Un roman graphique éclairé, dans les pas de "Stupor Mundi"
Avec "Stupor Mundi", thriller graphique à la croisée des sciences, de la religion et du pouvoir, Néjib signe une seconde BD aussi marquante que la première -"Haddon Hall, quand David inventa Bowie"- en 2012. L'auteur emprunte son titre à l'empereur Frédéric II, dit "Stupor Mundi", qui régna sur le Saint-Empire romain germanique entre 1220 et 1250.

Votre dernier ouvrage "Stupor Mundi", évoque la naissance de la photographie, à l'époque médiévale, sur fond de thriller historique et scientifique. Comment est née cette idée ? 
  
"En général, ce sont les idées qui me choisissent ! La base, c'est un type, au Moyen-Âge, qui fait de la photographie, ou de la protophotographie. Je m'intéresse depuis longtemps à toutes ces questions autour de l'image et j'ai été marqué par un documentaire sur l'artiste David Hockney où l'on traitait de la question des instruments d'optique à la Renaissance. Tout ça fait écho à des souvenirs personnels, notamment celui de ma maison familiale dans le sud Corrèze, pas loin de Brive : dans une des chambres de la maison, à certaines heures et lorsque le soleil est çà bonne distance, la place du village se projette dans la pièce. Je me demande depuis longtemps comment était perçu ce phénomène avant l'avènement de la photo." 
  
Et quelle est la réponse ? 
  
"C'était vu comme un mirage, ou comme un fantôme. En détricotant tout cela, j'ai appris que ce système était connu depuis l'Antiquité. Tout s'est mis en place petit à petit dans ma tête. J'ai continué à faire des recherches et trouvé que le premier scientifique à avoir posé la bonne analyse sur la vision humaine est Alhazen ; je savais dès lors que mon personnage principal serait un savant arabe. Mais il manquait encore quelque chose à mon récit." 
  
Comment est venu le déclic, pour raconter cette histoire au long cours ? 
  
"Ce qui a tout débloqué, c'est un énième documentaire sur le Saint-Suaire, avec une théorie différente, énonçant finalement que le Saint-Suaire serait symboliquement une photo, en tout cas la trace laissée par un objet et un corps. Ça m'a donné le but de mon histoire, en plus d'une période, qui correspond à celle ou Frédéric II -dont l'un des surnoms était Stupor Mundi, La splendeur du Monde- a échoué à installer une renaissance." 
  
Vous touchez aussi dans votre récit à la psychanalyse et au souvenir, avec de nombreux flash-backs, par l'intermédiaire d'Houdê, la fille d'Hannibal. Pourquoi avoir fait ce choix ? 
  
"J'ai voulu raconter la fuite de Bagdad par ce biais, parce que le fil du souvenir est intéressant à deux titres : celui du suspens classique -que s'est-il passé pour que cet éminent savant arable soit obligé de fuir avec sa fille et son garde du corps- mais également une idée de l'image différente, qui enrichit le thème du livre. A travers l'image de sa mère, c'est aussi une image d'elle-même que découvre Houdê. Ce constat-là, j'y crois profondément, bien au-delà de cet ouvrage."

"Stupor Mundi", éditions Gallimard BD, 26 €.
Nathalie Bodin s'invite "Au Ritz des Fritz"
Roman graphique. Avec « Au Ritz des Fritz », l’auteur de BD angevine Nathalie Bodin s’empare d’une histoire mal connue : celle de la destinée des prisonniers allemands durant la Seconde guerre mondiale. Dans les pas de Danwarth W Pabel, capturé le 6 juin 1944, et interné sur le sol américain, on découvre l’impossible cohabitation et la violence, au sein du camp, entres les soldats de l’armée régulière allemande et les nazis pur jus, persuadés que la guerre n’est pas encore perdue. La morts d’Hitler et la fin du conflit ne mettent pas fin aux divisions : Danwarth en fait l’amère expérience à son retour en Allemagne, au printemps 46. Une histoire personnelle qui vise à l’universel, sous le trait nuancé et brillamment contrasté –un remarquable travail sur les gris- de Nathalie Bodin, qui rejoint avec bonheur l’univers de l’album historique. 
  
« Au Ritz des Fritz », ed. La Boîte à Bulles, 19 €.
Marc-Antoine Mathieu en quête d'identité
BD. Après "Le Décalage", 6e tome des aventures de Julius Corentin Acquefacques, en 2013, et S.E.N.S  en 2014 (les deux chez son éditeur historique, Delcourt), Marc-Antoine Mathieu publie ces jours-ci "Otto, l'homme réécrit", une fable en forme de huis-clos qui interroge la connaissance de soi, qui l'on croit être et qui l'on devient lorsque le passé s'ingère. Un récit en noir et blanc dense et créatif sur l'identité, notre connexion au réel ou à ce qui apparaît comme tel. 

"Otto", du nom d'un artiste aux représentations prisées et singulières, reçoit en legs de ses parents -dont il est coupé depuis longtemps- une malle remplie de documents écrits, cassettes, vidéos... En fait, les sept premières années de sa vie disséquées dans le cadre d'une expérience scientifique. Des années de construction de soi dont il remonte obstinément le fil : un saut dans l'inconnu, vertigineux, philosophique et, quelque part, onirique. 

Où tout s'efface, les certitudes en premier lieu, pour laisser place à autre chose, bien au-delà de l'absurde. 
  
"Otto, l'homme réécrit", aux éditions Delcourt, 72 pages, 19,50€.
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Sébastien Rochard




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