« Angevins venus d’ailleurs » : soirée émouvante à Jean Vilar à Angers


Rédigé par - Angers, le 10/04/2013 - 18:49 / modifié le 10/04/2013 - 23:47


Venus du Maghreb, de Turquie, du Portugal ou encore du Cambodge ils ont participé à la construction des deux ZUP d’Angers, Monplaisir et la Roseraie. Ces déracinés aujourd’hui à l’âge de la retraite qui ont contribué au développement de la ville, vivent parfois dans des conditions difficiles. L’association Histoire et Mémoire de l’Immigration en Anjou leur a consacré un film chargé d’émotion.



Norma Mevel Pla, adjointe à la ville d'Angers, en compagnie de Jean Aouidad et Carolina Benito, lors de la projection de Jean Vilar
Norma Mevel Pla, adjointe à la ville d'Angers, en compagnie de Jean Aouidad et Carolina Benito, lors de la projection de Jean Vilar
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Massés dans la salle de spectacle du Centre Jean Vilar, en plein cœur du quartier de la Roseraie, ce mardi 9 avril, les spectateurs ne tarissaient pas d’éloge pour le documentaire « C’est comme ça, Angevins venus d’ailleurs ». « J’ai appris beaucoup de choses ce soir. Je félicite ceux qui ont pris le temps de réaliser ce film », disait un fils d’émigré visiblement ému.

Réalisé par l’Angevin Julien Aouidad de la société STV pour l’association Histoire et Mémoire de l’Immigration en Anjou, en collaboration avec l’Aptira (Association pour la Promotion et l'Intégration dans la Région d'Angers), Chadia Arab, géographe spécialiste des migrations internationales et Jean-Luc Marais, historien spécialiste de l’histoire industrielle angevine, ce documentaire de 75 minutes, retrace au travers de nombreux témoignages, l’arrivée et la vie de ces migrants en Anjou, employés du bâtiment pour la plupart.

Ce travail de mémoire aura demandé cinq années à l’association et au réalisateur, avec une trentaine de personnes rencontrées et seulement une douzaine retenues. « Il ne s’agissait pas de dresser une liste exhaustive de tous les cas de figure, mais plutôt de travailler sur une réalisation cohérente avec des personnes représentatives », répondait le réalisateur à l’issue de la projection. Certains de ces témoins étaient présents dans la salle.

« L’immigration c’est une multitude d’histoires, individuelles et collectives, vécues par des hommes et des femmes qui ont quitté leur pays pour le travail, le regroupement familial, les études mais aussi pour des motifs politiques, ethniques, sécuritaires », explique Carolina Benito, présidente d’Histoire et Mémoire de l’Immigration en Anjou.

« Dans cette association, nous avons tous un rapport avec l’immigration et nous voulions la mettre en valeur, celle-ci étant faible et peu visible dans notre région, seulement 4,5% à Angers pour une moyenne de 8% en France », poursuit la présidente. « Chacun a choisi ou subi l’immigration, a vécu une histoire personnelle et particulière, avec à chaque fois un questionnement sur les liens avec le pays d’origine et l’adaptation à la culture du pays d’accueil. C’est ce que nous voulions mettre en lumière ».

« Pas faire dans le pathétique, mais redonner de la dignité »

Véritable outil pédagogique ce documentaire aide à mieux comprendre ces populations déracinées, souvent exploitées dont le travail s’inscrit désormais dans le paysage urbain et l’économie locale. Et même s’ils ne sont pas si nombreux que certains voudraient nous faire croire, leur présence a néanmoins marqué le territoire.

« Là où j’habite, c'est pas grand, pas bien luxueux, mais j'aime bien. C'est des apparts, et au milieu y-a une cour toute petite. Là où j'habite les voisins sont jamais loin », chante le slameur angevin Vincent Loiseau, alias Kwal, l’un de ceux qui ont prêté leurs voix pour illustrer ce documentaire

Pour Carolina Benito « il ne s’agissait pas de faire dans le pathétique, mais de redonner un peu de dignité à des gens qui ont eu, pour la plupart, un vécu compliqué et surtout assurer la transmission auprès des plus jeunes. Il fallait donner du sens à toutes les informations que nous avions collecté ».

Bien traité, tant sur le plan de l’image que du contenu, ce documentaire qui suscite le débat et le plus souvent l’émotion, comme ce fut le cas à Jean Vilar, pose aussi la question du vieillissement de populations dont chacun pensait à l’époque qu’elles retourneraient dans leur pays à l’issue de leur période d’activité.

Mais avec des secondes générations nées en France, ces migrants n’ont plus de raisons de revenir dans leur pays d’origine, ayant perdu toutes relations sur place. « Ils ont rendu service au quartier et à la ville, à ce titre ils méritent qu’on s’occupe d’eux pour améliorer leur qualité de vie », déclarait à l’issue du film Norma Mevel Pla, ajointe du quartier de la Roseraie.

Un groupe de travail intitulé « personnes âgées immigrées », chargé d’étudier la situation de ces migrants aujourd’hui retraités avec de faibles ressources, poursuivra les échanges sur le sujet, le jeudi 18 avril entre 18h et 19h30, au centre Jean Vilar.

Le documentaire est projeté dans de nombreuses salles et structures scolaires. Pour en savoir plus et connaitre les dates : http://hmia.fr/





Yannick Sourisseau
Web Journaliste suivant plus particulièrement les technologies digitales Formateur technologies de... En savoir plus sur cet auteur








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