Festival d’Anjou : un Bourgeois Gentilhomme tonique et frais


Rédigé par - Angers, le 21/06/2012 - 17:00 / modifié le 21/06/2012 - 17:00


Molière excellait dans l’art de la dérision, Laurent Serrano va encore plus loin avec sa version comédie musicale, présentée hier soir au Plessis-Macé (Angers). En plongeant dans l’atmosphère psychédélique des années 60, Serrano ne trahit Molière, bien au contraire il lui donne une nouvelle vie.



Monsieur Jourdain alors qu'il vient d'être promu « Mamamouchi »
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Depuis le début de cette 63e édition, le Festival d’Angers n’est pas gâté par la météo. Même si la pluie a épargné jusqu’ici la plupart des représentations, depuis le début il ne fait pas chaud dans les gradins du Plessis-Macé. C’est ainsi tous les jours, sauf hier soir pour la présentation du Bourgeois Gentilhomme version Laurent Serrano et le studio Théâtre d’Asnières, où la comédie-ballet de Molière fut interprétée sous un ciel électrique.

Tout le monde connaît l’histoire de Monsieur Jourdain, ce bourgeois ordinaire qui s’imagine que pour âtre heureux il faut acquérir les manières de la petite noblesse de l’époque. Affublé d’un habit ridicule, il apprendra les armes, la danse, la musique et la même la philosophie, tout ce qui parait indispensable à la condition de gentilhomme, provoquant au fur et à mesure, la risée d'un entourage qui en abuse. Mais Jourdain, naïf, ridicule, et à la fois touchant, est aveuglé par tout ce qui concerne la condition à laquelle il aspire. Molière y dénonçait à sa manière le ridicule de la cour du roi.

Étudiée sur les bancs de l’école, jouée et rejouée, il n’est donc pas aisé de reprendre cette comédie-ballet chère à Molière en lui donnant l’impression qu’elle a été créée hier. Pas facile et pourtant Laurent Serrano a réussi à créer un véritable régal pour les yeux comme pour les oreilles.

Tout en respectant l’esprit initial de la pièce, le metteur en scène l’a transposé sans complexe et même avec une certaine jouissance dans les années 60, époque bénie du « twist » et de « west side story », à l’heure où la France découvrait le blues et la comédie musicale venues d’outre-Atlantique.

Dans cette interprétation contemporaine, Jourdain et tous ceux qui’ l’entourent sont habillés de costumes du XXe siècle, couleurs chatoyantes et acidulées, robes vichy et autre fanfreluches qui faisaient la joie des jeunes « yéyé » branchés. Si en 1968, année où soufflait un vent de provocation par rapport à l’ordre établi, ces costumes n’auraient pas défrayé la chronique. Cinquante ans plus tard, décalage vestimentaire oblige, ils ne peuvent que prêter à sourire. Surtout lorsqu’ils sont portés par un Monsieur Jourdain plus débonnaire que jamais.

Servie par une troupe tonique, délirante, donnant l’impression de s’amuser, le tout avec des personnages frisant la caricature, cette version du Bourgeois Gentilhomme fait un bien énorme. On rie, on tape du pied au rythme de la musique, on s’amuse des facéties et des mimiques de comédiens tous plus attachants les uns que les autres. Si le texte, tant en vers qu’en prose est généralement conservé, l’interprétation est plutôt rafraichissante, sans pour autant tomber dans la mièvrerie ou la guimauve.

Et les comédiens sont tellement pros et raccords qu’ils n’hésitent pas à adapter le texte en fonction de la situation comme dans le dernier quart d’heure, lorsqu’une pluie d’orage s’abat sur le Plessis-Massé. « Que la pluie du ciel tombe sur vous », dit l’un des comédiens à Jourdain alors promu « Mamamouchi » lors de la cérémonie burlesque visant à faire en sorte que sa fille puisse épouser Cléonte alias le fils du Grand Turc.

Hier soir, si l’esprit de dérision de Molière était bien présent, avec cette version très contemporaine Laurent Serrano a redonné un nouvel élan au Bourgeois Gentilhomme. Le public présent au Plessis-Macé, débout, applaudissant généreusement, a salué comme il se doit cette performance.




Yannick Sourisseau
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