Benoite Groult et Olympe de Gouges : deux femmes de tempérament


Rédigé par - Angers, le Dimanche 17 Mars 2013 à 17:55


Il y avait un peu plus de monde que d'habitude ce samedi 16 mars à la librairie Richer à Angers. Pour acheter des livres, mais pas seulement. La journaliste, écrivaine et militante féministe Benoite Groult présentait son livre « Ainsi soit Olympe de Gouges ». Les Angevines avaient fait le déplacement. Quelques hommes, trop rares, s’étaient glissés dans le groupe, ce qui n’a pas laissé l’écrivaine indifférente.



Benoite Groult lors de son intervention à la librairie Richer d'Angers
Benoite Groult lors de son intervention à la librairie Richer d'Angers
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Avec ses 93 ans au compteur, Benoite Groult, la petite fille aux yeux bleus qu'elle est toujours n’a rien perdu de son « franc parler » et de son humour. Très à l’aise et toujours attentive à l’actualité de la femme, Benoite Groult qui répondait aux questions du directeur du magasin et ami, Antoine Boussin, ancien directeur commercial de la maison d'édition Grasset, son éditeur, n’a pas failli à sa réputation d’éternelle espiègle.

En un peu plus d’une heure, elle a retracé sa vie de petite bourgeoise d’entre-deux-guerres. Son père était un styliste renommé des années 30 et sa mère une dessinatrice de mode. Celle à qui l’on doit la première « Déclaration des droits de la femme » a parlé sans fausse pudeur de sa jeunesse, de la guerre, de ses nombreux ouvrages, dont le fameux « journal à quatre mains », écrit avec sa sœur Flora Groult, dans lequel on pouvait déjà déceler des accents de féminisme. « Je ne l’ai pas vu tout de suite, c’est en allant voir la pièce que je me suis aperçu qu’on y parlait déjà d’une certaine liberté des mœurs », déclare l’écrivaine, les yeux pétillants. « Mais à l’époque on n’en parlait pas comme aujourd’hui ».

Né entre les deux guerres elle raconte sans complexe ses trois mariages, dont celui avec Georges de Caunes dont elle divorcera ensuite. « C’était un homme très beau et très drôle à la radiodiffusion. Mais dans la vie il était tourmenté et sombre. Il aimait qu’on l’admire. Nous n’avions rien en commun », s’amuse Benoite Groult. « J’ai dû m’en séparer ». Elle aura deux filles de De Caunes, Blandine et Lison.

Remariée pour la troisième fois avec le romancier et journaliste Paul Guimard , elle raconte ses relations avec un soldat américain, avec lequel elle restera liée très longtemps. « J’avais un amant de l’autre côté de l’Atlantique, faire l’amour en américain j’avais moins l’impression de tromper Paul, alors que lui avait ses maitresses de l’autre côté de la rue. Mais ça ne m’a pas empêché de rester 52 ans avec lui. Finalement j’étais faite pour le mariage ». Elle aura une troisième fille avec lui : Constance.

« Le devoir de féministe d’aller explorer l’histoire des femmes féministes »

Se déclarant féministe à l’âge de 40 ans, elle parle sans retenue, du sexe et des plaisirs sexuels, mais aussi des avortements à répétition. « J’étais révolté par l’obligation d’avorter. Je m’en suis convaincue en écrivant en 1975 « Ainsi soit-elle », qu’elle avoue être une autobiographie. « Si je considère qu’il y a des avancées, ce livre est toujours d’actualité ».

Mais elle a surtout pris conscience de l’emprise des hommes sur les femmes lors d’un voyage à Djibouti où elle découvre les dégâts de l’excision. « Comment les hommes pouvaient-ils mutiler les sexes des femmes. Ils brulaient les clitoris des petites filles pour qu’elles n’aient plus de plaisir ».

C’est sa rencontre avec Yvette Roudy, en 1981, alors ministre des droits de la femme, qui fut déterminante. Elle travailla avec elle à la commission de la féminisation. « Le pire c’est quand François Mitterrand m’a remis l’insigne de chevalier de la Légion d’honneur. Il m’a glissé à l’oreille : je n’ai pas pu dire chevalière. Mais c’était un homme du passé ».

Elle reconnaît que les droits des femmes avancent, même si elle est devenue « écrivaine » l’an dernier dans le Petit Larousse. « Ils m’ont téléphoné pour me le dire, j’étais follement heureuse ».

Quant à son dernier ouvrage « Ainsi soit Olympe de Gouges » elle considère que « c’est son devoir de féministe d’aller explorer l’histoire des femmes féministes ». Benoite Groult qui avait déjà publié la biographie d’Olympe de Gouges en 1986, réhabilite cette féministe avant l’heure, 1791, dont on retiendra surtout une formule qui avait dû faire fureur à l’époque : « Les femmes ont le droit de monter à l'échafaud. Elles doivent avoir également celui de monter à la tribune ».

Considérant les actions des « Femen » comme légitimes, comme tous les autres mouvements féministes, Benoite Groult regrette « qu’elles se servent de leurs seins comme d’un organe de combat ». « Elles ont des idées, mais les hommes se rincent l’œil, ça m’ennuie beaucoup ».

Enfin, comment ne pas parler de Benoite Groult, sans évoquer son adhésion à ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité). « Je ne veux pas être alimentée par sonde et que l’on me voit décatir », affirme l’écrivaine qui avoue boire un whisky tous les soirs pour rester en forme. « Si c’est le cas, j’ai demandé à mes filles de me débrancher. Elles m’ont juré de le faire ».

Chaleureusement applaudie et félicitée par les femmes présentes, Benoite Groult, s’est prêtée de bonne grâce aux questions et aux dédicaces de son ouvrage.

A noter que trois manuscrits de Benoite Groult sont conservés à la Bibliothèque Universitaire d’Angers : « Le journal à 4 mains », « Les vaisseaux du cœur » et « Histoire d’une évasion ».




Yannick Sourisseau
Web Journaliste suivant plus particulièrement les technologies digitales Formateur technologies de... En savoir plus sur cet auteur








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