27 Novembre 2016 - écrit par Sébastien Rochard - Lu 7983 fois

Aurélien Ducoudray : fort en histoires


On ne découvre pas aujourd’hui le talent d’Aurélien Ducoudray : voilà désormais un bon nombre d’années que la force de ses récits trace un sillon à la fois éclectique et singulier dans le monde de la bande dessinée.
Son passé de journaliste, photo reporter ou documentariste expliquent en partie l’acuité du regard qu’il porte sur les sujets très divers dont il s’empare, mais la qualité de ses dialogues et des histoires qu’il crée ne doivent rien à personne.
Un talent qui saute aux yeux en ce second semestre 2016, avec la sortie quasi-concomitante de deux ouvrages implacables.

Flanqué de François Ravard au dessin –avec lequel il avait déjà signé, chez Futuropolis, l’indispensable « Clichés de Bosnie » - il rend un hommage plus que réussi aux comédies policières du cinéma français, dans « Mort aux Vaches ».
Caricatural à souhait, pour notre plus grand bien, les quelque 100 pages de ce bel objet en noir et blanc retrace le casse homérique d’un curieux attelage : deux bandits homosexuels sur le retour, une armoire à glace et une nymphomane se mettent au vert, après un casse retentissant, dans une ferme éloignée de tout… sauf des emmerdes.
Quand, dès les premières pages de l’album, la radio qui envoie nos antihéros à la campagne crache le « Siffler sur la colline » de Joe Dassin, on peut s’attendre à tout. Et on n’est pas déçu : les dialogues convoquent Audiard, la gouaille et le cœur des personnages Les Tontons Flingueurs de Lautner.
C’est drôle, excessif, facile et donc délicieux… jusqu’à la chute.

Etonnant Ducoudray, capable de passer de cette farce potache à la profondeur de son retour bosniaque, tout en livrant un impeccable scénario sur le drame vécu par les Gueules cassées, au lendemain de la Première guerre mondiale (« Gueule d’Amour », avec Delphine Priet-Mahéo au dessin, La Boîte à Bulles). Et ça n’est pas fini. Car le bonhomme a aussi décidé de s’attaquer à l’opaque dictature nord-coréenne, au fil de « L’anniversaire de Kim Jong-Il ».

Accompagné par le trait et les couleurs parfaites de Mélanie Allag –qui sera présente lors du prochain festival Angers BD et concourt pour le prix de la 1ère bulle 2016- il livre un récit à hauteur d’enfant. Le gosse en question, c’est Jun Sang, 8 ans et « chef des jeunesses patriotiques de son quartier ». Sa fierté ? Son jour anniversaire est le 16 février, comme Kim Jong-Il, ce « cher dirigeant ». Un album qui retient l’attention, dès la couverture. Les récits de la vie quotidienne en Corée du Nord ne sont pas légion, encore moins ceux livrés par le prisme d’un enfant. Celui-ci dit tout à la fois l’aveuglement, la résistance, la censure, la peur et l’innocence d’un peuple en prise à l’une des dictatures les plus froides du monde. D’abord touchant –et drôle- L’anniversaire de Kim Jong-Il prend une tournure dramatique, dans les pas de Jun Sang et de sa famille. Les pages se vident de leurs couleurs et racontent la répression, la torture, mais aussi l’espoir et la rébellion d’un désormais ado qui ne renoncera jamais à retrouver les siens.

"Mort aux Vaches", Ducoudray-Ravard, éd. Futuropolis, 19 €
"L'anniversaire de Kim Jong-Il, Ducoudray-Allag, éd. Delcourt (Mirages), 17,95 €




              

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Sébastien Rochard




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