Fatou Diome à Angers


Rédigé par Catherine Nedelec - Angers, le Lundi 18 Octobre 2010 à 09:40


Samedi dernier, la bibliothèque municipale Toussaint recevait Fatou Diome pour son dernier roman "Celles qui attendent", ces femmes qui sont restées au pays alors que les hommes sont partis chercher fortune en Europe.



Fatou Diome à Angers
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Véritable coup de cœur pour Jacky Hoareau, responsable de la communication à la librairie Richer, le dernier de roman de Fatou Diome (Le ventre de l’Atlantique ; Inassouvies, nos vies ) devait d’être présenté à sa juste valeur aux lecteurs angevins. Ainsi sur l’invitation de la librairie, la romancière est venue parler de Celles qui attendent à la bibliothèque municipale Toussaint. Une heureuse initiative.

Femme au caractère bien trempé, Fatou Diome alterne sourires radieux et humour avec un discours grave lorsqu’ elle parle de la vie dans son pays. Née sur l’île de Niodior au sud-ouest du Sénégal, elle est élevée par sa grande mère jusqu’à l’âge de 13 ans. Refusant le quotidien de ses aînées destinées à la maternité et aux tâches ménagères toute leur vie, elle décide de quitter son village pour la France, afin de poursuivre ses études et vit de petits métiers.

Mal interprétée, son émancipation lui vaut le rejet de beaucoup. Ce n’est pourtant pas cela qu’elle dénonce dans son roman, mais plutôt la mondialisation, à travers quatre portraits de femmes aimantes qui vivent avec l’absence de celui, un mari ou un fils, parti chercher ailleurs ce que leur terre ne leur donne plus. « Une attente concrète et intérieure » pour ces gens pauvres « assignés à résidence » mais qui sont prêt à tout « quand la vie ne se résume qu’à la lutte ».

Un pays qu'elle n'oublie pas

Fatou Diome à Angers
Elles sont fortes ces femmes et prêtes à payer le prix pour que les hommes atteignent « l’eldorado », afin de fuir une existence « dont on arrive plus à donner le prix et pour auquel on est prêt à prendre tous les risques ». Dans ce dernier livre, il est question d’argent mais aussi de la fierté d’une population qui comprend souvent mal l’économie d’aujourd’hui, les crédits notamment, « mais dont l’engagement sur l’honneur est plus fiable que les signatures que les femmes posent innocemment au bas des contrats ».

Pour « combler les défaillances » d’une société mal adaptée, « ces femmes sont prises dans le filet de l’existence et condamnée à se débattre dans le silence ». Cette dimension du sacrifice fait qu’elles se remettent en question toute leur vie. « Ces gens grandissent spirituellement en fonction de leur difficulté à vivre. C’est une Afrique nouvelle qui se crée, plus compréhensive ».

Pour Fatou Diome, «Il ne faut avoir une vision monolithique de l’Afrique ». Avec fierté, elle revendique le fait de n’être pas une enfant de la tradition, mais de sa grand-mère, qu’elle a toujours respectée pour la confiance que l’aïeule lui accordait. Son parcours n’a pas été facile. Docteur en Lettres modernes, elle n’oublie pas ce pays qu’elle a quitté pour vivre autre chose, message qu’elle veut transmettre pour l’avoir elle-même expérimenté, sans se renier. Dans Celles qui attendent, Fatou Diome parle en connaissance de cause de la difficulté d’être femme en Afrique.

Celles qui attendent aux éditions Flammarion












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