoluait. Au fur et à mesure, je me suis aperçu qu’accrocher le lecteur, tenir son émotion était très important : il n’y a pas que la forme ! Quand Le Rouergue (sa maison d’édition) m’a appelé, ça faisait 15 ans que j’attendais : c’est assez étonnant d’avoir tout à coup quelqu’un qui a le pouvoir et qui comprend ce que j’ai voulu faire. C’est un vrai tournant dans ma vie, une émotion extrêmement forte, plus forte que le moment où l’on reçoit le livre.  
Je peux désormais revendiquer le nom d’écrivain, mais mon rapport à l’écriture n’a pas fondamentalement changé : j’en ai besoin pour vivre. Ça m’est nécessaire pour évacuer des émotions très violentes. Et j’aurais continué même si je n’avais jamais été édité. Mais il y a avait quand même une sensation de désespoir à l’idée d’avoir une activité qui ne recevait pas de reconnaissance sociale, fondamentale pour l’équilibre personnel. » 
 

L’écriture. « Elle a évolué progressivement, mais pas de manière concertée : ça c’est fait au gré des lectures ; à un moment, il y a des déclics, des auteurs qui débarquent, et on comprend qu’on peut être à la fois très simple et très littéraire. D’une manière générale, les auteurs qui me plaisent et me marquent sont ancrés dans le réel. J’ai essayé de faire de la fiction pure, et c’était très très mauvais, ça ne tenait pas la page. Je ne suis pas touché par les textes « hors sol », sans vraisemblance : j’ai besoin de sentir le sang qui bat. Après, mes inspirations peuvent être très différentes : La Maladroite est issu d’une chronique judiciaire du journal Le Monde, relatant le procès ; pour L’Administrateur provisoire, c’est une enquête de longue haleine, en se plongeant dans les archives, un peu à la manière d’un historien, mais avec l’ambition d’en faire totalement autre chose : une matière émotive pour le lecteur. »  
  
"J'ai besoin d'écrire pour vivre, pour évacuer mes émotions
 
La littérature. « Ce qui m’a toujours intéressé, c’est de savoir ce qui brûle les doigts dans la littérature ; et chez Céline, il y a quelque chose qui brûle les doigts, même dans ses romans où apparemment il n’y a rien de dégueulasse. Il y a quelque chose de sacri ciel, délirant. Quand j’ai lu Le Voyage au Bout de la Nuit, à 17 ans, je n’avais jamais ressenti cela avant : ça m’a abattu, démoralisé, en touchant un type d’émotion qui n’était pas d’ordre esthétique, mais vital. J’étais éberlué que la littérature puisse toucher ça. La littérature, ça n’est pas forcément quelque chose de bien : c’est justement parce qu’il était habité par des pulsions folles que peut-être il a eu accès à une connaissance de l’homme qui s’exprimait dans ses romans. Ce que je suis allé chercher dans la littérature, ce sont les auteurs qui mettent des claques : Céline, Thomas Bernhard... des auteurs qui arrivent à décrire l’agressivité du monde. » 
C'est cette photo qui constitue la couverture de "Dans mes yeux l'Amérique", l'ouvrage de photos en noir et blanc édité par Jacques Flament éditions. Crédit photo : Michel Durigneux.
C'est cette photo qui constitue la couverture de "Dans mes yeux l'Amérique", l'ouvrage de photos en noir et blanc édité par Jacques Flament éditions. Crédit photo : Michel Durigneux.
Enseignant en retraite et photo-reporter au sein de la Presse quotidienne régionale, dans le grand Ouest, Michel Durigneux publie ces jours-ci, aux éditions Jacques-Flament, "Dans mes yeux l'Amérique", une série de photos humanistes prises aux Etats-Unis en 2013 et 2014.

Voilà désormais un long moment que Michel Durigneux, jeune retraité de l'Education nationale, pose son regard humaniste sur le monde et -surtout- les gens qui le peuplent. "Ce qui m'interesse en fait c'est la dimension poétique du monde , quelque chose qui pourrait être assez proche de l'écriture poétique."  

Photographe ami des poètes contemporains -il possède une singulière série de portraits en la matière- mais également des faits d'actualité que sa collaboration au Courrier de l'Ouest (PQR, Angers), l'homme est aussi un voyageur, du pourtour méditerranéen -où il a vécu de nombreuses années, en Tunisie et au Maroc- aux Antilles, en passant, plus récemment, par les USA ou Cuba. 

Etonnamment, "Dans mes yeux l'Amérique", publié ces jours-ci aux éditions Jacques-Flament, est son "premier vrai livre de photos". Ses précédents ouvrages portaient en eux la plume d'un ami poète -Philippe Longchamp pour le livre Sans hâte un monde, Le Caire- ou encore d'auteurs contemporains, dans le cadre de sa collaboration photographique à la revue de poésie N47. 

C'est finalement un appel à candidature concernant la création d'une nouvelle collection -Short Series, photographies noir et blanc- par les éditions Jacques Flament qui lui aura permis cette "première". "Un ami poète, Michel Bourson, m'a fait parvenir cette offre, à peu près au moment où je m'apprêtais à découvrir Cuba, au début de l'année 2016. J'ai donc fait parvenir à Jacques Flament une série de photographies humanistes prises aux Etats-Unis, à Washington, Baltimore mais surtout New York, lors de deux voyages réalisées entre 2013 et 2014."
"Ce ne sont pas des photos volées, mais des photos données : il n'y a pas de bonne image sans cela"
La réponse ne s'est guère faite attendre et Michel s'est attelé à sélectionner -"un travail fondamental pour le photographe"- une quarantaine de clichés. "J'ai essayé que les images se parlent entre elles, qu'il y ait des échos". Tout ça dans l'enfer des métropoles américaines ? "Je suis un rural, mais je suis fasciné par la ville. Lors de mon premier voyage aux USA, j'arrivais tout juste de mon séjour en Egypte et suis descendu d'un autobus en plein milieu de Manhattan. J'ai un peu peur de la monstruosité de ces villes, mais lorsque l'on se recentre sur le plan humain, tout va bien".
 
Sans projet ni objectif fixes, Michel Durigneux s'est mis à marcher, flâner, s'arrêter par moment pour capter quelques moments volés aux citadins. "Ce ne sont pas des photos volées, mais des photos données : il n'y a pas de bonne image sans cela", précise le photographe. 

Le résultat, c'est un livre de photos en noir et blanc -sans quasiment de retouches si ce n'est un travail de recadrage pour les besoins du format- qui prend le temps de s'arrêter sur des visages ou des attitudes et de suspendre, le temps d'un cliché, la course folle de la ville. "Que cherche le chasseur d'images ? Que cherche Michel Durigneux dans un corps, un visage ?", interroge le poète Bernard Bretonnière, qui signe la préface de l'ouvrage. "Assurément (il) cherche la qualité, au contraire du défaut, la qualité qui définira, révèlera, le plus justement, et à l'instant de leur rencontre, le sujet auquel il s'intéresse. Aussi empathique que sa nature et son regard sur ses frères humains, sa démarche vise à saisir le meilleur de l'être, et le plus vrai, qui est souvent le plus intime, parfois le plus caché." 
  
"Dans mes yeux l'Amérique, de Michel Durigneux, éd. Jacques Flament ; 48 pages, 20 €. 

Plus de renseignements et de photographies sur son site personnel.
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Sébastien Rochard




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