"Stabat mater", "Le Narval", "Interpol"... en un peu plus de dix ans de BD, Boris Beuzelin n'a pas donné sa part au chien côté qualité. Il sera présent les 7 et 8 décembre prochains au festival Angers BD, avec deux de ses excellentes productions des derniers mois, "Carton Blême" et "Mako".


Vous reprendrez bien un peu de Beuzelin ?
"Carton blême". En s'attaquant à Pierre Siniac, écrivain sombre de l'imaginaire et de la démesure, Boris Beuzelin, ancien des Beaux-Arts d'Angers et de la Boîte qui fait beuh prenait un risque : celui du superficiel. "Carton blême", édité en 1995, conte le monde du 3e millénaire (le nôtre ?), où la Sécu a atteint un déficit si abyssal que le gouvernement met en place un système de coefficient santé. S'il est inférieur au ratio de 22,23 %, vous êtes un "Carton blême" : pas la peine d'appeler la police si un danger vous guette, elle ne viendra pas à votre secours. Une sentence de mort à Merde-Ville où le crime est à son apogée. Même le divisionnaire Héclans n'est pas à l'abri des puissants. Un scénario noir et ultime habilement adapté par Jean-Hugues Oppel, et magnifiquement mis en planches par Beuzelin. Un vrai coup de coeur.

Boris Beuzelin (avec Jean-Hugues Oppel) Editions Rivages/Casterman, 18 €
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- écrit par Sébastien Rochard


A travers "La lucarne", la vie
Roman. C'est une sorte d'acte fondateur, 300 pages qui préfigurent, dans les grandes lignes, l'immense carrière littéraire de Saramago... mais qui parviennent au monde avec 60 ans de retard. La faute à un éditeur qui, en 1953, ne prit même pas la peine de répondre au jeune auteur qui lui avait envoyé son manuscrit. Tout est pourtant déjà dans "La lucarne", plongée gourmande et intimiste dans le quotidien des habitants d'un immeuble, au Portugal. Nous sommes au milieu du XXe siècle, et Saramago dessine à petits coups de touches impressionnistes et subversives le portrait d'une société. On y parle de famille, de couple, de perte. On y croise des gens qui se détestent, se désirent ou philosophent et qui font de cette "Lucarne" une fenêtre ouverte sur la vie.
 
José Saramago, Seuil, 22 €
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- écrit par Sébastien Rochard


Le cri intérieur de "Muette"
Roman. On l'avait quitté il y a bientôt un an, dans les couloirs des bibliothèques d'Angers, composant dans le cadre de la résidence d'écrivains de la Ville sur le thème de l'Apocalypse. Il revient tout en douceur, avec l'une des oeuvres les plus délicates de la rentrée littéraire. Eric Pessan, le Bordelais installé dans le vignoble nantais, prête sa plume à une tranche de vie de "Muette", jeune fille en fugue, incomprise, si mal aimée, seule. Adolescente. Des mots simples, des phrases sans emphase, de la justesse toujours, la patte de l'écrivain déchiffre les émotions profondes de Muette, les bribes douloureuses de sa courte vie passée, les phrases assassines des parents, les blessures indicibles. Quand Pessan libère les cris de Muette, le lecteur est saisi. Et conquis.

Extrait : « La nuit, déjà, et Muette écoute vibrer les insectes, glissée jusqu’au nez dans son sac de couchage. Elle a chaud mais ne peut se résoudre à se découvrir. Dehors, dans le grand monde, des gens courent à sa recherche, elle n’a plus de doute à ce sujet. Elle y est. Elle a grand ouvert les portes de sa vie. »
 
Eric Pessan, Albin Michel, 16,50 €

(Chronique parue pour la première fois dans le mensuel Angers Mag)
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- écrit par Sébastien Rochard


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Sébastien Rochard




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